CANNONE Alphonse, Sauveur, écrit parfois CANNONNE

Par Jean Maitron, complété par Rolf Dupuy

Né le 3 janvier 1899 à Bejaia, Bougie (Algérie), mort le 15 février 1939 à l’hôpital de Bicêtre (Seine) ; inscrit maritime ; mutin de la Mer Noire ; militant anarchiste ; milicien en Espagne.

Fils d’Alexandre Cannone, charpentier, et de Marie-Thérèse Soler, sans profession, domiciliés à Bejaia, Alphonse Cannone avait passé son enfance à Oran où orphelin de père il avait connu la misère.

Après avoir navigué plusieurs années, Cannone s’engagea dans la Marine nationale ; peu après son incorporation sa nièce décédait, son frère ainé était tué sur le front, son plus jeune frère et ses deux sœurs étaient confiées à l’assistance publique.

Marin à bord du France, Alphonse Cannone était le 17 avril à bord du France au large de Sébastopol, qui faisant croire à un tir de réglage des pièces de 140, fit 180 victimes à Sébastopl.Le lendemain, Cannonne descend à terre avec des camarades et organise un manifestation fraternelle avec la population mais des officiers français font titer sur la foule faisant 14 morts. A bord, l’équipage était passé à la révolte ouverte : les officier furent enfermés, les prisonniers délivrés et les chants révolutionnaires répondaient à ceux du Jean Bart et du Chayla. Tous les équipage exigeait la cessation de l’intervention et le retour en France. Le cuirassier France gagna Bizerte sous le commandement d’un quartier maître mécanicien délégué. L’équipage resta maître du navire pendant trois semaines. À Bizerte, ceux qui avaient pris une part active au mouvement furent arrêtés, et passèrent en conseil ;de guerre à Toulon. Tous furent condamnés dont Cannone à 5 ans de détention dans une enceinte fortifiée et à la dégradation. Il connut la dureté des prisons centrales de Nîmes, Loos et Clairvaux et sa santé en fut gravement affectée.

À Clairvaux, il bénéficia d’une remise de peine en août 1921 et fut transféré au dépôt des exclus de l’armée, à Collioure. Évadé, repris, il fut condamné, le 12 janvier 1922, à Montpellier à cinq ans de prison pour avoir frappé l’un de ses supérieurs et purgea sa peine à la prison de Nîmes.

Libéré, il se maria le 26 avril 1926 à Alger avec Henriette Pecollo. Leur divorce a été prononcé le 1er juin 1938 par le T.I. de Marseille.

En août 1926, il gagna Paris où il fut hébergé par Marius Brignon, anarchiste, secrétaire du Comité de défense des Marins et travailla deux mois dans une usine de roulements à billes. Il était à l’époque membre de la Fédération Anarchiste Parisienne (FAP). Membre du « Groupe noir », organisation anarchiste internationale dont le siège était à Montevideo, il participa aux réunions du Comité d’initiative de l’Union anarchiste et communiste.

Après avoir séjourné un mois à Dunkerque, il s’embarqua le 11 octobre 1927 sur le pétrolier « Pechelbrown ». Débarqué en janvier 1928, il fut hospitalisé au Havre pour tuberculose pulmonaire. Cannone arriva à Rouen au début du mois d’août 1928 et le 20, il fut élu secrétaire de la section des Marins de France (autonome). Il participa alors activement aux pourparlers qui aboutirent à la fusion des deux Fédérations autonomes d’Inscrits maritimes (Marins de France et Laboureurs de la mer) et à la création de l’Union syndicale des Travailleurs de la Mer. Le 24 décembre 1928, il fut élu secrétaire de la section de Rouen ; mais il démissionna en mars 1929, quand fut votée la fusion avec les Marins confédérés. Au début des années 1930 il était le trésorier du groupe intercorporatif fédéraliste de Marseille aux cotés de Jean A. Casanova.

Membre de la CGT-SR, Alphonse Cannone milita parmi les marins à Dunkerque, au Havre, à Marseille. En juillet 1936, à la veille de la révolution franquiste, il partit de Marseille pour Barcelone en compagnie de camarades espagnols et combattit dans la Colonne Durruti ; il fut blessé à plusieurs reprises ; il appartint à la Confédération nationale du travail (CNT) ainsi qu’à la Fédération anarchiste ibérique (FAI).

Lors de l’exode espagnol, il vint se fixer à Paris ; sa santé était gravement atteinte et il mourut de tuberculose à l’hôpital de Bicêtre le 15 février 1939. Le comité de défense des Marins lança un appel et demanda d’envoyer les fonds à Marius Ricros à Paris, un ancien de la mer Noire ; la dépouille mortelle de Cannone fut accompagnée du drapeau noir.
Son acte de naissance comporte par erreur la mention "décédé à Kremlin-Bicêtre le 14 avril 1941". En fait ce doit être la date du report, car il est mort le 15 février 1939 à l’hôpital de Bicêtre (Seine)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89785, notice CANNONE Alphonse, Sauveur, écrit parfois CANNONNE par Jean Maitron, complété par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 19 octobre 2010, dernière modification le 1er mai 2020.

Par Jean Maitron, complété par Rolf Dupuy

SOURCES : Arch. Nat. F7/19767. — Arch. Mun. Rouen, 7 F3. — Arch. A. Marty A IV. — La Voix libertaire, fin mars 1939. — Le Libertaire, 20 mai 1949. — Contre-Courant, 10 mars 1954, note de L. Louvet et Mémoires inachevés de Cannone. — Dictionnaire biographique du mouvement..., op. cit. — Notes D. Dupuy. — Combat Syndicaliste, mars 1939. — Terre Libre, n° 62, mars 1939. — Acte de naissance communiqué par sa famille.

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