RUFFE Hubert [RUFFE Maxime, Hubert]

Par Claude Pennetier

Né le 29 août 1899 à Penne-d’Agenais (Lot-et-Garonne), mort le 28 août 1995 à Penne-d’Agenais ; ouvrier agricole puis employé ; dirigeant communiste du Lot-et-Garonne ; député.

Hubert Ruffe
Hubert Ruffe

Fils d’un bouilleur de cru, Hubert Ruffe naquit dans une famille de deux enfants. Après avoir obtenu le CEP il se loua dans les fermes de la région jusqu’à son service militaire. Mobilisé avec la classe 1919 en 1918, il participa aux combats, fut libéré en 1920 puis à nouveau appelé sous les drapeaux en 1923. Ses sympathies pour le mouvement ouvrier apparues pendant les grèves de mai 1920, se renforcèrent à l’occasion de sa participation à l’occupation de la Ruhr. Ruffe décrit ainsi, dans une note manuscrite de 1981, sa prise de conscience politique : « J’ai durement ressenti une jeunesse au plus bas de l’échelle sociale. J’ai été un révolté de l’ordre social, extrêmement sensible aux idées et théories anarchistes. Bakounine, Sébastien Faure étaient mes auteurs préférés. Appelé sous les drapeaux en avril 1918 et en 1923 pour l’occupation de la Ruhr, j’ai manifesté contre cette occupation et préconisé la fraternisation avec le peuple allemand. Les nouvelles de la Révolution russe m’ont beaucoup intrigué. J’ai été un lecteur assidu de Lénine. Ce qui devait m’amener à adhérer au Parti communiste en 1923. Je me suis passionné pour la lecture d’ouvrages marxistes et révolutionnaires » (Arch. Ass. Nat.).

En effet, revenu à la vie civile, chargé d’accompagner par le train les convois de viande destinés aux Halles centrales de Paris, Hubert Ruffe devint lecteur de l’Humanité et adhéra au Parti communiste en 1923. Cinq ans plus tard, il acheta à crédit les œuvres de Lénine. Profitant de ses longues heures passées dans le train, il dévora ces livres « avec une passion extraordinaire », ce qui lui valut dans son sous-rayon une réputation de « grand penseur » (interview par Hubert Delpont). Le Parti communiste lui confia les responsabilités de secrétaire de cellule puis de secrétaire du rayon de Villeneuve-sur-Lot, avant de l’envoyer, en 1931 à Bordeaux, comme permanent. Il fut cependant présenté aux élections législatives de mai 1932 dans la circonscription de Villeneuve-sur-Lot et recueillit 1 973 voix sur 21 228 inscrits. Il faut préciser que Ruffe, remarquable utilisateur des citations de Lénine, s’était affirmé dans les milieux communistes du Lot-et-Garonne en épousant les positions rigides de la direction nationale contre l’« opportunisme » de Renaud-Jean.

Après avoir suivi une école communiste de deux mois, il succéda, au début de 1932 à Léo Pichon comme secrétaire régional, sous le contrôle d’Albert Vassart. Hubert Ruffe fut délégué au VIIe congrès (Paris, mars 1932) avec Dupuy* et René Martinez. Un rapport de police du 9 juin 1932 signalait que « l’autorité de Ruffe est indiscutable et indiscutée dans le PC à Bordeaux » et qu’il avait redressé la situation. Lui-même tira le bilan de son action dans les Cahiers du bolchevisme (n° 18, 15 septembre 1932, « Quelques aspects du travail du Parti dans la région bordelaise »). Il occupait la fonction de secrétaire régional jusqu’en 1935. Ruffe fut à plusieurs reprises candidat du Parti communiste : aux élections au conseil général des 7 et 14 octobre 1934 dans le 1er canton de Bordeaux et aux élections législatives de 1936 dans la 1re circonscription de Bordeaux (2 425 voix sur 22 743 inscrits).

Appelé à Paris courant 1936, Hubert Ruffe travailla pour Jacques Duclos à la préparation des tracts, des affiches et à la rédaction de l’Album des parlementaires communistes puis fut chargé d’épauler Fajon dans l’organisation de la deuxième école du parti, à Arcueil. Il fit preuve d’une grande efficacité dans ces fonctions jusqu’en 1939.

Mobilisé le 4 septembre 1939, fait prisonnier de guerre à Dunkerque en juin 1940, Hubert Ruffe réussit à s’évader en juillet et gagna le Lot-et-Garonne, plus précisément Penne-d’Agenais. Entré en contact avec la direction communiste, il passa dans la clandestinité en septembre, s’occupa du journal la Terre puis fut affecté à la région de Toulouse. Le Parti communiste clandestin l’appela à Lyon en avril 1941. Ruffe joua un rôle important dans la Résistance communiste. Avec Signor, Marc Dupuy puis Raymond Guyot*, il fit partie du triangle de direction clandestin de la zone sud. Il fut membre du comité de Libération de Lyon et joua un rôle actif au congrès des comités de Libération de la zone sud.

Domicilié à Arcueil à la Libération, Hubert Ruffe succéda à Renaud-Jean* comme député de Marmande le 21 octobre 1945 et fut huit fois réélu jusqu’en 1981. Il se présentait comme agriculteur (sans doute pour mieux prolonger l’action de Renaud Jean) et siégeait à la commission de l’agriculture. Entré au Comité central en juin 1945 comme suppléant, il devint titulaire en juin 1947 et siégea jusqu’en 1956. Il fut également conseiller général de Lavardac de 1951 à 1957 puis du Mas-d’Agenais de 1967 à 1981 ainsi que conseiller régional de 1974 à 1981.

Il s’était marié en 1932 à Marmande avec Léonce Vrignon, militante communiste active. Sa femme, résistante, échappa de justesse au poteau d’exécution à la fin de l’Occupation. Elle mourut en 1962.

Hubert Ruffe était Chevalier de la Légion d’honneur, titulaire de la médaille de la Résistance avec rosette, Croix du CVR et Croix du Combattant volontaire 39-45. Il était membre du comité d’honneur de l’ANACR du Lot-et-Garonne. Il avait joué son propre rôle, celui du parlementaire particulièrement actif sur sa circonscription, dans le film de Jean-Daniel Simon : Il pleut toujours où s’est mouillé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89605, notice RUFFE Hubert [RUFFE Maxime, Hubert] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 6 octobre 2010, dernière modification le 16 août 2015.

Par Claude Pennetier

Hubert Ruffe
Hubert Ruffe

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Hubert Delpont, Jean Mirouze, Ami si tu tombes... Les communistes du Lot-et-Garonne dans la Résistance, Agen, 1984. — Témoignage d’Hubert Ruffe. — Interview d’Hubert Ruffe par Hubert Delpont. — L’Humanité, 29 août 1995. — Olivier Dartigolles, « Hubert Ruffe (1899-1995), une vie militante engagée dans le siècle », IAES (Institut aquitain d’études sociales), n° 66, mars 1996.

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