LAGUESSE Paul, Édouard, Marcel

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 21 juin 1893 à Paris (XIXe arr.), fusillé comme otage le 21 septembre 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; instituteur ; militant communiste, secrétaire fédéral de Seine-et-Marne en 1922, membre suppléant du Comité directeur (IIe congrès, 1922), titulaire en 1923.

Paul Laguesse
Paul Laguesse

Fils d’instituteur, élève de l’École normale de Melun (Seine-et-Marne), Paul Laguesse, classe 1913, fut réformé. Membre du parti socialiste SFIO, il représenta, le 11 avril 1920, la Fédération socialiste de Seine-et-Marne à la commission administrative de l’Union départementale à Paris lors de la discussion sur le journal Le Semeur. Nommé à Lagny-sur-Marne, il habitait alors Chessy (Seine-et-Marne), lorsqu’il fut délégué au congrès de Tours (décembre 1920) par ses camarades qui avaient voté l’adhésion à la IIIe Internationale. Il intervint le 26 : « Nous ne sommes pas absolument sûrs de détenir la vérité tout entière », déclara-t-il, ajoutant : « restez avec nous ! »
Secrétaire de la nouvelle Fédération communiste, rédacteur-gérant du Semeur, Paul Laguesse annonça, en juin 1921, à l’Union départementale, la création d’un Comité d’action contre la guerre en Seine-et-Marne et obtint la collaboration de l’UD. Il fut poursuivi par le parquet de Meaux, en décembre 1921, pour incitation de militaires à la désobéissance. Malgré le témoignage de l’inspecteur d’académie (« attitude irréprochable vis-à-vis de ses collègues », « prépare et fait régulièrement sa classe »), il fut révoqué le 20 mars 1922, par le vote des six membres du conseil départemental de l’enseignement primaire auxquels s’opposaient six membres du personnel. Le préfet confirma la sanction le 25 mars ; un appel de parents d’élèves en sa faveur n’y changea rien. Le 15 juillet 1922, l’École émancipée publia sa lettre au ministre, mais celui-ci rejeta le pourvoi de Paul Laguesse.
Candidat en 1922 aux élections cantonales à Claye-Souilly (Seine-et-Marne), il n’obtint que 78 voix. Au deuxième congrès du Parti communiste (Paris, 15-20 octobre 1922), Paul Laguesse fut nommé membre suppléant du Comité directeur, nomination confirmée par le IVe congrès de l’Internationale communiste (novembre-décembre 1922). Il se situait dans la mouvance du « centre ». En décembre, il succéda à Antoine Ker comme secrétaire international et membre du Bureau politique. Le 3 janvier 1923, élu suppléant de Louis Sellier, il devint secrétaire administratif provisoire du parti. La veille, il avait accompli, en vain, avec Georges Marrane et Marius Paquereaux, au nom du Bureau politique, une démarche auprès de Ludovic-Oscar Frossard pour lui demander d’attendre la réunion du Conseil national du 21 janvier pour démissionner. Ce Conseil national, tenu à Boulogne, le nomma officiellement membre suppléant du Bureau politique avec la responsabilité du secrétariat administratif, décision confirmant celle prise par le Comité directeur la veille. Il ne fut pas réélu à ces fonctions à l’issue du IIIe congrès du Parti communiste, tenu à Lyon du 20 au 23 janvier 1924.
Le 7 octobre 1924, l’Humanité annonça sa réintégration dans l’enseignement, information démentie par le journal le 30 octobre suivant. Cinq instituteurs, dont Paul Laguesse, n’avaient pas bénéficié de cette mesure prise par le Cartel des gauches. De 1924 à 1926, bien que toujours membre du parti (XXe section), il n’occupa plus de fonctions de responsable. Souffrant d’une profonde dépression, il se serait rendu en montagne chez des amis. Sa collaboration au Semeur était interrompue.
Réintégré en 1934 (en 1936 selon R. L’Hermite), il exerça à Lagny puis à Paris. En 1938, il était gérant du Foyer du Locataire.
Il s’était marié en juin 1938 à Paris, avec Gisèle Jung née en 1915 à Poitiers (Vienne). Entré dans l’action clandestine dès août 1940, le couple Laguesse hébergea des responsables nationaux du Front national. Le 2 mars 1942, ils furent arrêtés à leur domicile par les policiers des brigades spéciales. Pierre Villon qui était caché chez eux réussit à s’évader en sautant par la fenêtre. L’arrestation intervint dans le cadre de « l’affaire Cadras-Pican ». Paul Laguesse fut détenu à Romainville et désigné comme otage après avoir fait l’objet d’un rapport (signé Reiser) : « ... communiste dangereux et fanatique... Au sein du PCF, il était secrétaire politique pour le département de Seine-et-Marne. À partir des éléments apportés par l’enquête, on constata qu’il constituait dans son appartement (rue Jauzier-Koestler, Saint-Maur) une ``réception’’ pour le matériel de propagande communiste ». Le 21 septembre, Paul Laguesse a été fusillé au Mont-Valérien.
Arrêtée le même jour que son mari, Gisèle Jung fut transférée au Dépôt le 10 mars puis à la Santé, division allemande le 23 mars, enfin à Romainville (Seine, Seine-Saint-Denis) d’où elle fut déportée vers Auschwitz (Pologne) le 24 janvier 1943. Elle mourut d’une septicémie le 19 mars 1943 à Auschwitz.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89571, notice LAGUESSE Paul, Édouard, Marcel par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 6 octobre 2010, dernière modification le 25 février 2019.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Paul Laguesse
Paul Laguesse

SOURCES : DAVCC, Caen. – Arch. Nat. F7/12992, F7/13090, F7/13744 (rapport de l’inspecteur d’Académie, 19 novembre 1921), F7/13745. – Arch. PPo., activités communistes pendant l’Occupation, carton 3, 77 W 5364-310721. – Bibl. marxiste de Paris, microfilm no 32 et 44 (Notes Jacques Girault). – Arch. Jean Maitron. – Note de Mme P. Cavailler. – Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éd. de Minuit, 2002. – L’Humanité, 21 octobre 1922. – Le Travail, 1921-1931. – J. Humbert-Droz, L’œil de Moscou, 1964, p. 163. – S. Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit., p. 219. – P. Villon, Résistant de la première heure, 1983, p. 63.

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