VERNOCHET Léon [VERNOCHET Gustave, Henri, Léon, Claude, Antoine]

Par Jean-Louis Panné, Claude Pennetier

Né le 1er mai 1871 à La Truchère (Saône-et-Loire), mort le 20 janvier 1958 aux Lilas (Seine) ; professeur de lettres ; militant socialiste puis communiste ; secrétaire de l’Internationale des travailleurs de l’Enseignement (1924-1932) ; membre du groupe oppositionnel « Que faire ? ».

Fils de Claude Vernochet, instituteur communal, et de Jeanne-Marie Cornu, Léon Vernochet, inspecteur primaire au Sénégal puis à Loches (Indre-et-Loire), militait à la section socialiste locale avant la Première Guerre mondiale. Il fut candidat aux élections législatives de 1914 dans la circonscription de Loches. Délégué au congrès national SFIO de Paris (20-22 avril 1919) puis au congrès fédéral d’Indre-et-Loire (7 septembre 1919), par la section socialiste de Loches, il fut désigné comme candidat aux élections législatives de décembre. Il recueillit 17 617 voix sur 102 789 inscrits. Il fut alors rétrogradé comme professeur à l’École primaire supérieure de Toulouse (Haute-Garonne), vraisemblablement en raison de son action politique — il avait prononcé un violent discours contre le gouvernement — et à la suite d’une enquête administrative déclenchée pour sa participation à une réunion publique de l’Union départementale CGT. Favorable à l’adhésion à la IIIe Internationale, il assura en août 1920 plusieurs réunions en Indre-et-Loire.

Délégué de la Fédération socialiste d’Indre-et-Loire au congrès de Tours (décembre 1920), porteur de onze mandats favorables à la motion du Comité de la IIIe Internationale (voir Vincent Auriol*), Léon Vernochet devint rédacteur à L’Ordre nouveau, organe communiste de la région toulousaine. Secrétaire du syndicat de l’Enseignement de Haute-Garonne, il fut déplacé à Murat (Cantal), à la suite de plaintes de parents — son épouse, Antoinette Fournier, mariée en secondes noces le 20 août 1914, étant maintenue à 40 km. de Toulouse. Léon Vernochet demanda alors un congé d’un an qui lui fut refusé. Il décida de rejoindre son poste et fut révoqué par un arrêté ministériel du 28 novembre 1921. Il apparaissait au sein de l’UD comme le porte-parole des minoritaires.

Devenu délégué à l’organisation de la propagande pour l’interfédération du Sud-Ouest et rédacteur à l’Humanité, Léon Vernochet participa aux réunions du Comité directeur du PC en août 1922. Il dénonça l’attitude de la fraction du « centre » et démissionna en octobre 1922, à l’issue du congrès de Paris. Réintégré dans ses fonctions par l’IC, comme les autres responsables démissionnaires, Léon Vernochet retrouva ses fonctions de délégué à la propagande de la région du Sud-Ouest et fut membre de la commission exécutive du Cartel unitaire des Services publics. La Fédération de l’Enseignement le délégua au IIe congrès de la CGTU à Bourges (novembre 1923).

Lors du congrès de l’Internationale de l’enseignement (Bruxelles, 9-11 août 1924), dont les statuts furent modifiés pour donner naissance à l’Internationale des travailleurs de l’enseignement (ITE), Léon Vernochet fut élu secrétaire général (fonction qu’il conserva jusqu’en 1932) et devint gérant de L’Internationale de l’enseignement, organe de l’ITE qui groupait à la fois des sections appartenant à la FSI et à l’ISR. Il assurait également, en octobre 1924, le secrétariat du Cartel des fonctionnaires de la CGTU. La question de la création d’une internationale des fonctionnaires étant discutée en 1924-1925, Vernochet proposa avec autorité de ne créer qu’une « Internationale unique et unitaire des instituteurs », notamment pour développer la pédagogie révolutionnaire. Réintégré fin décembre 1924 à l’École primaire supérieure d’Aiguillon (Lot-et-Garonne), il demeura permanent appointé par l’ITE et put se rendre, en mai 1925, à Moscou pour assister au congrès panrusse de l’enseignement. Au congrès d’août 1925 à Paris, il préconisa, avec la section de la Seine, la création d’un poste de secrétaire général, permanent appointé demeurant à Paris.

En mai 1925, le Parti communiste le présenta aux Lilas sur la liste du Bloc ouvrier et paysan. Léon Vernochet exerçait alors comme professeur auxiliaire au collège Chaptal à Paris. La même année, il publia avec Koresteleff une brochure sur Le Syndicalisme universitaire en Russie et deux ans plus tard il fut associé à la rédaction de la brochure La Fédération unitaire de l’Enseignement, publiée en 1927, dans laquelle il présenta l’ITE. Il participa à l’organisation des congrès de l’ITE à Vienne (1926), Leipzig (1928) et Anvers (1930). Un texte de Yusefovitch, adressée au CC du PCF le 5 avril 1929 signale la volonté de le priver de ses fonctions, sans doute au profit de Georges Cogniot, mieux vu à Moscou : « Le Parti doit instruire cette affaire et prendre des mesures nécessaires contre Vernochet jusqu’à son écartement de ses fonctions actuelles ».

Georges Cogniot*, qui sera son successeur à la direction de l’ITE, a laissé de Léon Vernochet un portrait à la fois admiratif et critique : « Un personnage haut en couleur, qui se trouvait alors à son zénith [en 1926] volubile, truculent [...] hospitalier au-delà de tout éloge, quoiqu’avec une pointe de faste parfois, généreux et prompt à l’enthousiasme, accueillant à la jeunesse [...]. Au chapitre des défauts, il faut avouer que Vernochet, outre qu’il sacrifiait quelquefois à la réthorique, était impropre au travail d’organisation, un peu brouillon et désordonné, trop porté à l’improvisation dans la gestion des grands intérêts dont il avait la charge. Le plus grave était son manque de culture théorique ; à cet égard, il représentait le type même du militant à l’ancienne mode, un vrai produit de la social-démocratie classique, celle d’avant 1914 » (Georges Cogniot, Parti pris, op. cit., p. 99).

A partir de la fin 1928, Léon Vernochet fut l’un des animateurs de la minorité oppositionnelle révolutionnaire (MOR) et fut gérant de l’organe de cette tendance intersyndicale, organisée par les militants communistes, au sein de la FUE. Les 12-13 septembre 1931, lors de la réunion à Liège du comité exécutif de l’ITE, son bureau décida de remplacer au secrétariat général Vernochet par Georges Cogniot, décision qui devint effective lors du congrès de l’ITE à Moscou (12 août 1932).

En 1934, il fut candidat aux Lilas, lors d’une élection complémentaire, sur la liste communiste. Un an plus tard, Léon Vernochet se serait rapproché de la tendance majoritaire de la FUE, animée par les syndicalistes-révolutionnaires. Il aurait quitté le PC lors du tournant patriotique qui suivit la signature du Pacte franco-soviétique.

En 1936, Léon Vernochet présida un meeting public des opposants communistes groupés autour de la revue Que faire ? (voir André Ferrat*) et assurait la liaison entre ce groupe et la Gauche révolutionnaire du Parti socialiste. Il fut exclu de la cellule communiste des Lilas à la même époque.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89604, notice VERNOCHET Léon [VERNOCHET Gustave, Henri, Léon, Claude, Antoine] par Jean-Louis Panné, Claude Pennetier, version mise en ligne le 22 mars 2016, dernière modification le 16 avril 2020.

Par Jean-Louis Panné, Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 495 193 225, dossier : lettre du bureau de la fraction du CE du Profintern, I. Yusefovitch, adressée au CC du PCF le 5 avril 29 (texte en russe traduit par Macha Tournié, 405 270 7282, 517 1 1874, 534 6 105, 109 et 110. — Arch. Nat. F7/12986, 13265, 13744, 13747, 134972 et 13973. — Arch. PPo. 304 et non classée. — BMP, Mfm n° 29, 30, 41. — Le Peuple (Haute-Garonne), 1919. — L’Ordre nouveau, 1921. — Le Réveil d’Indre-et-Loire, 1919-1922. — G. Cogniot, Parti pris, t. 1, Paris, 1976. — Liste noire du PC, 1936. — Laurent Frajerman, L’Internationale des travailleurs de l’enseignement et son activité en France 1919-1932, Mémoire de Maîtrise, Paris IV, 1992. — Notes de Jacques Girault et D. Sénécal. — État civil en ligne cote 5 E 549/7, vue 2.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément