LAHY Jean-Maurice

Par Jacques Girault, Michel Trebitsch

Né le 7 août 1872 à La Réole (Gironde), mort le 22 août 1943 à Saint-Léger-le-Guéritois (Creuse) ; chef de travaux (1924) puis directeur (1927) à l’École pratique des Hautes études, professeur à l’Institut de psychologie de l’Université de Paris ; secrétaire général permanent de l’Association internationale de psychotechnique de 1921 à 1943 ; co-fondateur de la Revue de la Science du Travail, co-directeur de la revue Le Travail humain ; ; communiste ; conseiller municipal du Lavandou (Var).

Fils d’un menuisier-ébéniste (Octave Lahy) et d’une modiste (Marie Julia Guithon), Jean-Maurice Lahy fut un des pionniers de la recherche sur l’organisation rationnelle du travail. Il poursuivit ses études tout en travaillant puisqu’il fut d’abord facteur ambulant puis commis des postes, profession qu’il exerçait en février 1901. Il se maria uniquement civilement en février 1901 à Paris (XIIe arr.). Le couple eut un fils et divorça en 1920. Devenu physiologiste, il publia, dès 1902, ses premiers articles puis se tourna vers la psychologie appliquée et collabora, en 1904, aux travaux du laboratoire de psychologie expérimentale du Docteur Toulouse, un des précurseurs en France de l’orientation professionnelle. Lahy fut un des premiers, à partir de 1905, à mener des recherches sur le terrain auprès des dactylographes, des conducteurs de tramways électriques et des linotypistes, qui le mirent en contact avec les conflits du travail, particulièrement ceux qui opposaient les hommes et les femmes dans le travail.
Libre penseur, membre de la Ligue des droits de l’Homme, dreyfusard, il signait de nombreux articles sur la morale sociale, la famille et les questions féminines et publia un Cours de sociologie, "De la science à l’industrie : l’utilisation rationnelle du moteur humain" (1909-1914), sous les auspices du Grand Orient de France dont il était membre depuis le 29 janvier 1901. Son expérience concrète du travail, de ses conflits l’amenèrent à écrire des articles dans La Revue socialiste d’Eugène Fournière, organe privilégié des socialistes indépendants. Cette formation détermina sa position dans le débat sur le taylorisme en 1912-1913 : il opposait la sélection préalable, c’est-à-dire l’orientation, à la sélection des meilleurs préconisée par Taylor. Il publia, en 1916, Le système Taylor et la physiologie du travail professionnel qui connut plusieurs rééditions.

La Première Guerre mondiale, pendant laquelle Lahy fut mobilisé, marqua un tournant dans on activité. Grâce à lui, la psychologie appliquée connut un véritable développement pratique et théorique. A la demande du ministère du Travail et du Bureau international du Travail, il poursuivit plusieurs études et reprit, à partir de 1921, ses travaux sur les entreprises de transports urbains et suburbains qui le conduisirent à fonder, en 1924, le laboratoire de psychotechnique de la STCRP (Société de transport en commun de la région parisienne) et, en 1931, le service psychotechnique des Chemins de fer du Nord. Son audience lui valut d’être la cheville ouvrière de l’Association internationale de psychotechnique qu’il présida de 1921 à 1943. Il organisa les congrès, particulièrement le IIIe (Milan, 1922) et le VIIIe (Paris, 1927) qui fit date à cause de l’intérêt que lui marquèrent les Allemands et les Soviétiques.

Nommé chef de travaux, en 1924, à l’École pratique des Hautes études, puis directeur, en 1927, du laboratoire de psychologie expérimentale qu’il transforma en laboratoire de psychologie du Travail, il dirigeait parallélement le laboratoire psychotechnique devenu l’Institut de psychologie de l’Université de Paris où il enseignait. Il avait, en outre, avec sa collaboratrice Suzanne Korngold (Madame Pacaud), la charge d’un laboratoire de l’asile Sainte-Anne. Il multipliait les publications et fonda, avec P. Sollier et J.-P. Arend, la Revue de la Science du Travail (1929-1930) puis, à partir de 1933, Le Travail humain qu’il co-dirigea avec Henri Laugier et qui devint le véritable organe de l’école ergonomique française.

Lahy adhéra au Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920) mais le quitta, en 1923, choisissant de rester franc-maçon. Il fut vice-président du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de 1919 à 1924. Remarié depuis juillet 1921 à Paris (XIVe arr.) avec Marie, Charlotte Hollebecque, qui avait un fils, il restait souvent proche du Parti communiste. Membre de l’Union rationaliste et du Cercle de la Russie neuve au début des années 1930, il fonda, avec notamment Jean Baby, Paul Langevin, Paul Labérenne, Marcel Prenant, Henri Wallon, un groupe d’études matérialistes qui devint ensuite l’Académie matérialiste (1933-1939) dont les travaux préparèrent la création de la revue La Pensée. Il rejoignit avec sa femme le Comité des intellectuels antifascistes et de vigilance, collabora, à partir de 1935, à la rubrique scientifique de l’Humanité et enseigna à l’Université ouvrière. Il avait été élu, le 5 mai 1929, conseiller municipal du Lavandou où il possédait une maison à Sainte-Clair. Considéré par la préfecture comme radical-socialiste puis comme socialiste, il participa régulièrement aux réunions communistes à la veille du Front populaire.

Le gouvernement de Vichy le fit révoquer de son emploi, en août-septembre 1941, pour appartenance à la Franc-maçonnerie. Il était domicilié à Lavandou (Var).

Lahy, « un des premiers hommes de science français qui comprit l’importance des méthodes scientifiques appliquées à la connaissance de l’homme pour l’organisation rationnelle du travail et des sociétés modernes », mourut en 1943, « victime des souffrances de l’oppression, victime des persécutions nazies, victime du combat souterrain pour la Libération de la France » (H. Laugier).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89570, notice LAHY Jean-Maurice par Jacques Girault, Michel Trebitsch, version mise en ligne le 6 octobre 2010, dernière modification le 28 mai 2021.

Par Jacques Girault, Michel Trebitsch

ŒUVRE : Les publications de J.-M. Lahy, fort nombreuses, ont été recensées dans la revue Le Travail humain, 1946. Outre les titres cités dans l’article, nous n’avons retenu que quelques-uns : « Les conflits du travail. Hommes et femmes typographes », La Revue socialiste, avril 1909. — « Recherche sur les conditions de travail des ouvriers typographes composant à la machine dite linotype », Bulletin de l’Inspection du Travail, n° 1-2, 1910. — « De la valeur pratique d’une morale fondée sur la science », Revue philosophique, n° 37, février 1912. — « La psychologie du chef », La Grande Revue, sept.-oct.-nov. 1916. — "La profession de dactylographe. Étude des gestes de la frappe", BIT, Études et documents, n° 3, Genève, 1924. — "Du clan primitif au couple moderne. Histoire de la famille à travers les âges", Les Cahiers de la femme, Éd. Radot, 1927.

SOURCES : Arch. Dép. Var, 3 Z 2 12 et 4 30. — Arch. Com. Le Lavandou. — H. Laugier, « J.-M. Lahy (1872-1943) », notice nécrologique in Le Travail humain, IXe année, 1946. — S. Pacaud, « J.-M. Lahy (1872-1943) », notice nécrologique in Le Travail humain, 1952, 4e trimestre, pp. 338-343. — Documents de la Russie neuve, n° 7, juin 1933. — M. Reuchlin, Traité de psychologie appliquée, Tome 1, PUF, 1971. — M. Huteau, J. Lautrey, « Les origines et la naissance du mouvement d’orientation », L’orientation scolaire et professionnelle, 8, n° 1, 1979, pp. 3-43. — Paul Labérenne, « Le Cercle de la Russie neuve (1928-1936) et l’Association pour l’étude de la culture soviétique (1936-1939) », La Pensée, n° 205, juin 1979, pp. 13-25. — Georges Ribeill, « Les débuts de l’ergonomie en France à la veille de la Première Guerre mondiale », Le Mouvement social, n° 113, oct.-déc. 1980, pp. 3-37. — Ph. Resche-Rigon, « 50 ans de Travail humain. Histoire d’une revue : évolution et discipline », Le Travail humain, t. 47, n° 1, 1984, pp. 5-17. — Renseignements fournis par S. Pacaud, M. Dreyfus, A. Léon, L. Ravello, Ph. Resche-Rigon, G. Ribeill et P.-O. Lahy, petit-fils de J.-M. Lahy. — Archives de J.-M. Lahy, rapatriées de Russie, où elles avaient été transportés après avoir été spoliées par les autorités allemandes d’occupation, récupérées par les Russes, et qui, aujourd’hui, sont conservés à l’hôpital Sainte-Anne. — Marcel Turbiaux dans le Bulletin de Psychologie 2007/3 n° 489.

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