LANGEVIN Luce [née DUBUS Andrée, Luce]

Par Nicole Racine

Née le 26 décembre 1899 à Marissel (Oise), morte le 27 août 2002 à Paris (XIIIe arr.) ; professeur agrégé de sciences physiques, chimiques et naturelles ; membre du Parti communiste depuis 1935.

Originaire d’une famille rurale de l’Oise, Luce Langevin était la fille d’un agent d’assurances (selon l’état civil) et d’une institutrice. Dans son témoignage, elle indiquait que ses parents étaient des instituteurs laïques. Son père Hermin Dubus (lui-même fils d’instituteur, directeur d’école), connu comme auteur de chansons et saynètes pour enfants, était militant socialiste et il avait été très actif lors des grèves des boutonniers de Méru avant 1914. Luce Langevin nous dit avoir appris La Marseillaise et L’Internationale à l’école primaire de son père. Élève du lycée Fénelon à Paris, titulaire du brevet supérieur en 1917, entrée en 1920 à l’École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres où elle eut comme professeur Paul Langevin, Jean Perrin, Aimé Cotton, elle fut reçue au certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire en 1922 et à l’agrégation de sciences physiques, chimiques et naturelles en 1923.

Elle épousa le 16 juillet 1925 à Paris (XVIIIeme arr.) André Langevin*, ingénieur dans le laboratoire de Paul Langevin. Docteur, il devint, en 1939, chef de travaux à l’École de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris. Ils habitèrent à partir de 1932 rue de Vaugirard dans le VIeme arrondissement de Paris.

En 1923, elle fut nommée professeur au lycée de Nice, en 1924 au lycée de Besançon, en 1925 au lycée de Beauvais. Chargée des fonctions de professeur de sciences naturelles au petit lycée Condorcet en 1927, elle fut l’objet d’une protestation du bureau du syndicat des professeurs de lycée. Dans le compte rendu de La Quinzaine universitaire, en novembre 1927, le syndicat indiquait qu’elle arrivait à Paris alors qu’elle n’était pas inscrite sur la liste d’aptitude de professeurs de la Seine, qu’elle n’avait pas l’ancienneté suffisante et qu’elle avait été nommée dans un lycée de garçons. Après un congé d’inactivité en 1928-1929, elle reprit son poste au lycée de Beauvais en 1929-1930 avant d’être nommée au lycée Fénelon à Paris, où elle resta jusqu’à sa retraite en 1960.

Ce fut la montée des fascismes qui la poussa à s’engager politiquement et à suivre l’exemple de son beau-père pour lequel elle avait une grande admiration. En 1934, elle assista, à la Mutualité, à la séance constitutive du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et milita au CVIA ; mais ce fut au Rassemblement mondial des femmes contre la guerre et le fascisme, constitué officiellement en août 1934 à Paris, qu’elle choisit de militer le plus activement, aux côtés de Gabrielle Duchêne ; membre du Comité national des femmes contre la guerre et le fascisme, puis du secrétariat du Comité mondial en 1938, elle travailla avec Maria Rabaté et Bernadette Cattanéo ; plus spécialement chargée du travail parmi les femmes intellectuelles où les institutrices étaient en majorité, elle s’occupa de la rédaction d’un bulletin destiné aux comités locaux.

Elle est citée plusieurs fois dans la revue mensuelle du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme, Femmes dans l’action mondiale, comme ayant pris la parole (au Ier congrès national, 27-28 décembre 1935, au IIIe congrès national en 1938). Elle demanda un congé pour assister les 13-14 mai 1938 à la Conférence internationale des femmes pour la paix et la démocratie à Marseille. Elle y présenta un rapport sur l’enfance et l‘éducation.

En 1935 [elle indiquait avoir adhéré en 1934 dans le questionnaire rempli en 1959 pour le PCF], elle donna son adhésion au Parti communiste, sous l’influence, nous dit-elle, de Jacques Solomon. Elle fut la première femme agrégée à devenir membre du parti. Gabrielle Duchêne aurait préféré qu’elle n’adhérât pas à un parti. Luce Langevin milita activement, participant à des réunions du CVIA où elle s’opposait aux « pacifistes intégraux » comme Michel Alexandre. Elle participa aux grèves de 1936 et parla aux Galeries Lafayette. Au Rassemblement mondial des femmes, elle milita en faveur des droits civils et politiques des femmes, prit position contre la non-intervention en Espagne. Elle adhéra également à l’Internationale des travailleurs de l’enseignement (ITE) où elle fit la connaissance de Georges Cogniot dont elle devint une proche collaboratrice ; elle s’occupa des commissions de femmes de l’enseignement.

Au début de l’Occupation allemande, elle fut associée à la naissance de l’Université libre, fondée à l’automne 1940 par Jacques Decour, Georges Politzer, Jacques Solomon (marié à sa belle-sœur Hélène, fille de Paul Langevin) ; elle fut membre des équipes de diffusion de l’hebdomadaire clandestin qu’elle faisait circuler au lycée Fénelon.

Après la Libération, Luce Langevin reprit une vie active de militante communiste, se consacrant principalement au travail parmi les intellectuels et s’intéressant aux rapports entre le marxisme et les sciences. Membre du bureau de la section communiste des Veme et VIeme arrondissements à la fin des années 1950, elle fut une des responsables de l’« Université nouvelle », où elle organisa, avec Georges Cogniot, à partir d’octobre 1962, un cours intitulé « Esquisse d’une histoire de la pensée scientifique » qui dura quatre ans. Ce cours, avec l’aide de Paul Labérenne et de nombreux professeurs, avait le souci de montrer la « liaison de la pensée scientifique avec la pratique socio-historique » (Parti pris, t. 2, p. 442). On trouve le nom de Luce Langevin dans de nombreuses manifestations intellectuelles où elle défendait avec intransigeance les positions du parti ; citons sa communication, au nom du cercle des physiciens, aux journées nationales d’études des intellectuels, les 29-30 mars 1953 à Ivry, sur les problèmes de « l’objectivité des lois de la nature et de l’humanisme socialiste » ; citons aussi son intervention au colloque sur Marx et le marxisme organisé par La Pensée, sur l’extension de l’enseignement polytechnique en URSS (La Pensée, n° 51, novembre 1953). Elle participa également au colloque organisé par l’Institut Maurice Thorez les 13-14-15 octobre 1967 sur « La Révolution d’octobre et la France », à l’occasion du 50e anniversaire de la Révolution.

Luce Langevin fut candidate aux élections municipales de Paris en 1959 dans le deuxième secteur (Veme, VIeme et VIIeme arrondissements). Membre de l’association France-Bulgarie, elle participa avec son mari à l’édition d’un livre de Christian Roulette en 1983 sur l’incendie du Reichstag.

Après la mort de G. Cogniot, elle prit part à la fondation de l’Association des Amis de G. Cogniot. Elle contribua à la constitution du « Centre de ressources historiques » qui accueille, à l’École de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris, le fonds Paul Langevin, qu’elle déposa officiellement en 1983. Elle donna des collections de brochures et de journaux au Centre de recherches d’histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme de l’Université de Paris I à la fin des années 1970.

Luce Langevin était mère de deux enfants : Michel, né en 1926, physicien, marié à Hélène Joliot, fille d’Irène et Frédéric Joliot, et Aline, professeur d’anglais. Elle mourut le 27 août 2002 à l’hôpital Cochin, à cent deux ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89643, notice LANGEVIN Luce [née DUBUS Andrée, Luce] par Nicole Racine, version mise en ligne le 9 octobre 2010, dernière modification le 28 août 2015.

Par Nicole Racine

ŒUVRE CHOISIE : Intervention du Cercle des physiciens présentée par Luce Langevin aux journées nationales d’études des intellectuels communistes, 29-30 mars 1953, La Nouvelle Critique, n° 45, avril-mai 1953, p.158-165. — « Les intellectuels français et la Révolution d’octobre », Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, n° 7-8, novembre-décembre 1967, p. 155-178. - Le miracle de la TSF, histoire du télégraphe et du téléphone, Paris, Bourrelier, 1952.
-  Lomonossov, 1711-1765, sa vie, son œuvre, Introduction et choix de textes par Luce Langevin, Paris, Editions sociales, 1967

SOURCES : Arch. Nat. : F/17 27118. — RGASPI, 495 270 8971, 517 1 1884, 543 2 32. - Archives du comité national du PCF. - l’Humanité, 30 mars 1953 et 30 août 2002. — Georges Cogniot, Parti pris. Cinquante-cinq ans au service de l’humanisme réel, Éditions sociales, t. 1 : D’une guerre mondiale à l’autre, 1976, 540 p., t. 2 : De la Libération au programme commun, 1978, 583 p. — Jeannine Verdès-Leroux, Au service du Parti. Le Parti communiste, les intellectuels et la culture (1944-1956), Fayard-Minuit, 1983, 585 p. — Renée Rousseau, Les femmes rouges. Chronique des années Vermeersch, Albin Michel, 1983, 293 p. — Entretien avec Luce Langevin, 19 mai 1988. — Notes de Jacques Girault.

ICONOGRAPHIE : Femmes dans l’action mondiale, n° 19, 6-20 avril 1936. — Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, n° 7-8, op. cit.

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