BRIDIER Alfred (DURANT Louis, DURAND Louis) (version DBK)

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

Né le 16 octobre 1900 à Le Bourg-d’Hem (Creuse), mort le 1er septembre 1987 à Désertines (Allier) ; maçon cimentier puis chauffeur de taxi ; militant communiste et syndicaliste unitaire de la région parisienne (Paris, Vanves) ; élève de l’ELI en 1934.

Alfred Bridier était le fils de petits paysans pauvres. Son père, ancien maçon parisien avant la guerre était abonné à La Bataille Syndicaliste et votait socialiste, engageant les autres paysans à faire de même (“ Votez donc rouge, ils ont toujours le temps de blanchir” disait-il). Il avait un esprit de classe très développé selon son fils qui fréquenta l’école primaire de sept à treize ans et en garda une certaine soif de connaissances. Il affirmait avoir « toujours aimé la lecture dévorant tout ce qui [lui] tombait sous la main » et être heureux « quand un livre anticlérical [lui] tombait sous les yeux ». De fait la liste des auteurs cités dans son autobiographie du 9 avril 1934 est assez impressionnante tant en littérature qu’en théorie politique. Cette culture s’étendra en 1928-1931 au cinéma (il indique les principaux films d’Eisenstein, Poudovkine, Ekk, Pabst...) et au théâtre.

Alfred Bridier commença à travailler à treize ans chez ses parents jusqu’à dix-sept ans puis fut manœuvre maçon à Pithiviers (Loiret). Il fut employé en 1919 comme maçon au barrage d’Éguzon (Indre). En 1920-1922 il fit deux ans de service militaire et fut affecté pendant quatorze mois au Service géographique où il préparait des cartes géographiques (ainsi en 1921 des cartes pour l’armée d’occupation en Allemagne). Plus tard, en 1927, lors d’une période de réserve au camp de La Courtine, il eut une activité antimilitariste dont pouvait témoigner Lenoir, un responsable de la CGTU. À son retour en 1922 il fut maçon à Reims et à Paris jusqu’en 1926. Après un retour dans sa région chez ses parents en 1927 il revint à Paris et commença, à partir d’octobre 1928, à exercer le métier de chauffeur de taxi. Il s’était marié en février 1924 à Paris (XIVe arr.) avec Berthe Laroche, fille de paysans pauvres, employée de maison à Paris ; ils avaient, en 1934, un fils de neuf ans.

En juin 1924, A. Bridier adhéra à la 15e section de Paris du Parti communiste, lors d’une campagne électorale, en même temps qu’au Syndicat unitaire du Bâtiment (SUB à direction anarchiste dit-il) où il ne s’investit guère étant plus attiré par la théorie politique. Il constitua une cellule dans le IXe arr. (rue de la Tour-des-Dames). De retour quelque temps dans la Creuse en 1927, il tenta vainement de faire vivre une cellule à Champsanglard. Ayant alors des difficultés d’argent il cessa de payer ses cotisations au parti tout en restant propagandiste (de 4 voix en 1924, le PC passa à 30 voix en 1928 sur environ 120 électeurs).

À son retour à Paris, il adhéra de nouveau au syndicat du Bâtiment à la suite d’une lettre qu’il avait envoyée à l’Humanité sur les conditions de travail des cimentiers mais sans reprendre sa carte au PC. Il milita ensuite dans le Syndicat unitaire des cochers chauffeurs où il fut élu membre de la commission exécutive à majorité communiste. Désireux de soutenir son point de vue contre certains membres de cette CE, il demanda, en 1932, sa réadhésion au PC, d’autant plus que la crise mondiale « augmentait les possibilités révolutionnaires". Il fut candidat communiste aux élections municipales de Vanves, mais il jugeait que « le travail syndical est plus important que le travail local ».

Après 1932, A. Bridier fut surtout actif dans la fraction communiste du syndicat où un conflit opposait Constantin Nespoulos, administrateur de la Coopérative syndicale des taxis, à Raymond Loche et Garcia. A. Bridier critiquait aussi bien « l’opportunisme » de Nespoulos que « l’activité entachée de sectarisme des deux autres copains ». Mais c’est de Nespoulos qu’après « une bagarre acharnée » dans sa cellule que l’exclusion fut demandée ce qui fut obtenu à la suite d’une commission de contrôle régionale. Ces luttes avaient affaibli le syndicat qui s’engagea en 1933 dans un combat contre les mesures du gouvernement Daladier relatives à un impôt sur l’essence qu’aggravaient les conditions de vie des chauffeurs. À la suite de cette bataille, A. Bridier affirmait qu’il fut choisi, avec quatre autres camarades pour compléter le travail d’organisation de la section syndicale. La direction du parti ayant alors demandé au secrétaire du syndicat de choisir deux militants pour aller à Moscou à l’ELI son nom fut retenu avec un certain Lambert. Il écrivit son autobiographie le 9 avril 1934 à Moscou où il prit le pseudonyme de Louis Durant.

Il fut évalué de la manière suivante : « académique : très bon : politique : très bon ; social : assez bon : liaison masse : assez bonne. Défaut : individualisme ; qualités particulières : agitation, rédaction ; organisation ».
Les archives nous donnent le détail des remarques de ses enseignants :

Appréciations scolaires

« Économie politique (1er et 2e semestres) : A progressé ces derniers temps. Les résultats sont bons. Au début, il y eut beaucoup d’absences, pas assez d’activité et manque d’attention aux cours. Sous l’influence du collectif, il s’est corrigé et a manifesté de l’intérêt pour l’économie politique. Les interventions sont politiquement maîtrisées.

Histoire du mouvement ouvrier (1er et 2e semestres) : le développement général est bon. A bien surmonté les difficultés et a tout à fait liquidé les défauts qui ont eu lieu dans le semestre. À assez bien assimilé la matière. L’activité, dans le second semestre est bonne. Le rythme du travail est rapide, n’a montré aucune déviation.

Histoire du PCb et léninisme (1er et 2e semestres) : dans le 1er semestre n’a pas travaillé assez activement. La discipline était insatisfaisante. S’est amélioré dans le 2e semestre. Le camarade est très capable. Dans le 2e semestre a montré beaucoup d’intérêt pour la matière et une bonne activité. Les résultats sont bons, la discipline aussi.

Le travail social et politique (scolaire et para-scolaire)
1er et 2e semestres. Kim. Fait des efforts en Histoire du mouvement ouvrier et du PC. À quelque peu sous estimé son travail comme organisateur de la propagande internationale. »

Stage pratique.

« 1er semestre. Déc. Janv. Fév. Se familiariser avec le travail de production. L’usine d’électricité et d’éclairage. A travaillé consciencieusement.
4e semestre. Oural. Se familiariser avec le travail des Jeunesses communistes.
Travaille plus en collectivité. »

Lui-même porta un jugement sur les cours : « DURANT. Lorsque les cours ont commencé, on ne se rendait pas assez compte que les camarades arrivés sont des jeunes ouvriers, c’est pourquoi il y avait des hésitations. Les enseignants auraient dû se lier plus étroitement avec les élèves pour analyser les thèmes, c’est pourquoi on a pu commencer à bien travailler seulement 2 ou 3 mois plus tard. Je pense que le groupe a étudié beaucoup de questions. La cam. Ignatieva a bien travaillé avec nous. Quant à cam. Shiferson, il y eut beaucoup de difficultés avec la langue qui pour beaucoup a gêné le travail. L’économie politique s’est passée assez bien. En ce qui concerne la vie sociale on ne doit pas la traiter d’une façon mécanique, on a surchargé les camarades et on ne se rendait pas compte des forces de chaque secteur.

DURANT : Il faut fournir toute la littérature des secteurs de nos pays. Il faut organiser les exposés des camarades sur la propagande internationale. Dans le travail pratique, il faut donner la possibilité aux camarades pour mieux étudier la vie des ouvriers de leurs professions.

DURANT : Après chaque conférence nous avons ¼ d’heure pour une autocritique. Lors des consultations, si les élèves n’ont pas lu les matériaux, les enseignants n’élucident pas les problèmes eux-mêmes. »

Il était encore à Moscou en avril-novembre 1936.

On ignore son devenir.

IL mourtu dans l’Allier en 1987.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89297, notice BRIDIER Alfred (DURANT Louis, DURAND Louis) (version DBK) par René Lemarquis, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 septembre 2010, dernière modification le 3 novembre 2010.

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

SOURCE : RGASPI : 495 270 1021 : Autobiographie du 9 avril 1934 (n’indique pas de prénom, ni d’adresse) ; évaluations : textes en russe traduits par Macha Tournié.— Etat civil.

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