GRANET Lucien, Léger, Jean

Par Jean-Pierre Besse

Né Ie 29 mars 1900 à Cenon (Gironde), fusillé comme otage le 24 octobre 1941 au camp de Souge, commune de Martignas-sur-Jalle (Gironde) ; grutier ; militant communiste.

Lucien Granet était le fils d’un journalier. Il se maria à Cenon en avril 1921 avec Maria Purificacion Garcia. Grutier au Port autonome de Bordeaux, il fut un ardent partisan de l’unité syndicale, et contribua à construire sur le port un solide syndicat de la CGT unitaire, dont il fut le secrétaire adjoint. Il adhéra au Parti communiste au début de 1934. Il était habitué à prendre la parole sur le port pour s’adresser aux dockers ou aux ouvriers des ateliers.
À Cenon, où il était domicilié 7 rue Denise, il se révéla être un organisateur et un propagandiste convaincant du Parti communiste. Après avoir été secrétaire de la cellule de Cenon, il devint secrétaire de la section. Celle-ci comptait vingt-cinq cellules car y étaient rattachées des communes des environs. Il tint souvent des réunions à la salle du « Moulin bleu » sur l’avenue Thiers, siège de la section.
Père de deux enfants, il se préoccupait de leur instruction et devint secrétaire du comité des parents d’élèves. La grève nationale du 12 février 1934, pour protester contre l’émeute du 6 février, fut unanime sur le port. Les entreprises de la rive droite avaient fait une pré-manifestation le matin en partant des chantiers de la Gironde, sur les quais, qui remonta l’avenue Thiers jusqu’au Moulin bleu, drainant sur son passage les ouvriers qui se mirent en grève. Un instituteur de Bruges, Camille Maumey, suivit la grève et manifesta avec ses élèves. Le commissaire du Bouscat instruisit la plainte de quelques parents. L’instituteur fut déplacé à Cenon et traduit devant le tribunal correctionnelle le 20 avril. Lucien Granet alerta les parents d’élèves. Ils étaient 250 à la réunion du soir le 19 à décider la grève scolaire pour le lendemain. Trois cents élèves manifestèrent et réclamèrent la relaxe pour l’instituteur. L’épouse de Lucien, qui avait participé à cette manifestation, fut à son tour traduite devant le tribunal correctionnel le 21 juin. À la suite d’une provocation, elle fut accusée de « violences sur enfants » et « violations de domicile ».
Lucien Granet fut arrêté le 14 décembre 1940. Le commissaire spécial avait noté sur ses fiches pour transmettre au préfet : « Il a été dans le secteur de Cenon un militant de premier plan, jouissant de la confiance du Comité régional, en raison du dynamisme qu’il prodiguait. » « Intelligent, volontaire, ayant la parole facile, il exerçait une influence prépondérante dans la section de Cenon dont il était 1er secrétaire. »
Quelques semaines avant son arrestation, la maison familiale avait subi des dégâts importants lors d’un bombardement anglais, le 10 novembre 1940. Hébergée chez son frère avec ses deux enfants, sa femme demanda au préfet la libération de son mari pour effectuer les réparations. Le préfet laissa la porte ouverte en manière de chantage : « Il me sera possible d’envisager la libération de votre mari lorsqu’il aura donné des preuves tangibles de son renoncement aux idées extrémistes et aux mots d’ordre propagés par la IIIe Internationale. »
Le préfet transmit le dossier à la Feldkommandantur. Il précisait la personnalité de Lucien Granet : « Ses interventions au Comité régional montrent qu’il est complètement acquis à la cause de ce parti et qu’il ne manquera pas une occasion de se livrer à une propagande révolutionnaire dans tous les milieux où il pourra se trouver. » « Très adroit, beau parleur, il constitue un danger pour l’ordre public. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89384, notice GRANET Lucien, Léger, Jean par Jean-Pierre Besse, version mise en ligne le 28 septembre 2010, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Jean-Pierre Besse

SOURCES : Les 256 de Souge, op. cit. – Site des fusillés de Souge. – État civil.

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