JAMET Pierre, René, Vital, Jules

Par Robert Brécy, Claude Pennetier

Né le 24 mai 1910 à Saint-Quentin (Aisne), mort le 17 août 2000 à Le Palais (Morbihan) ; photographe ; membre de la chorale de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires ; chanteur de Quatre barbus.

Pierre Jamet et Ollier de Marichard faisant du stop.
Pierre Jamet et Ollier de Marichard faisant du stop.

Fils d’un charcutier de la rue Mouffetard à Paris, mort en 1924, Pierre Jamet fréquenta le petit lycée Henri IV où il réussit bien mais au décès de son père tombé dans l’escalier de la cave du magasin, il fut retiré du lycée et plaçé comme apprenti métreur en maçonnerie. Eclaireur de France dès l’âge de huit ans, il était passionné de photographie et de chant depuis l’âge de quatorze ans et fut très vite attiré par les milieux de l’art. En 1924, il participa à un Jamborée des scouts à Copenhague, pour chanter des chansons populaires françaises. Il passa un brevet de radio grâce à sa connaissance du morse apprise aux Eclaireurs et dans des cours du soir, et travailla comme radio dans la marine marchande, comme dactylo, comme modèle pour des peintres, comme danseur dans la troupe de Hans Weit, comme figurant pour le cinéma, comme moniteur puis comme directeur de colonie de vacances à Belle-Ile-en-Mer, à Bangor, en 1938, où il fit un grand nombre de photos. On y accueillit entre autre les frères Mouloudji, dont Marcel Mouloudji qui était déjà un enfant artiste, mais aussi Daniel Fillipachi et Henri Krolla.

Il devint membre, dès sa fondation, de la chorale de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) qui se transforma en 1935 en Chorale populaire de Paris sous la direction de Peters Rosset et Suzanne Cointe ; il fréquenta le groupe Octobre de Jacques Prévert et participa à une olympiade internationale de chant ouvrier à Strasbourg, en juin 1935, ainsi qu’à de nombreuses fêtes et manifestations populaires, notamment pendant les grèves de juin 1936.Il fut secrétaire de la Chorale populaire de Paris puis s’en écarta ou plutôt en fut écarté.

Il fut, en 1936-1937, l’ami de Dina Vierny, le modèle de Maillol, qu’il avait connue à l’Association et écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) et à la chorale populaire de Paris. Plus jeune que lui de neuf ans, elle fréquentait les milieux trotskystes. Ils participèrent aux Faucons rouges et aux Amis de la nature. Il fit d’elle de remarquables photographies dont certaines (ainsi "Dina sur la route") connurent immédiatement le succès dans la presse des Auberges de jeunesse (couverture du Cri des Auberges) et d’autres eurent un public dans les années 2000 (présentées en 2009 à Paris à la galerie Dina Vierny et en 2010 au Musée Maillol de Banyuls). Dina vierny déclara : " Jamet a fait beaucoup de photos à cette époque-là. Des milliers de photographies de tous les jeunes de l’époque. Un document incroyable pour les historiens de l’avenir. L’époque du Front populaire ! Une époque incroyable, merveilleuse !".(Diana Vierny, op. cit., p. 29).

Parallèlement, Pierre Jamet commença à chanter seul ou en duo, avec Raymond Leibowitch, dans des « guinguettes ». En 1936, il fonda les « 4 à 4 », puis ensuite, au sein des Auberges de la Jeunesse (Comité laïque des Auberges de jeunesse, CLAJ), le groupe « 18 ans », une vingtaine de garçons et de filles qui chantèrent et dansèrent dans les réunions de jeunes durant toute la période du Front populaire et jusqu’à la guerre ; ils y interprétaient des chants populaires et révolutionnaires, des chœurs parlés ainsi que des poèmes de Jacques Prévert.

Pierre Jamet fut photographe à l’hebdomadaire Regards. Pour gagner sa vie, il fit de photographies à domicile (portraits d’adultes et d’enfants) au début de la guerre. C’est dans le milieu du spectacle qu’il finit par gagner sa vie en artiste à partir de 1943, en chantant avec les Compagnons de route devenus après la guerre les Quatre Barbus : une carrière d’un bon quart de siècle avec un grand succès. Il resta lié aux milieux des Éclaireurs de France et à ce qui restait des Auberges.

Sa future épouse, Ida Klatchko, fille d’un courtier en bourse, employée dans une entreprise photographique, eut une activité semblable pendant les années 1930 : chorale de l’AEAR, groupe « Prémices » (de la FTOF), puis groupe « Octobre ». Elle fut d’abord la femme du cinéaste communiste Jean Lods qu’elle suivit à Moscou pendant plusieurs années. Elle eut du mal à revenir en France. De sont côté Lods restant plus longtemps. Elle fut la compagne de Pierre Jamet vers 1938 puis l’épousa en septembre 1948 à Paris XVe arrondissement.

Pierre Jamet avait acheté en 1946 une maison à Belle-Ile-en-Mer, à Bangor, lieu-dit Grands-villages ; sa passion pour cette île donnera l’exposition et la publication Belle-Ile-en-Mer 1930-1960. Rêves et réalités. Ses excellentes photos de la période Auberge de jeunesse furent exposées à la Fondation nationale de la photographie : 36 Au devant de la vie et connurent le succès aux Rencontres photographiques d’Arles en 2013.

Sa fille, Corinne Jamet, a en effet récolé le travail pour l’essentiel inédit de photographe de Pierre Jamet et l’a valorisé à partir de 2007.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89049, notice JAMET Pierre, René, Vital, Jules par Robert Brécy, Claude Pennetier, version mise en ligne le 1er septembre 2010, dernière modification le 9 juillet 2020.

Par Robert Brécy, Claude Pennetier

Pierre Jamet et Ollier de Marichard faisant du stop.
Pierre Jamet et Ollier de Marichard faisant du stop.
Dina Vierny photographiée par Pierre Jamet à l'époque des Auberges de jeunesse
Dina Vierny photographiée par Pierre Jamet à l’époque des Auberges de jeunesse
Dina sur la route, photographie de Pierre Jamet (1937).
Dina sur la route, photographie de Pierre Jamet (1937).

OEUVRE : Belle-île-en-Mer 1930-1960, préface de François Maspero, La Vie en photos, par Corine Jamet Vierny, 2009, Éditions Hengoun. — avec Paul Tourenne (membre des Frères Jacques) et Fred Mella (soliste des Compagnons de la chanson) ; Temps de pause, 2000, Éditions Autrement (issu de l’exposition Trio pour une expo.

SOURCES : Renseignements communiqués par Pierre Jamet à Robert Brécy.— Libération, 15 juillet 2013. — Télérama, 17 juillet 2013. — Dina Vierny, Histoire de ma vie racontée à Alain Jaubert, Gallimard, 2009. - État civil. — Lucette Heller-Godenberg, Histoire des auberges de jeunesse en France des origines à la Libération (1929-1945), 2 vol., 1985, Université de Nice. — Entretien avec Corinne Jamet-Vierny, juillet 2013. - http://www.pierrejamet-photos.com/fr/accueil.html. - Pierre Jamet a tenu toute sa vie, depuis l’adolescence, un journal qui est conservé par sa fille.

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