PABLO Michel [ RAPTIS Mikhalis, dit PABLO Michel, dit SPEROS, dit GABRIEL, dit PILAR, dit MOLITOR, dit JEROME, dit MARTIN Jean-Paul, dit MURAT, dit MIKE, dit ABDELKRIM, dit VALLIN]

Par Jean-Guillaume Lanuque, Michael Löwy

Né le 24 août 1911 à Alexandrie (Égypte), mort le 17 février 1996 à Athènes (Grèce) ; ingénieur urbaniste ; communiste, puis trotskyste, membre du groupe des archéo-marxistes à partir de 1928, de l’OKDE en 1934, puis de la IVe Internationale à partir de 1938, dont il fut le secrétaire international de 1946 jusqu’en 1960, puis exclu en 1965, fondateur puis président de la TMRI.

Michel Raptis/Pablo a incarné, pendant plusieurs décennies, l’internationalisme trotskyste et la solidarité des marxistes européens avec les révolutions anti-coloniales. Personnage controversé, il a suscité aussi bien des amitiés fidèles que des hostilités farouches, et a provoqué autant d’unifications que de scissions. De haute stature, prématurément chauve, à la fois chaleureux et réservé, c’était un personnage charismatique, pédagogue et un révolté-né.

Il naquit à Alexandrie le 24 août 1911, de parents grecs, et émigra avec eux en Grèce en 1916. Étudiant à Athènes à l’École polytechnique, il rencontra en 1928 le marxisme et le mouvement ouvrier grâce aux « Archives du marxisme », un groupe communiste dissident, semi-clandestin, dirigé par Yorghos Vitsoris ; quelques années plus tard, en 1931, une grande partie des archéo-marxistes adhéra à l’opposition de gauche internationale sous le nom de Groupe communiste unitaire (KEO). Le jeune Raptis s’était rapproché, pendant ce temps, d’Aghis Stinas, dirigeant du Parti communiste grec (KKE) qui constitua en 1932 une fraction léniniste (LAKKE), elle-aussi proche de l’opposition de gauche. Enfin, il fit la connaissance à cette époque de Pantelis Poulioupolos -destiné à devenir la principale figure du trotskysme grec- dirigeant d’un autre groupe communiste dissident, « Spartacus », dont il devint par la suite l’ami et le disciple. En 1934, ces différents groupes, courants et fractions réussirent, avec la participation active de Raptis, à s’unifier pour former l’Organisation communiste internationaliste de Grèce (OKDE), section grecque de l’opposition de gauche internationale.

L’année 1936, qui vit s’établir, après le coup d’État du 4 août, le régime fascisant du dictateur Metaxas, a été décisive dans la vie du jeune Raptis. Ce fut à la fois la rencontre avec celle qui devint sa compagne, Hellé (Hellène), une des responsables des Jeunesses communistes, et la première expérience amère de la répression. Arrêté par la police lors d’une rafle, il fut identifié comme « Speros », un des principaux dirigeants, avec Pouliopolos, de l’OKDE.

Brutalement frappé pendant trois jours et trois nuits, sans qu’on puisse le faire parler, il fut ensuite déporté à l’île de Folegandros, enchaîné à son ami et camarade de parti Andreas Tzimas. Après un séjour d’un an, il fut envoyé à la prison de Nauplie. En 1937, grâce à l’intervention d’un de ses anciens professeurs de l’École polytechnique, on le sortit de prison et on lui offrit la liberté, en échange d’une « petite déclaration écrite ». Devant son refus, on décida de l’expulser de Grèce : ce fut le début d’un long exil qui dura plusieurs dizaines d’années.

Après un bref séjour en Suisse, Raptis, suivi de sa compagne, arriva à Paris en 1938, chargé, sur proposition de Pouliopoulos, de représenter la section grecque auprès du secrétariat de l’opposition de gauche internationale. Les deux jeunes s’inscrivirent comme étudiants à la Sorbonne, tandis que le militant grec établit le contact avec ses camarades français. Peu après, en septembre 1938, se réunit, dans une double clandestinité - par rapport à la police française et à la GPU stalinienne- le congrès de fondation de la IVe Internationale, dans la maison d’Alfred Rosmer à Périgny. Raptis participa au congrès en tant que délégué grec (Vitsoris était lui aussi présent, au nom d’un autre groupe trotskyste grec), et fit connaissance, à cette occasion, avec les principaux dirigeants du mouvement trotskyste international. Avec le début de la guerre et l’assassinat de Léon Trotsky, le centre dirigeant de l’Internationale cessa de fonctionner. Raptis, qui avait choisit le pseudonyme de « Michel Pablo », tomba malade - il avait la tuberculose - et dut faire des longs séjours en sanatorium. En 1943, il réussit à reprendre contact avec l’un des principaux groupes trotskystes français, le Parti ouvrier internationaliste (POI) de Marcel Hic et David Rousset, et participa à la création du secrétariat européen provisoire. Rompu aux pratiques de la clandestinité en Grèce, il contribua à la publication de la presse trotskyste, notamment le journal édité par Widelin à l’adresse des soldats allemands, Arbeiter und Soldat. Une dénonciation provoqua l’arrestation, exécution ou déportation de plusieurs dirigeants du POI liés à cette initiative dangereuse, mais Pablo réussit à échapper au coup de filet. En février 1944, il participa et anima la conférence européenne clandestine à Beauvais, qui marquait la résurrection de la IVe Internationale à la fin de la guerre. À cette occasion, il joua un rôle déterminant dans l’unification des trois groupes trotskystes français qui formèrent le Parti communiste internationaliste - section française de la quatrième internationale (PCI-SFQI). Un secrétariat européen fut élu, dont il devint secrétaire général. Tous ses membres partageaient la conviction qu’une révolution européenne était imminente, et qu’elle allait commencer en Allemagne...

En mars 1946 eut lieu à Paris la première conférence internationale de la IVe Internationale après la guerre. Interrompue par la police -sous le coup d’une confusion, semble-t-il- elle se termina dans les locaux du Palais de Justice... C’est à cette occasion que, avec le soutien des principales sections européennes et du Socialist Workers Party (SWP), Michel Pablo fut élu secrétaire de la IVe Internationale, responsabilité qu’il conserva jusqu’à 1960. Pendant cette même année il retourna brièvement en Grèce en compagnie de son ami l’américain Sherry Mangan, représentant en Europe du SWP, pour aider à une nouvelle tentative de réunification des trotskystes grecs. Il fit de même en Italie, essayant en vain de préserver la section italienne de l’époque, le Partito operaio comunista (POC), de l’éclatement. En 1947, le SWP l’invita à visiter les États-Unis -ce fut son seul et unique voyage dans ce pays- où il tomba sous le charme de James P.Cannon. Lors du deuxième congrès mondial de la IVe Internationale (1948), Pablo prévoyait encore une fois « l’imminente crise du capitalisme ». De plus, il contribua à engager son mouvement dans le soutien critique à la Yougoslavie de Tito, en butte aux menaces de Staline et qualifié de fasciste, par l’envoi de deux mille cinq cent jeunes volontaires dans les brigades de travail yougoslaves. Jusqu’au début des années 1950, ses positions politiques furent celles de la grande majorité du trotskysme international, et jouissaient du soutien des plus grandes sections du mouvement (France et États-Unis). L’éclatement de la guerre de Corée en juin 1950 conduisit Pablo à la conclusion qu’on s’acheminait vers une nouvelle guerre mondiale, cette fois-ci entre les pays impérialistes et les “États ouvriers bureaucratiquement dégénérés” -guerre qui se transformerait nécessairement en « guerre-révolution ». Dans un document de janvier 1951, « Où allons nous ? », il insistait sur la nécessité, pour les trotskystes, de donner un « appui critique » au bloc dirigé par l’URSS -qu’il désignait par le terme de « monde stalinien » - dans son conflit avec l’impérialisme. Lors du troisième congrès mondial de la IVème Internationale en 1951, ces thèses furent approuvées -malgré quelques réserves du côté du PCI (SFQI)- ainsi que l’orientation tactique qu’il proposait pour briser l’isolement des trotskystes : l’entrisme dans les partis ouvriers dominants suivant les pays. C’est par la suite, lors du Xe plénum du Comité exécutif international (CEI), en février 1952, qu’il proposa et fit approuver une orientation d’“entrisme sui-generis” aussi dans les partis communistes de masse, notamment en France. Cette décision eut des conséquences dramatiques pour l’internationale : rejetée avec véhémence par la majorité du PCI (SFQI), elle provoqua la division de ce parti (en 1952) et, par la suite, de toute l’Internationale. Ce fut la brochure La guerre qui vient de 1953, préparée par Pablo avec l’accord de la majorité de la direction internationale, qui mit le feu aux poudres. Pablo présentait la guerre, qu’il croyait prochaine, entre les puissances impérialistes et le bloc dirigé par l’URSS comme un conflit entre « deux camps sociaux », au cours duquel la direction soviétique, malgré son conservatisme et son caractère contre-révolutionnaire, serait « obligée de donner une certaine impulsion révolutionnaire aux masses qu’elle contrôle ou influence » (La guerre qui vient, pp. 88-89). Qualifié de liquidateur et révisionniste ayant capitulé devant le stalinisme par le SWP américain en décembre 1953, Michel Pablo se trouva au centre des polémiques qui aboutirent finalement à la scission du mouvement, et à la formation d’un centre trotskyste rival, le comité international, composé notamment du SWP, de la majorité du PCI français exclu et de la section anglaise (Gerry Healy). C’est la naissance du concept de « pablisme », désignant, aux yeux de ses adversaires, une tendance d’adaptation au stalinisme et de rupture avec les principes du trotskysme orthodoxe.

Durant les années 1950, sa production propagandiste fut très importante ; il s’investit beaucoup dans les congrès mondiaux tenus à l’époque (quatrième en 1954, cinquième en 1957), écrivit plusieurs des documents adoptés par l’Internationale, de nombreux articles dans Quatrième Internationale ou La Vérité des Travailleurs, et apparaissait comme le principal théoricien de la IVe Internationale. Il fut ainsi de ceux qui firent condamner par le secrétariat international, en 1956, l’intervention russe en Hongrie. Et c’est surtout sous son impulsion que la IVe Internationale s’investit concrètement, suite au déclenchement de la guerre d’Algérie, dans le soutien à la lutte du Front de libération national (FLN) après les premières prises de contact de l’été 1955 (hébergements, transports, faux papiers, etc...). Il fut en particulier à l’origine de l’installation d’une usine d’armement pour l’armée de libération nationale (ALN), installée au Maroc, à partir de la fin 1958, et dont le personnel qualifié était composé de militants trotskystes. Dans cette optique, il souligna le rôle essentiel, selon lui, de la « révolution coloniale », plus particulièrement de la « révolution arabe », et défendit un soutien sans conditions au FLN.

À partir de mai-juin 1958, le secrétariat de la IVe Internationale, en raison de l’arrivée de De Gaulle au pouvoir, fut déplacé de Paris à Amsterdam, où Michel Pablo s’installa. Le 10 juin 1960, il fut arrêté à Amsterdam, avec son camarade Sal Santen, et condamné à deux ans de prison pour ses activités en soutien du FLN. Il cessa donc à ce moment-là d’être le secrétaire international de la IVe Internationale. Son procès eut lieu l’année suivante, en juin 1961, et fut l’occasion d’une campagne de solidarité, en particulier sur la base d’un appel lancé par Jean-Paul Sartre*, qui vit entre autre une trentaine de parlementaires travaillistes britanniques lui apporter leur soutien. Il fut finalement condamné à quinze mois de prison, peine qu’il avait déjà purgée.

1962 vit Michel Pablo, une fois libéré en octobre 1961, rejoindre le Maroc, d’où il repartit en juillet vers Alger avec l’ALN et où il devint conseiller à la présidence de Ben Bella, avec lequel il noua des liens d’amitié. Dans ce cadre, en tant qu’un des responsables du bureau des biens vacants, il lutta pour l’instauration de comités d’autogestion des travailleurs dans les secteurs économiques laissés vacants par le départ des pieds-noirs. Son logement était alors une villa réquisitionnée, à El-Biar. En octobre et novembre 1962, puis mars 1963, il réussit à faire adopter, avec Mohammed Harbi et Hocine Zahouane, et le soutien de Ahmed Mahsas (directeur de l’Office national de la réforme agraire), des décrets sur l’administration des biens vacants et l’autogestion des entreprises. Il défendit aussi le soutien, en armes et en argent, de Ben Bella aux actions guérilleristes de Che Guevara (avec qui il avait discuté à l’été 1963, à l’ambassade cubaine d’Alger), tout en étant en désaccord avec ce dernier sur l’utilité de stimulants seulement moraux pour motiver les masses à la construction du socialisme à Cuba. Il accepta également, sur la demande du président chypriote, Monseigneur Makarios, de jouer le rôle de consul de Chypre à Alger. Il défendait alors l’idée d’une fusion entre l’avant-garde de la « révolution coloniale » et l’avant-garde communiste non stalinienne (particulièrement les trotskystes de la IVe Internationale), et se trouvait secondé par un certain nombre de « pieds rouges ». Il travaillait donc de près avec la gauche du FLN, qui contribua à l’adoption de la Charte d’Alger. Il s’opposa à l’interdiction du PC algérien par le gouvernement, lança d’Alger un appel à des « volontaires pour le Viêt-nam » contre l’intervention américaine, et c’est également lui qui organisa l’arrivée de la première délégation syndicale soviétique à Alger.

Michel Pablo participa, en juin 1963, au VIIe congrès mondial de la IVe Internationale (dit de réunification), où il fut rapporteur sur la révolution algérienne ; son rapport fut d’ailleurs adopté par les délégués. Il créa en 1964 la revue Sous le drapeau du socialisme, dans le cadre de la commission africaine de l’internationale, dont il était responsable. Suite au coup d’état du colonel Boumedienne du 19 juin, il se cacha chez des amis français, rédigea un appel à la résistance, et réussit à fuir l’Algérie lors d’une deuxième tentative. Il s’installa alors à Genève pour une année. En décembre 1965, il fut exclu du CEI : en désaccord avec le soutien critique des Chinois décidé par la direction de l’Internationale, et accordant l’avantage au processus de déstalinisation mené par Khrouchtchev en URSS, il refusa d’accepter la discipline de l’Internationale. Il réunit alors ses partisans au sein de la tendance marxiste-révolutionnaire de la IVe Internationale, qui devint, en 1972, la Tendance marxiste-révolutionnaire internationale (TMRI), abandonnant ainsi la référence à la IVe Internationale. Interdit de séjour en France, Michel Pablo effectua plusieurs voyages clandestins à Paris, où il logea chez Michel Leiris. Peu de temps avant Mai 68, il participa à la création de la revue Autogestions, avec Lucien Goldmann*, Yvon Bourdet* et Daniel Guérin*, ce qui correspondait, semble-t-il, au moment où il synthétisa ses idées sur le concept d’« autogestion sociale généralisée », vers 1967. Il était d’ailleurs présent à Paris en Mai-68, aux côtés des jeunes militants de son courant et, suite à cette expérience, il insista sur l’importance des nouveaux mouvements sociaux (noirs, femmes, étudiants), pouvant disposer d’organisations autonomes. Il avait auparavant soutenu l’action du comité Viêt-Nam national. Il partit ensuite pour Cuba, via la Tchécoslovaquie, et arriva en juillet à La Havane. Il y discuta avec Fidel Castro, qui n’avait pas encore approuvé l’intervention soviétique à Prague.

Il revint peu de temps à Paris, avant de partir pour la Yougoslavie, dans le cadre de la lutte contre le régime des colonels en Grèce ; il fonda d’ailleurs la revue Antistasi Résistance et rentra en contact avec les mouvements de résistance, tel le PAK d’Andreas Papandreou. Il participa également à la tentative d’évasion avortée de son ami Ben Bella, en animant la campagne et par la collecte de l’argent et la confection des faux papiers nécessaires. En 1969, il fut invité à Amman par le Front démocratique et populaire pour la libération de la Palestine, une scission du FPLP. Il visita également des camps palestiniens en compagnie de son ami tunisien Lafif Lahkdar et de l’écrivain français Gérard Chaliand. En 1969 toujours, Michel Pablo resserra ses liens avec les Palestiniens. Il mit également en contact trois militants du Front sandiniste nicaraguayen avec le FPLP de Habache (dont faisait partie un de ses amis d’Alger, Mohammed Boudia), pour qu’ils puissent s’entraîner dans des camps en Jordanie. Il effectua peu après un séjour à Lima, où il s’entretint avec des officiers militaires de la junte « révolutionnaire » au pouvoir. En 1972, Michel Pablo était au Chili, où il collabora avec la gauche du Parti socialiste de Salvador Allende, qui l’avait invité à faire une série de conférences sur l’autogestion. Il retourna à Paris début 1973, où il rédigea son essai sur l’expérience chilienne. 1974 le vit présent à Lisbonne, où il salua la Révolution des œillets comme le début de la révolution européenne. Les amitiés qu’il avait avec des dirigeants du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA d’Agostinho Neto) et du Mozambique (Aguino de Bragança) lui permirent de rentrer en contact avec le Mouvement des forces armées (MFA), qui avait renversé Salazar ; il se lia d’ailleurs d’amitié avec Otelo de Carvalho, et prôna un front unique entre le MFA et le mouvement ouvrier. Lorsque Otelo fut emprisonné, il effectua plusieurs voyages à Lisbonne pour tenter de le faire libérer.

À compter de 1974, il fut surtout actif en Grèce même, où il habitait de nouveau avec sa compagne, Hellé. Depuis 1946, il n’avait pu en effet y retourner que quelques jours dans les années 1960, peu de temps avant l’instauration de la dictature des colonels. Il aida en particulier son ami Papandreou à bâtir le Parti socialiste, qu’il abandonna quelques temps plus tard. En novembre 1975, Michel Pablo fut envoyé par plusieurs journaux grecs comme envoyé spécial à Madrid ; il obtint d’ailleurs une conférence de presse confidentielle avec Santiago Carillo. En 1978, il abandonna la conception trotskyste « classique » de l’URSS comme « État ouvrier bureaucratiquement dégénéré », pour le concept politique d’État bureaucratique, et préconisa non plus seulement une révolution politique, mais une révolution politico-sociale. En janvier 1980, il fut un des invités d’honneur au congrès du Sinn Féin, à Dublin. En 1982, Michel Pablo appela, avec dix autres personnalités, au renforcement par tous les moyens, y compris militaires, de l’aide à la résistance palestinienne et libanaise face à l’invasion d’Israël. Il était présent, les 26 et 27 mai 1984, au congrès constitutif du Mouvement démocratique algérien de Ben Bella, tenu au château de Montvellargène, près de Chantilly. Lors de l’accession au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev et du début de sa « perestroïka », il estima qu’il s’agissait là d’un processus d’auto-réforme de la bureaucratie d’URSS. Face aux événements du « printemps de Pékin », par contre, il considéra qu’une révolution politique commençait contre la bureaucratie chinoise. A la même époque, il combattit vivement l’intervention américaine en Irak. Au début des années 90, à la suite de la chute de l’URSS, il estima qu’il était nécessaire d’élaborer un nouveau programme et préconisa dans ce cadre un regroupement des « marxistes critiques ». A cette fin, la IVe Internationale semblait pour lui un lieu privilégié. Vis-à-vis de la guerre qui déchirait l’ex-Yougoslavie, il s’opposait à toute intervention des États-Unis. Dénonçant l’éclatement de la Fédération yougoslave -dont il refusait de tenir la Serbie pour seule responsable-, il apporta son soutien au projet d’une grande Serbie englobant tous les Serbes éparpillés sur l’ensemble de l’ex-Yougoslavie (ce qui ne manqua pas de susciter des controverses). Michel Pablo organisa, en novembre 1993 et février 1995, à Athènes, deux conférences internationales contre les embargos de l’Irak, de la Libye et de Cuba, auxquelles participèrent des délégations de plus de trente pays. Toutes ces actions et prises de position s’inscrivaient dans son soutien aux « nations rebelles » à l’ordre mondial et à l’impérialisme américain. Sa réputation en Grèce était alors importante : il écrivit de nombreux articles sur l’actualité (ayant même sa propre rubrique de politique internationale dans le journal Ta Nea), l’histoire du mouvement ouvrier et de l’URSS, et fut régulièrement invité à la télévision ou dans des universités. Il s’investit également dans des manifestations, en défense de familles turques menacées d’expulsion ou de prostitués homosexuels maltraités.

En ce qui concerne son apport théorique, il est considéré comme un des théoriciens de l’autogestion. Doté d’une grande culture, polyglotte, Michel Raptis mourut le 17 février 1996, à Athènes. Ses funérailles furent suivies par un grand nombre de personnes diverses, dont quatre ministres, et firent l’objet de multiples envois de couronnes de fleurs et de messages de la part de syndicats, d’associations et de partis politiques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89556, notice PABLO Michel [ RAPTIS Mikhalis, dit PABLO Michel, dit SPEROS, dit GABRIEL, dit PILAR, dit MOLITOR, dit JEROME, dit MARTIN Jean-Paul, dit MURAT, dit MIKE, dit ABDELKRIM, dit VALLIN] par Jean-Guillaume Lanuque, Michael Löwy, version mise en ligne le 5 octobre 2010, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Jean-Guillaume Lanuque, Michael Löwy

ŒUVRE : La guerre qui vient, Publications de la Quatrième Internationale, Paris, 1953. — Ce qu’est, ce que veut la IVe Internationale - Dictature du prolétariat, Démocratie, Socialisme, Publications de la Quatrième Internationale, Paris, 1957. — Préfaces aux textes de Trotsky sur l’Espagne et sur l’Allemagne, 1959. — L’autogestion en Algérie, numéro spécial d’Autogestion, Anthropos. — Impressions et problèmes de la révolution algérienne, 1962. — Quel socialisme au Chili ? Étatisme ou autogestion ?, Anthropos, Paris, 1973. — I Politiki mou avtobiografia, Ikaros, Athènes, 1996. — Articles dans La Vérité, La Vérité des Travailleurs, Quatrième Internationale, Sous le drapeau du socialisme, Autogestions, Utopie Critique, Ta Nea.

SOURCES : Entretien avec Gilbert Marquis du 13 février 1999. — Pierre Frank, La Quatrième Internationale, Maspero, Paris, 1973. — Rodolphe Prager, Les congrès de la IVe Internationale, 4 tomes, La Brèche, Montreuil, 1978 à 1989. — Agis Stinas, Mémoires, La Brèche, Montreuil, 1990. — Roger Faligot, Rémi Kauffer, “Pablo : le dernier des mohicans”, in Éminences grises, Fayard, Paris, 1992. — Rouge, 22 février 1996. — Inprecor, mars 1996. — Cahiers Léon Trotsky, numéro 57, mars 1996. — Utopie Critique, numéro 8, 3e trimestre 1996. — Colloque sur l’oeuvre et l’activité internationaliste et révolutionnaire de Michel Raptis/Pablo, 28 février / 1er mars 1997.

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