GODEFROY Jean, alias GEORGES Louis

Par Jean-Claude Magrinelli

Né le 2 février 1911 à Neuves-Maisons (Meurthe-et-Moselle), fusillé le 29 juillet 1942 à à La Malpierre, commune de Champigneulles (Meurthe-et-Moselle) ; chaudronnier ; militant communiste ; résistant, responsable politique régional des groupes FTP.

Jean Godefroy naquit en 1911 à Neuves-Maisons. Il se maria le 7 mars 1936 à Chavigny avec Jeanne Duflot. Le couple, qui n’eut pas d’enfant, demeurait à Chavigny selon la police ; à Pont-Saint-Vincent selon une note préfectorale du 10 décembre 1941. Il exerçait le métier de chaudronnier. Sous le Front Populaire, selon La Voix de l’Est du 26 juin 1937, il était le secrétaire de la cellule locale du Parti communiste. Au printemps 1939, il était au palmarès national des meilleurs vendeurs de l’Humanité. Il était syndiqué à la CGT.
Nous ignorons ce qu’il fit à partir de la déclaration de guerre. De retour à Chavigny, sous l’occupation, il fut signalé comme « sympathisant » sur la liste des communistes établie par la mairie en juillet 1941. En janvier 1942, il figurait en dernière position sur la liste alphabétique des 46 « principaux dirigeants de l’ex-parti communiste » de Meurthe-et-Moselle du fichier tenu par le cabinet du préfet régional Jean Schmidt.
La direction clandestine régionale lui confia la responsabilité de reconstituer des groupes de trois dans le bassin de Neuves-Maisons, chargés de la diffusion de la presse clandestine du parti, notamment La Voix de l’Est qui reparut à partir de janvier 1941. Pour éviter une arrestation de la part de la police allemande ou de la police française, il passa dans la clandestinité à l’été 1941. Convoqué le 4 octobre 1941, il refusa de comparaître devant les juges de la section spéciale près de la Cour d’Appel de Nancy. Le 8 novembre 1941, la juridiction d’exception le condamna, par contumace, à cinq ans de prison. La FK 591 de Nancy en fut informée par note du préfet régional du 15 novembre 1941.
Le chef du Grupp 30 de la GFP de Nancy, le capitaine Weitschacher, informa le préfet de Meurthe-et-Moselle, le 22 novembre, que les nommés Émile Claude de Messein et Jean Godefroy étaient « convaincus de s’être livrés ces temps derniers à la confection et à la diffusion de tracts communistes, (et) sont de plus suspectés d’avoir commis des actes de sabotage sur des installations ferroviaires en Meurthe-et-Moselle. » Il lui demanda d’ « alerter tous les postes de gendarmerie et tous les services de police et en cas d’arrestation de (lui) en faire rapport immédiatement. »
Jean Godefroy fut hébergé par des militants et amis. Il prit l’identité de Georges Louis. Il se fit embaucher par une entreprise locale de travaux publics. Condamné et en fuite, un avis de recherche de la D.G.P.N. fut lancé le 8 décembre 1941, avec cette mention : « Fait l’objet d’un mandat d’arrêt du 15 novembre 1941 du Juge d’Instruction de Nancy du chef de menées communistes ». Un premier avis de recherche, préfectoral celui-là, avait été publié 25 novembre 1941.
Lucien Bascou, le chef de la section anticommuniste de la 15e brigade régionale de police judiciaire, prit en mains le dossier. Il multiplia les initiatives en vue d’arrêter Jean Godefroy. Le 2 décembre 1941, il rapporta au chef de la 15e brigade « le fait que Godefroy a pu remettre un paquet de tracts (un appel à commémorer le 11 novembre) au nommé Travers (Lucien)… laisse supposer qu’il se cache dans la région de Nancy. » Il opéra une perquisition à son domicile à Chavigny, au n° 48 route de Nancy, sans résultat. Il fit de même chez le frère de Jean Godefroy, au n° 88 rue Charles III à Nancy, sans plus de résultat. « Aucune des filatures exercées (sur sa femme et les membres de sa famille) ne nous a conduit sur la trace du nommé Jean Godefroy. Je me suis attaché à découvrir une photographie de l’intéressé et ai fini par en découvrir une, dans un groupe de mariage, chez un sieur Henry, photographe à Pont-Saint-Vincent. ».
Au matin du 13 février 1942, le chef de la sûreté de Nancy informa le commissaire de Dombasle, Maurice Mériaux, que Godefroy « pouvait travailler actuellement à Dombasle sur un chantier de l’usine Solvay, pour le compte de l’entreprise Cabirol sous le nom de Louis Georges », né le 17 mars 1910 à Jarville, monteur en fer, pensionnaire depuis « le 10 février 1942 » chez une logeuse en garni à Dombasle. » Le commissaire se rendit, avec deux gendarmes, sur le lieu de travail. Voici le rapport qu’il fit, le 14 février 1942. « … Hier, 13 février 1942, à 18h20, accompagné de deux agents de mon service, je me suis rendu sur le lieu de son travail, à l’usine Solvay, près des bâtiments du caustique, l’y ai appréhendé et suis reparti, laissant aux agents le soin de le ramener au commissariat et, peu après mon départ, Godefroy Jean a réussi à prendre la fuite à travers les chantiers et les champs, malgré quatre coups de feu tirés en l’air et un coup tiré dans sa direction... » Le préfet n’informa la FK 591 de la fuite que le 7 mars 1942.
Jean Godefroy fut arrêté à Nancy par la police allemande. Les circonstances de son arrestation restent à éclaircir. Le rapport établi par le commissaire Bascou le 18 juin 1942 porte, en marge, la mention manuscrite : « Hubert Sensiquet arrêté le 12 juin 1942 par les Allemands. Jean Godefroy arrêté le 12 juin par les Allemands. ». Celui établi le 17 juillet par le commissaire chef des services des R.G. précise : « Gallot Léon alias Maxime a été arrêté à Nancy, alors qu’il se trouvait avec Godefroy. » Walther Hinrichs, staffelobertscharführer au SD de Nancy, entendu le 24 septembre 1947, donna une autre version : « Passant par l’avenue de Strasbourg, Pacci (Giovanni) eut soudain une exclamation et, désignant un homme qui marchait lentement sur le trottoir à notre droite, nous dit que c’était Sensiquet, chef régional du P.C., section politique. Hoffmann (un commissaire de la SIPO und SD) fit stopper la voiture et assisté de Karas arrêta Sensiquet… Il me semble que, par la même occasion, un autre individu ait été arrêté, un nommé Godefroy, survenant quelques minutes après l’arrestation de Sensiquet, avec lequel il avait rendez-vous… ».
Du 16 au 20 juillet 1942 à Nancy, 38 membres du groupe Pacci furent jugés par le tribunal militaire de la FK 591. Jean Godefroy était l’un d’eux. Ce fut un procès à grand spectacle, qui donna l’occasion d’apprécier le rôle essentiel joué par Jean Godefroy dans l’organisation clandestine militaire communiste.
Pour Giovanni Pacci, « … Godefroy, présenté à Paris par (moi), avait été nommé responsable politique interrégional, après avoir été responsable pour l’organisation politique du TP (travail particulier : les sabotages) en Meurthe-et-Moselle… (C’est en) allant à Paris avec Godefroy que (je l’ai) présenté aux responsables de la commission des cadres… »
Pour Georg Anzinger, le chef de la section IV de la SIPO und SD de Nancy, « Godefroy était l’organisateur, donnant ses instructions sur les attentats. Il occupait une place très importante, était le supérieur à Pacci. Lui, comme Gallot, savent mais ils ne veulent pas parler… Dans ces cas de sabotages, le commissaire militaire (Pacci) était d’accord avec le commissaire politique (Godefroy) s’entendant pour l’organisation des sabotages ou approuvant ceux faits par leurs groupements. »

Le dernier jour du procès, Jean Godefroy critiqua Pacci « qui a menti au tribunal » et déclara « ne pas avoir agi par intérêt mais simplement pour permettre à la France d’être libérée de ses envahisseurs. » Il fut condamné à mort pour « activité communiste » le 20 juillet 1942.
Jean Godefroy fut fusillé le 29 juillet 1942 à 6 heures 36, à La Malpierre, avec 13 de ses camarades FTP.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89176, notice GODEFROY Jean, alias GEORGES Louis par Jean-Claude Magrinelli, version mise en ligne le 18 septembre 2010, dernière modification le 1er janvier 2021.

Par Jean-Claude Magrinelli

SOURCES : AVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Claude Favre, La Malpierre des héros anonymes, 2012. — Notes Jean-Pierre Besse.
Arch. Dép. Meurthe-et-Moselle, WM 329, WM 333, WM 1174, WM 1530, 927 W 1, 1447 W 6 et 9, 1836 W 100, W 927 – 1, W 1304-22, 102 W 1, 102 W 69, 102 W 71, 1739 W 2, 1739 W 5, 2101 W 4. — La Voix de l’Est, du 26 juin 1937. — L’Humanité des 22 avril et 19 juin 1939. — Claude Favre, « La Malpierre Des héros anonymes », op. cit., pages 25, 55 et 59.

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