BOUKORT Ben Ali écrit aussi BOUKOURT Benali [Sidi M’hamed Ben Ali]

Par René Gallissot

Né le 9 février 1904 dans un village de colonisation : Renault, proche de la ville ancienne de Mazouna, région de Mostaganem, mort en 1984 ; élève de l’École d’Orient, en Moscou, en 1942 ; premier secrétaire du Parti communiste algérien (1936-1939).

Ben Ali Boukort était l’aîné d’une famille de dix enfants ; le père tenait une épicerie. Il envoya son fils à l’école primaire française à Mazouna. Reçu au certificat d’études primaires en 1920, le jeune Ben Ali Boukort obtint une bourse pour accéder au primaire supérieur et suivit, comme externe subsistant très pauvrement, les cours de l’École Décieux à Tlemcen jusqu’au brevet et au concours d’entrée à l’École normale auquel il fut reçu.

Les élèves de cette école de cours complémentaire avaient été très sensibles, lors du passage du secrétaire de la fédération communiste d’Algérie en tournée électorale – il s’agissait de H. Mazoyer* aux appels du Parti communiste en faveur de l’indépendance de l’Algérie et contre la guerre du Rif. Pendant les grandes vacances de l’été 1924, Ben Ali Boukort fut employé au secrétariat de la commune mixte de son village natal, Renault, tout en prenant contact avec la presse du mouvement Jeune algérien, l’Ikdam (La Vaillance), et la presse communiste, La Lutte sociale ; il envoya des articles à ces deux journaux qu’il signa « Le Jeune rouge ». Il entra aussi en correspondance avec les Jeunesses communistes de Sidi-Bel-Abbès. Ses idées et ses activités furent dénoncées par le secrétaire de la commune, et l’administration coloniale le déclare indésirable à l’École normale. Il accomplit alors son service militaire en Algérie (1925-1927). Démobilisé, Ben Ali Boukort émigra en France où il travailla aux mines de Mancieulles (Meurthe-et-Moselle), puis dans la région parisienne, en différentes usines de Saint-Denis où il habita. C’est alors qu’il entra à l’Etoile nord-africaine, l’organisation de masses pour la main-d’œuvre nord-africaine, fondée en 1926 par le Parti communiste et portée par la CGTU ; Ben Ali Boukort appartint également à la CGTU et au Parti communiste. Sur l’avis de Mohamed Marouf*, l’animateur communiste de la syndicalisation des ouvriers nord-africains, il fut envoyé en 1927 ou 1928 à Cours (Rhône) pour soutenir une grève dans le textile faite par les travailleurs algériens puis séjourne quelque temps à Lyon pour organiser syndicalement les travailleurs nord-africains.

C’est Messali alors membre du Parti communiste, qui avait été envoyé en 1927 au nom de l’ENA, au premier congrès qui s’était tenu à Bruxelles, de la Ligue anti-impérialiste (ou anticolonialiste), organisme de l’Internationale communiste. Son discours réclamant l’indépendance des colonies annonçait sa montée au leadership de la parole à la tête de l’ENA ; effectivement il s’employa à donner à l’ENA, une orientation autonome par rapport au PC. En s’appuyant sur la CGTU, c’est M. Marouf qui conduisit au titre de la Commission coloniale du Parti communiste, la résistance aux efforts de Messali. Ainsi en juillet 1929, au titre de l’Etoile nord-africaine et de la CGTU, donc fort probablement sur avis de cette commission coloniale, le choix se porta sur le modeste Ben Ali Boukort pour être délégué au 2e congrès de, la Ligue antiimpérialiste qui se tint à Francfort-sur-le-Main ; il s’y rendit clandestinement. Seul délégué nord-africain, il intervient en dénonçant le régime colonial en Algérie, à l’étonnement, semble-t-il, de la délégation communiste française qui ne s’intéressait guère aux réalités coloniales.

Ben Ali Boukort rentre ensuite en Algérie, sans emploi ; il se joint quelque temps à la petite entreprise de transport qu’avaient montée à Renault son frère et son beau-frère et rédige une brochure, restée manuscrite, qui dénonçait la célébration du centenaire de la colonisation de l’Algérie et il l’adresse au dirigeant communiste français André Marty* qui, à Paris et auprès de l’exécutif de l’IC à Moscou, s’affirme dans la mise à l’écart de la direction du parti français constituée à partir des Jeunesses communistes, et dénoncée comme formant le groupe Barbé-Célor. La commission coloniale du Parti communiste rappelle Ben Ali Boukort à Paris où il travaille alors en collaboration avec M.Marouf ; il s’occupe de l’alphabétisation des travailleurs nord-africains dans les municipalités communistes de la région parisienne, et participe au lancement par la CGTU du journal El Amel, (L’espoir), qui paraîtra tant bien que mal jusqu’en 1932, et qui tente de concurrencer El Ouma, le journal de Messali qui faisait de plus en plus nettement de l’Etoile nord-africaine, une organisation politique autonome.. En 1933, les nouveaux statuts de l’ENA en font un parti indépendant en interdisant la double appartenance avec le P.C. mais non pas avec le syndicat, pour l’heure la CGTU. C’est durant ces années parisiennes que Ben Ali Boukort, parmi d’autres, utilise le pseudonyme d’El Djazairi, l’Algérien, pour signer ses articles.

En 1932, il est envoyé à l’École d’Orient à Moscou qu’il quitte en avril 1934 sans achever son cycle de perfectionnement. À cette date, la conférence de réorganisation de la région communiste d’Algérie qui se tient au Vieux Kouba (quartier d’Alger) et projette la transformation de la région en parti algérien, en présence d’André Ferrat qui était à la tête de la Commission coloniale, le nomme au secrétariat de la Région, faisant passer à la trappe. l’organisateur malheureux du Parti nationaliste révolutionnaire (PNR), Sid-Ahmed Belarbi* dit Boualem. Ben Ali Boukort s’occupe de la rédaction et de la direction du journal La lutte sociale qu’il fallait relancer. En septembre ou octobre 1934, il est arrêté et emprisonné à la prison Barberousse (Serkadji) à Alger ; atteint d’une crise de tuberculose, il est finalement en février 1935, assigné à résidence sous « surveillance spéciale » à Béni Abbès (Sahara) pour s’être livré, selon un arrêté du gouvernement général d’Alger « à des actes d’hostilité contre la souveraineté de la France sous forme de propagande tendant à l’indépendance de l’Algérie » (arrêté du 25 janvier 1935). Les articles pour La lutte sociale et les textes de propagande comme la brochure Peuple d’Algérie, quels sont tes amis ?, préfacée par Barthel*, le nouvel envoyé du Parti français en Algérie, et qui étaient signés du pseudonyme d’El Mounadi, étaient acheminés vers Alger par l’intermédiaire du commerçant israélite, sympathisant communiste, Amar Meyer qui avait des magasins à Béni-Abbès et Béchar.

Le Parti communiste présente la candidature de Ben Ali Boukort aux élections législatives du mai 1936, et obtient sa libération en négociant son désistement au 2e tour en faveur du candidat d’Union socialiste Fiori, qui n’avait de socialiste que l’appellation. Ben Ali Boukort est encore candidat communiste à des élections cantonales et municipales, mais son élection est annulée, sauf après sa libération en 1937 au conseil municipal d’Alger.

Libéré en effet le 20 mai 1936, il reprit place au secrétariat de la Région communiste ; en octobre, au congrès de transformation de la Région en Parti communiste algérien, il devient le premier secrétaire de ce PCA ; il fut réélu au 2e congrès du Parti communiste algérien en décembre 1937 et le resta jusqu’en 1939-1940. La poste de premier secrétaire était confié à un Algérien pour manifester l’arabisation du parti, mais Ben Ali Boukort était peu arabisé puisqu’il avait été formé par l’école française ; pour mieux l’arabiser, il est alors marié à une des rares militantes algériennes du Parti. Le premier secrétaire reste doublé par un délégué du Parti communiste français, comme en ces années, après Barthel-Jean Chaintron. Robert Deloche* qui ne laissera pas de bons souvenirs tandis qu’Elie Mignot* entre au bureau politique du PCA avant de passer à la commission coloniale du PCF à Paris d’où il « suivait » les partis d’Afrique du Nord. Ben Ali Boukort mèna campagne pour le projet Blum-Violette demeuré à l’état de projet de loi et qui envisageait d’élargir très mesurément la citoyenneté française ; il participa au Congrès musulman parallèle au Front populaire ; il se distingua en particulier en 1937 en dénonçant l’action du PPA, le parti de Messali qui allait être dissous par le gouvernement français de Front populaire, en l’accusant comme le faisait le PCF, de faire le jeu du fascisme, et en pratiquant l’amalgame entre ce Parti du Peuple algérien, appelé systématiquement Parti populaire algérien, avec le parti français d’extrême droite qu’est le PPF, Parti populaire français.

À la fin de 1939, Ben Ali Boukort, premier secrétaire du PCA, mobilisé, annonça qu’il avait rompu tous liens avec le communisme. Dans une lettre publiée par la presse, il dénonça le pacte germano-soviétique et son appartenance au PC. Démobilisé, il s’employa comme receveur des tramways à Alger. Il appartient ensuite au Parti du Peuple algérien (PPA), parti non autorisé de Messali Hadj ; il collabore à son organe clandestin L’Action algérienne ; il est arrêté un temps en 1945 comme de nombreux responsables du PPA-MTLD. Il passe ensuite au parti de Ferhat Abbas, l’Union du manifeste algérien (UDMA) en 1946-1947, pour revenir après 1947 et jusqu’en 1954 au parti messaliste, Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Arrêté en 1957, libéré la même année, Ben Ali Boukort choisit l’exil en France où il collabore avec le MNA, le nouveau parti des fidèles de Messali Hadj, jusqu’en 1962.

En 1968 il rédiga ses mémoires, passablement confus, dans lesquels il met en cause les dirigeants aussi bien du Parti communiste que des autres partis politiques (PPA-MTLD et UDMA) auxquels il a appartenu. Cette autobiographie justificatrice, dans une version à peine améliorée, sera publiée en Algérie en 1986, sous son nom orthographié Benali Boukourt et le titre Le souffle du Dahra.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89294, notice BOUKORT Ben Ali écrit aussi BOUKOURT Benali [Sidi M'hamed Ben Ali] par René Gallissot, version mise en ligne le 24 septembre 2010, dernière modification le 22 juin 2020.

Par René Gallissot

ŒUVRE : El Mounadi, Peuple d’Algérie, quels sont tes amis ?, brochure préfacée par Barthel, éditée par La lutte sociale, Alger 1935. – Ben Ali Boukort, Union des peuples de France et des colonies pour le pain, la liberté et la paix. Brochure préfacée par Henri Lozeray, tiré à part des Cahiers du bolchevisme, août 1937. – Benali Boukourt, Le souffle du Dahra, ENAL, Alger, 1986, 177 p.

SOURCES : RGASPI, 495 270 189 23. — Arch. du ministère français d’Outre-mer, Paris, SLOTFOM série 3, carton 45. –Arch. d’Outre-mer, Aix-en-Provence, 9 H 57. – La lutte sociale, 1935 et 1936. – Autobiographie 1968, communiquée à titre personnel. –Interviews 1975 et 1977 par A.Taleb Bendiab et J.L. Planche. -B.Stora, Dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens, op.cit. – Achour Cheurfi, Mémoire algérienne, dictionnaire biographique, éd. Dahlab, Alger, 1996.

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