LAMBERT Pierre. Pseudonymes : Le Maraîcher, Letailleur, Féaure, Verrier

Par Justinien Raymond, Gilles Morin

Né et mort à Paris : 2 février 1901-30 novembre 1973 ; fonctionnaire des Finances puis préfet ; militant socialiste et résistant ; membre de la Commission de contrôle de la SFIO (1937), membre suppléant de la CAP (1938-1940) ; fondateur du comité d’action socialiste, puis du parti socialiste clandestin (1941-1944) ; membre du Comité directeur en 1944-1945 ; secrétaire général de la délégation générale du Comité national dans la clandestinité ; Compagnon de la Libération.

Fils d’Hippolite Lambert, directeur de comptabilité aux éditions Hachette et de son épouse, née Claire Gay, Pierre Lambert fut élève au collège Turgot à Paris. Titulaire du brevet élémentaire, Pierre Lambert, fit son service militaire en Allemagne occupée, puis en Turquie. Il devint fonctionnaire de l’administration des Finances.

Adhérent à la SFIO en 1924, il militait à la 3e section de la Fédération de la Seine entre les deux guerres. Il fut candidat au conseil municipal de Paris dans le quartier des Archives (IIIe arr.) où il recueillit, en 1929, 243 voix sur 4 569 inscrits et en 1935, 276 sur 4 193. Aux élections législatives de 1936, dans l’ensemble de l’arrondissement, ayant obtenu 969 suffrages (5,6 % des 15 488 inscrits) sur 12 274 votants, il se désista pour le candidat communiste Mercier qui fut élu. Délégué de la Seine au XXXVe congrès du Parti socialiste SFIO (Royan, 4-8 juin 1938), il fut élu suppléant à la CAP au titre de la motion Zyromski* et fut secrétaire de la Bataille socialiste. Après les accords de Munich, il signa un tract avec les responsables de la Bataille Socialiste contre la politique extérieure de Daladier, intitulé « Contre le fascisme international. Pour la liberté. Pour le socialisme ».

Pierre Lambert appartint au cabinet d’Albert Rivière, ministre des Pensions et Anciens combattants du Front populaire. Le 2 septembre 1939, mobilisé en Lorraine, il prit part aux combats et fut démobilisé après la défaite, le 1er août 1940, il fut appelé à Vichy, puis chargé de remettre en route le service de presse et de publicité du ministère des Finances, fondé par Cœylas*, rue de Rivoli en 1936, à la demande de Vincent Auriol.

Pierre Lambert rencontra Zyromski*, mais l’estima « dans un état moral très déficient ». Il entra alors en contact avec Gérard Jaquet* et Robert Verdier* qui s’efforçaient de regrouper les antimunichois et s’adressèrent à lui, unique responsable de la Bataille socialiste présent à Paris. Selon lui, ils venaient dans ses locaux rue de Rivolli, « chercher des instructions et des directives ». Lambert, comme secrétaire de la BS disposait du fichier des militants de la Seine et de toute la France et procura aux fondateurs du CAS les noms et coordonnées des responsables de la Seine et de sa banlieue. Par ailleurs, il entra en contact avec Henri Ribière*, puis avec Léon Maurice Nordmann* qui lui demanda de s’associer à son action. Ensemble, ils contribuèrent à mettre au point l’organisation de la manifestation du 11 novembre 1940 sur les Champs Élysées. Inexpérimentés, ils se firent prendre. Nordmann fut arrêté et lui fut convoqué par la police allemande à l’hôtel Matignon. Révoqué de ses fonctions aux Finances, le 15 décembre 1940, il fit par la suite l’objet d’un mandat d’arrêt de la Gestapo. Lors d’une perquisition à son domicile en son absence, sa femme fut emmenée au commissariat et il passa en zone-sud en janvier 1941. Il demanda alors le divorce pour protéger sa femme et son fils. Il s’installa à Saint-Raphaël et prit un accord d’association pour l’exploitation d’une ferme, d’où son premier pseudonyme de Le Maraîcher. Il eut des contacts avec Jean Charlot* avec lequel il diffusait la presse clandestine.

En mars 1941, Pierre Lambert fut contacté par Daniel Mayer* et il fut l’un des neuf militants qui, à la réunion de Nîmes le 9 mars 1941, fondèrent le Comité d’action socialiste (CAS). Il devint membre du comité directeur du CAS-Sud dès ce moment. Il participa à des embarquements clandestins sur sous-marins de personnes recherchées à proximité de son domicile, pour le réseau Lucas qui devait ensuite s’apparenter à Brutus, puis travailla pour le réseau Veny, tous constitués surtout de militants socialistes. À la fin 1942 et en 1943, Lambert se concentra sur le renseignement militaire.

Après l’arrestation de Jean Moulin, en juillet 1943, il fut désigné pour participer au secrétariat de la délégation générale en France pour la zone sud, installé à Lyon. Il représenta le CFLN dans cette région, assistant de Jacques Bingen. Ses services assurèrent et protégèrent le départ vers Alger d’une cinquantaine de personnalités, parmi lesquels la majorité des membres de l’Assemblée consultative provisoire partis de France (dont ses camarades Le Troquer* et Vincent Auriol*, mais aussi d’Astier de la Vigerie*, Raymond Aubrac*, etc.) et des militaires comme le général de Lattre de Tassigny. Fin 1943, et jusqu’à l’arrivée d’envoyés de Londres en avril 1944 (Parodi), il prit le secrétariat général de la délégation en France. Il recevait alors la quasi-totalité des fonds de la Résistance parachutés en zone-sud. Après l’arrestation de Jacques Bingen, en mai 1944, il cumula les fonctions de secrétaire et de délégué de la zone-sud. Avec Yves Farge*, ils occupèrent la préfecture lors de la Libération de Lyon en septembre 1944, Farge étant nommé commissaire régional de la République. La correspondante du comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale le décrit ainsi après la guerre : « trapu, le regard droit, le visage énergique, rude, décidé ».

Élu au comité exécutif de la fédération SFIO de la Seine le 1er novembre 1944, Pierre Lambert a été délégué au congrès des fédérations socialistes reconstituées de la SFIO le même mois et présida la commission de propagande. Il fut secrétaire à la propagande du parti, désigné par le comité directeur en décembre 1944, et cela jusqu’au congrès de 1945.

Pierre Lambert entama après la Libération une nouvelle carrière. Après avoir été nommé préfet chargé de mission auprès de trois ministres successifs de l’Intérieur, les socialistes Adrien Tixier*, André Le Troquer* et Édouard Depreux* à partir d’octobre 1944, il devint, en 1946, préfet de Saône-et-Loire, puis à Oran, où il fut nommé le 22 décembre 1953. Il s’y montra particulièrement répressif, notamment à l’occasion du 1er novembre 1954, où il fit arrêter immédiatement tous les suspects. Alors que la guerre d’Algérie devenait de plus en plus prégnante, il fut promu Inspecteur général de l’administration (IGAME) pour les départements de l’Oranais le 11 janvier 1957. Il y appliqua la politique du gouvernement de Front républicain, n’hésitant pas à prendre des risques personnels, le 6 février 1956, où il dirigea personnellement une partie du service d’ordre, où en s’affichant aux terrasses de café pour l’exemple, alors que les attentats se multipliaient. Selon divers témoignages rassemblés par Georgette Elgey, il aurait justifié à plusieurs reprises le recours à la torture. Molesté par les manifestants le 15 mai 1958, il remit ses pouvoirs préfectoraux aux militaires. En 1959, il fut nommé préfet de la Haute-Vienne jusqu’à son admission au congé spécial, en février 1961. Il fut ensuite administrateur de société (Ondia). En 1965, il présida le Groupement interprofessionnel du logement des cadres et salariés du commerce et de l’industrie de France.

Pierre Lambert, titulaire de la Croix de guerre 1939-1945, était compagnon de la Libération et officier de la Légion d’Honneur. Il resta, jusqu’à sa mort, fidèle aux convictions de sa jeunesse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89612, notice LAMBERT Pierre. Pseudonymes : Le Maraîcher, Letailleur, Féaure, Verrier par Justinien Raymond, Gilles Morin, version mise en ligne le 8 octobre 2010, dernière modification le 23 octobre 2020.

Par Justinien Raymond, Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., fonds Noguères, dossier Lambert. — Arch. de l’OURS, dossiers Seine, archives C. Fuzier. — L’Humanité, 6 mai 1935. — Le Temps, 7 mai 1929. — G. Lachapelle, Les élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1947. — Bulletin hebdomadaire fédéral de la Seine, 5 novembre 1944. — Le Populaire du 6 octobre 1944. — Parcours, l’Algérie, les hommes et l’histoire, n° 16-17, 1992. — Marc Sadoun, Les socialistes sous l’Occupation, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1982, pp. 117, 118, 180, 201. — Who’s Who in France 1955-1956. — Cahiers Léon Blum, n° 6-8, passim. — Le Monde, 4 décembre 1973. — Renseignements fournis par Mme Veuve Pierre Lambert.

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