SIMONDIN Maurice, Raymond, Marcel

Par Daniel Grason

Né le 5 décembre 1921 à Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis), mort le 2 avril 2007 à Rambouillet (Yvelines) ; ouvrier tourneur ; secrétaire des Jeunesses communistes de Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine) en 1939 ; secrétaire de la section du PCF de Gennevilliers de 1945 à 1955 ; conseiller municipal puis adjoint au maire de Gennevilliers.

Maurice Simondin était le fils d’un tôlier et d’une couturière, il habitait 11, rue du Parc (Joseph Le Clainche) à Gennevilliers, son père délaissa sa famille. Avec sa mère Marcelle Legray, il vécut chez Raymond Aubrun, un frère, Sylvain, naquit en 1931. Les menaces de guerre étaient là, Marcelle se remaria avec Raymond Aubrun le 16 décembre 1939. Celui-ci était le dirigeant des métallurgistes CGT de la banlieue ouest de Paris, membre de la commission exécutive de la métallurgie. Résistant, il fut arrêté le 6 juillet 1941, condamné, déporté, il décéda le 25 janvier 1945 au kommando de Gusen, camp annexe de Mauthausen (Autriche).
Maurice Simondin reconstitua clandestinement le groupe local de la Jeunesse communiste en 1940, il en devint le secrétaire. Le groupe était composé de trente-huit adhérents dont quatorze jeunes filles. Le 27 décembre 1940 en soirée, un jeune communiste de dix-sept ans, muni d’un pot de peinture, d’un pinceau et d’un lot de caractère d’imprimerie attendait ses coéquipiers pour tracer des mots d’ordre de la jeunesse communiste sur la chaussée, dans la cité jardins à Gennevilliers. Il fut surpris par trois agents et prit la fuite, mais ceux-ci le rattrapèrent. À la suite de cette interpellation, le lendemain, Raymond Lefèvre, dix-sept ans, manœuvre et Robert Tily, dix-sept ans furent arrêtés ainsi que Charles Lacave, quarante-sept ans, manœuvre au Carbone Lorraine. Ils détenaient tous les trois du matériel de propagande du Parti communiste, ils furent inculpés d’infraction au décret du 26 septembre 1939.
Le 29 décembre, la police arrêtaient quinze autres jeunes dont Maurice Simondin et Fernand Bée. Une liste de vingt et un membres de l’organisation fut saisie. Huit jeunes filles furent appréhendées parmi lesquelles Francine Saxer, tous et toutes étaient des mineurs et ils furent conduits commissariat d’Asnières, puis au dépôt. Les parents furent convoqués par un Juge d’instruction.
Dans un rapport en date du 8 avril 1941, adressé au Directeur des renseignements généraux, le commissaire de police de la circonscription d’Asnières indiquait que depuis novembre 1940, il a procédé à cinquante-trois arrestations. Il précisait « À Gennevilliers le groupement des Jeunesses communistes a été annihilé complètement, à la suite de l’arrestation en décembre de seize de ses membres dont le bureau responsable ».
Maurice Simondin fut interrogé au commissariat par un inspecteur de la Brigade politique. Celui-ci le gifla et menaça de le frapper avec un nerf de bœuf. Il fut condamné à un an de prison par la 15e Chambre correctionnelle et à cent francs d’amende. En appel, sa peine fut réduite à huit mois et à une remise de l’amende. Il effectua sa peine dans les prisons de la Santé et de Fresnes, puis fut interné administrativement le 30 juillet 1941 à Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique). Il assista avec effroi et tristesse au départ des otages condamnés à mort le 22 octobre 1941, dont Guy Môquet qui était dans la même baraque que lui.
Transféré à Voves (Eure-et-Loir), il était le responsable du bâtiment des douches. C’est de là que fut creusé un souterrain de cent trente mètres de long, dans la nuit du 5 au 6 mai 1944, il s’échappa en compagnie de quarante et un autres internés.
Il fut muni de faux papiers et devint Marcel Saury. Il se cacha à Paris chez Faustin Merle, une famille amie, originaire de Tinchebray (Orne). Madeleine Saniez vint le chercher, elle l’emmena à Flers (Orne) où son mari Paul, ajusteur, chef d’équipe était affecté spécial. Paul Saniez, après l’échec de la grève du 30 novembre 1938, avait été licencié de chez Aubert et Duval à Gennevilliers, sans travail, il avait réussi à être affecté spécial dans une entreprise de Flers. Dès 1942, Paul Saniez organisait un groupe des FTPF à Athis (Orne), Maurice Simondin les y rejoint. Celui-ci fut membre de l’Etat-Major FTP, sous-lieutenant chef d’un détachement, il fut homologué sergent FFI.
Tous les deux participèrent aux actions du maquis, aux combats après le débarquement du 6 juin 1944, puis à la libération de Flers. Maurice Simondin et Paul Saniez reçurent la Croix de Guerre, Paul Saniez écrivit le premier éditorial du Journal de l’Orne combattante. Depuis 1990, une rue de Flers porte son nom.
De retour à Gennevilliers, Maurice Simondin s’était marié en août 1945 avec Eliane Saniez, fille de Paul et de Madeleine, dessinatrice, ils eurent deux enfants Jean-Pierre et Marc. Il a été journaliste pendant un an à l’Avant-Garde et quelques mois à l’Humanité. Il reprit son métier de tourneur, préférant comme il avait coutume de le dire « rester aux manivelles ». Il travailla dans de nombreuses entreprises de la métallurgie dont la SFR à Levallois-Perret et Chenard & Walcker à Gennevilliers.
Aux élections municipales d’octobre1947, Maurice Simondin figurait sur la liste d’Union Républicaine et Résistante de défense des intérêts communaux présentée par le Parti communiste français, en septième position en qualité de secrétaire de la section du PCF. Il fut réélu lors des municipales des 19 et 26 octobre 1953.
Lors de l’exercice de son mandat, il présenta plusieurs vœux qui reprenaient les positions du parti communiste. Le 5 octobre 1948 il dénonçait les incidents sanglants de Grenoble, le 18 septembre lors d’une manifestation contre la venue du général de Gaulle, le service d’ordre du RPF tira. Un contre-manifestant Lucien Voitrin était tué par balles, une quarantaine de personnes étaient blessées. Le 13 décembre 1950, l’ancien interné résistant se souvenait des épreuves de la guerre, il protestait vigoureusement contre le réarmement de l’Allemagne. Le 17 avril 1951, il dénonçait la guerre d’Indochine et la peine de cinq ans de réclusion infligée à Henri Martin qui avait manifesté son opposition à « la sale guerre ».
Il fut nommé troisième adjoint en remplacement de Julien Mocquard qui venait de décéder. Il exerça son mandat peu de temps, quittant Gennevilliers à la fin du premier trimestre 1955 pour des raisons de santé.
À la suite d’un accident Maurice Simondin souffrait de la colonne vertébrale, il ne pouvait plus rester debout en permanence. Il était ainsi que son beau-père passionné par les motos. Les deux familles achetèrent un fonds de commerce de cycles et motocycles, ventes et réparations à Maisons-Lafitte (Seine-et-Oise, Yvelines). Après le départ à la retraite de Paul Saniez, Maurice et Eliane Simondin s’établirent dans un magasin de dimension plus modeste à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).
Au plan politique, Maurice Simondin avait accepté les explications du PCF au moment de l’intervention de l’armée soviétique à Budapest en Hongrie, en novembre 1956. Il n’en fut pas de même lorsque les chars soviétiques entrèrent à Prague en Tchécoslovaquie en août 1968. Il quitta le PCF sans bruit, tout en conservant au cœur son idéal de communiste.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89739, notice SIMONDIN Maurice, Raymond, Marcel par Daniel Grason, version mise en ligne le 15 octobre 2010, dernière modification le 30 décembre 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. 84, BA 2374, 2397, KB 100. – Bureau Résistance 16 P 549788 (communiqué par Jean-Pierre Besse). – Arch. municipales de Gennevilliers. – Témoignage de Mme Eliane Saniez-Simondin du 22 et 29 mars 2010. – Témoignage de M. Sylvain Aubrun du 22 mars et du 15 octobre 2010. – Stéphane Robine,Quatre années de lutte clandestine. Les résistants du bocage ornais. Eté Automne 1944, t. 1 et 2, Ed. Le Pays Bas-Normand, 2004 et 2005. – Denis Peschanski, La France des camps. L’internement 1938-1946, Paris, 2002, Gallimard. – Danielle Tartakowsky, Les manifestations de rues en France 1918-1968, Publications de la Sorbonne, 1998. – l’Humanité du 22 septembre 1948.— Etat civil.

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