HEINTZ René, Armand. Pseudonymes : « Charles Trouvé », « Moustache », « Georges Leroy »

Par Daniel Grason

Né le 10 juillet 1921 à Bagnolet (Seine, Seine-Saint-Denis), mort le 30 juillet 1944 au camp du Struthof-Natzwiller (Bas-Rhin) ; menuisier ; résistant FTPF.

Fils de Lucien, ébéniste, et de Marcelle, née Grenouilloux, ménagère, René Heintz habitait chez ses parents 49 rue de Lagny à Tournan (Seine-et-Marne), À l’issue de l’école primaire il fut reçu au CEP, et travailla dans une ferme. Sur convocation, il dut aller travailler à partir du 19 janvier 1943 pour l’agence Todt à des travaux de terrassement dans le Finistère. Les journées étaient pénibles, il souffrait des reins. Il vint en permission en avril, obtint un certificat médical, il était recommandé qu’il changea de travail. Il trouva un emploi dans sa profession de menuisier dans une organisation de l’armée allemande à Paris. Il demanda l’autorisation de changer d’affectation. Il envoya son certificat à l’agence Todt, mais il ne reçut pas de réponse.
Ayant décidé de ne plus retourner dans le Finistère, il alla se faire embaucher dans une ferme, il y resta une quinzaine de jours. Il fit connaissance d’un ouvrier travaillant dans une ferme voisine. Il lui aurait fait part de sa situation, cet homme lui indiqua qu’un nommé « Raymond », boucher à Épinay-sur-Seine (Seine, Seine-Saint-Denis) serait susceptible de lui fournir des faux-papiers. De retour chez ses parents, il jugea opportun de quitter le domicile familial. Il logea 168 avenue du Président Wilson à la Plaine Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis).
René Heintz se rendit avenue de la Marne à Épinay-sur-Seine, il rencontra « Raymond » qui lui présenta quelques jours plus tard « Martin », puis « Courtier » pseudonyme d’Adolphe Wersand. Celui-ci lui remit les fausses pièces d’identité quelques jours plus tard au nom de « Plasson », Adolphe Wersand lui annonça qu’il faisait désormais partie du groupe Gaston Carré et que l’organisation pour objectif de « poursuivre les collaborateurs ». Il avait pour pseudonyme « Moustache », devait toucher deux mille francs par mois plus des tickets d’alimentation.
Il fut arrêté le 19 octobre 1943 chez ses parents par des inspecteurs de la BS2 des renseignements généraux parisiens dans le cadre de l’enquête ouverte après la mort de André Ched’homme. Fouillé, les policiers trouvaient sur lui : un faux certificat de travail et un faux certificat de recensement au nom de « Charles Trouvé » et une carte d’identité au nom de « Georges Leroy ». Son logement de l’avenue Wilson fut perquisitionné, rien n’a été saisi.
Emmené dans les locaux des Brigades spéciales, interrogé il déclara : « Je n’ai touché qu’une seule fois mille deux cents francs. […] Un numéro matricule m’avait été affecté qui, je crois, est 3145. J’ignorais que cette organisation était placée sous l’égide du Parti communiste clandestin ; ce que j’avais appris, après [que] l’on m’eut donné mon pseudonyme et mon matricule, c’est que cette organisation s’appelait les F.T.P. ».
Il affirma : « Je n’ai jamais reçu d’armes ni d’explosifs, je n’ai jamais participé à aucun attentat. Il ne m’a jamais été donné d’explication sur les attentats commis soit par le groupe dont je faisais partie, soit par d’autres ».
Les policiers exercèrent très probablement des pressions morales et physiques sur lui pour connaître les raisons de son engagement. Il assura : « Je n’ai jamais été membre d’aucune organisation politique. Lors de mon arrestation, j’avais rompu tout contact avec les autres camarades. J’avais appris par « Courtier » (Adolphe Wersand) que les autres avaient été arrêtés et que je pouvais faire ce que je voulais, c’est pourquoi, je suis retourné chez mes parents ».
Incarcéré à Fresnes, René Heintz était le 25 février 1944 dans le wagon cellulaire accroché à un train en partance de la gare de l’Est à destination de Berlin. À l’intérieur cinquante-quatre hommes y étaient enfermés à destination du camp de concentration de Natzweiler. Tous déclarés « NN » Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard), ils étaient destinés à disparaître. René Heintz matricule 7590 mourut de mauvais traitements le 30 avril 1944. Une dizaine de ses compagnons ont été fusillés en Allemagne, seul sept rentreront de déportation.
Les parents de René Heintz demeurant hors du ressort de la Préfecture de police de Paris ne furent pas convoqués lors des travaux de la commission d’épuration de la police et de la commission rogatoire présidée par un juge. L’un de ceux qui arrêta et interrogea René Heintz, l’inspecteur André F… était membre du Parti populaire français dirigé par Jacques Doriot.
Cet inspecteur sortit du rang débuta comme gardien de la paix au commissariat de Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine). Il fit partie de la Brigade spéciale d’intervention (BSi) du commissariat, chargée de la répression des militants communistes qui distribuaient des tracts et des réfractaires au Service du travail obligatoire (S.T.O.). Admis en mai 1943 au concours d’inspecteur de la Police municipale, il entra à la BS1 (brigade anticommuniste), sur sa demande il fut muté à la BS2 (Brigade antiterroriste). Il fit partie de la vingtaine d’inspecteurs de la BS2 qui touchèrent à plusieurs reprises des primes « pour s’être signalés par leur courage, leur zèle et leur dévouement de tous les instants ». Des victimes, mais aussi des gardiens de la paix et inspecteurs témoignèrent sur procès-verbal de ses agissements à l’égard des résistants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89074, notice HEINTZ René, Armand. Pseudonymes : « Charles Trouvé », « Moustache », « Georges Leroy » par Daniel Grason, version mise en ligne le 5 décembre 2016, dernière modification le 3 juin 2022.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. GB 136 BS2 carton 44 (transmis par Gérard Larue), 77W 3111. — Archives de la CCCP : notes de Jean-Pierre Ravery. — Le Livre-Mémorial, FMD, Ed. Tirésias 2004. — État civil.

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