ALDY Marie, Paul, Émile, Félix

Par Justinien Raymond

Né le 6 juillet 1853 à Millau (Aveyron) ; mort le 25 avril 1921 à Narbonne (Aude). Tour à tour avocat et magistrat, il fut député socialiste et conseiller général de l’Aude.

Fils d’Étienne-Jules, maître d’hôtel à Millau, Félix Aldy fit des études classiques à Toulouse, puis des études de droit, jusqu’à la licence, à la faculté d’Aix.

Après son service militaire, il s’installa comme avocat dans sa ville natale. Il y manifesta des idées politiques hardies qui ne devaient rien à l’influence familiale, puisqu’elles le conduisirent à une rupture avec ses parents. Président du comité républicain de l’arr., membre du cercle ouvrier de Millau dont il devint bientôt le vice-président, il fut élu conseiller municipal.

En 1880, il entra dans la magistrature et fut nommé substitut du procureur de la République à Limoux, puis, la même année, à Narbonne. Il fut promu sur place procureur de la République en 1883. Cette nomination, obtenue à la faveur de la suspension temporaire de l’inamovibilité judiciaire par le gouvernement de Jules Ferry, équivalait à un brevet de républicanisme.

En 1887, il démissionna pour ne pas requérir, à la demande de l’autorité, contre le Dr Ferroul, poursuivi pour ses écrits socialistes et aux prises avec les journaux gouvernementaux, le Républicain de Narbonne et le Rappel de l’Aude.

Il reprit sa place au barreau et, plus libre, entra dans l’action socialiste aux côtés de Ferroul, au POF, au congrès duquel il participa à Marseille (1892) et qu’il quitta sur le cas Millerand. Son éloquence lui assura une grande notoriété professionnelle et, mise au service du socialisme, dans une ville ardente où la Commune avait éveillé un écho bruyant, lui facilita les succès électoraux. En 1888, il entra au conseil municipal sur une liste radicale et socialiste. En désaccord avec les radicaux, il s’en retira en 1889 avec la fraction socialiste et ne fut pas réélu. En 1891, il rentra à l’Hôtel de Ville avec toute la liste socialiste et fut adjoint au maire Ferroul. Quand ce dernier fut révoqué en 1892, il le remplaça, lui rendit son écharpe en 1894 pour reprendre ses fonctions d’adjoint. Il siégea au conseil municipal jusqu’en 1897.

En 1893, candidat aux élections législatives dans la 2e circonscription de Narbonne, Aldy échoua avec 4 673 voix devant Adolphe Turrel, député sortant, en place depuis 1885, et réélu avec 8 103 voix. Après avoir échoué en 1898 avec 5 961 voix dans la 2e circonscription de Béziers (Hérault), Aldy allait retrouver Turrel en 1902, dans la 1re circonscription de Narbonne. Ferroul, député sortant renonçant à son mandat, le congrès socialiste posa la candidature d’Aldy. Turrel, radical passé à l’opportunisme, devenu en 1896 ministre des Travaux publics dans le cabinet Méline et qui avait été battu en 1898 dans la 2e circonscription de Narbonne, tentait à nouveau sa chance dans la 1re. Aldy l’emporta sur lui au second tour par 6 191 voix contre 5 772 sur 15 681 inscrits et 11 999 suffrages exprimés. Il appartint, au cours de sa première législature, aux commissions de la Réforme judiciaire, de la Justice militaire, des Postes et télégraphes. Le 30 juin 1905, son premier mandat touchant à sa fin, Aldy adhéra au groupe parlementaire du Parti socialiste unifié constitué depuis le 19 mai. Par 6 363 voix sur 15 952 inscrits et 11 194 suffrages exprimés, il fut réélu au premier tour en 1906 et entra à la commission de l’Agriculture, au moment où la crise viticole allait éclater dans l’Aude et agiter le Midi languedocien. Aldy se fit, au Parlement, le défenseur des vignerons, exprima leurs griefs, exposa leurs revendications. Le 10 juin 1907, notamment, il attribua la mévente du vin qui ruinait le Languedoc au sucrage qui, pratiqué par les gros propriétaires, augmente artificiellement la production et il excusa les violences commises par « la misère et la faim » (L’Humanité, 11 juin 1907).

Jusqu’ici, la propagande socialiste dans l’Aude avait été surtout une propagande pour la République rouge ; l’aspect démocratique du socialisme rallia des suffrages aux candidats, mais le terrain était peu favorable au développement de l’organisation et du groupement. Le socialisme ne pouvait recueillir que des succès électoraux qui allaient, comme ceux du radicalisme, aux « couches sociales nouvelles », à des fils de la petite bourgeoisie, Aldy après Ferroul, et non à des prolétaires. L’agitation sociale, la répression conduisirent à l’organisation collective, les viticulteurs dans la Confédération des vignerons ainsi que dans neuf coopératives, et le prolétariat agricole dans trente-cinq syndicats groupant 2150 adhérents.

Dès lors, les frontières politiques s’alignèrent plus exactement sur les structures sociales. Le mouvement socialiste, s’il semblait plus solidement étayé par ces organisations corporatives, perdit une partie de son audience dans la petite bourgeoisie. En 1910 et 1914, Aldy fut encore réélu au premier tour, mais sa majorité s’amenuisait. En 1910, il obtint 5 385 voix sur 15 245 inscrits et 10 026 suffrages exprimés ; en 1914, 5 152 sur respectivement 14 299 et 84 901. En 1912, le canton de Narbonne l’avait élu au conseil général où il avait déjà siégé en 1892. Au cours de ses deux dernières législatures, il appartint à la commission des boissons. Sur le plan de la politique générale, la guerre venue, il se rangea, jusqu’au bout, avec les plus fermes soutiens de la politique de défense nationale, vota toujours en faveur de la participation ministérielle, la défendit en personne en faveur du cabinet Ribot (19 mars 1917). Il fut au nombre des quarante députés qui, dans une déclaration publique, firent des réserves sur l’adhésion donnée, le 27 mai 1917, par le conseil national de la SFIO, à la conférence de Stockholm convoquée par les socialistes de Russie, de Hollande et de Scandinavie. Cette conférence n’eut pas lieu, mais, contre son éventualité, s’était constituée une tendance nouvelle à laquelle s’intégrait Aldy : elle lutta contre les courants pacifistes et s’exprima bientôt dans le quotidien, La France libre, lancé le 2 juillet 1918 par Compère-Morel.

Aux élections de 1919, Aldy fut battu avec ses quatre colistiers socialistes. L’effet du mode de scrutin majoritaire, les conditions de la lutte électorale qui l’aggravèrent dans l’Aude, s’ils expliquent cet échec total ne peuvent masquer le recul socialiste. Une liste de tendance radicale et opportuniste dite Fédération républicaine d’union économique agricole, démocratique et sociale, obtint une moyenne de 24 945 voix. Une moyenne de 20 482 allait à une liste d’Union républicaine et de défense nationale groupant des mutilés et combattants et appuyée par la droite et par quelques éléments ouvriers. La liste socialiste venait loin derrière avec 11 551 voix en moyenne, Aldy, le plus favorisé, en recueillant 12 100.

Il devait mourir moins de deux ans plus tard.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89752, notice ALDY Marie, Paul, Émile, Félix par Justinien Raymond, version mise en ligne le 17 octobre 2010, dernière modification le 17 octobre 2010.

Par Justinien Raymond

ŒUVRE : Aldy a collaboré aux journaux suivants : La République sociale, hebdomadaire socialiste de l’Aude. — Le Midi socialiste, à partir de 1908. — L’Humanité. — La France libre.

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Hubert Rouger, La France socialiste, Paris, 1912, p. 334-335. — Hubert Rouger, Les Fédérations socialistes t. II, Paris, 1921, p. 29 à 37. — Ibid., vol. III, passim, — J. Balteau, M. Barroux, M. Prévost, Dictionnaire de biographie française, Paris, 1933, t. I., p. 1362 (col. 1) et 1363 (col. 2), article de E. Franceschini. — Denise Rossignol, Le Mouvement socialiste en France de 1906 à 1914, DES, Paris, s.d., 110 p. — Pierre Raynaud (ou Raynier), Supplément à la Biographie des représentants du département de l’Aude, s.d., sans nom d’éditeur. — L’Humanité, 1er juillet 1905.

ICONOGRAPHIE : La France socialiste, op. cit., p. 335.

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