JOURDAN Robert, Claudius

Par Jacques Girault

Né le 5 janvier 1922 à Lyon (Rhône, Ve arr.), mort le 14 juillet 2006 à Hyères (Var) ; instituteur ; militant syndicaliste dans le Var ; militant mutualiste.

Germaine et Robert Jourdan en 1965.
Germaine et Robert Jourdan en 1965.

Fils d’une journalière et d’un artisan coiffeur à Saint-Cyr au Mont d’Or, qui avait été gazé pendant la Première Guerre mondiale, Robert Jourdan effectua sa scolarité au cours complémentaire du Creusot (Saône-et-Loire) habitant chez son oncle, directeur d’école et sa tante, institutrice. Pour des raisons de santé, ses parents vinrent habiter Toulon (Var) dans le quartier du Pouverel. Son père devint ouvrier à l’Arsenal maritime.

Jourdan entra à l’Ecole normale d’instituteurs de Draguignan (Var) en 1938 alors que sa sœur aînée était déjà normalienne. Il fréquenta Germaine Furet (20 décembre 1920 à Brest, Finistère- 8 octobre 2006 à Hyères), normalienne, fille d’un futur maître principal fourrier dans la Marine nationale . En 1941, il fut nommé instituteur à Carqueiranne. Après avoir été affecté en février 1942 à des chantiers de jeunesse dans l’Hérault (Saint-Guilhem-le-Désert), malade, soigné de mai à novembre 1942 à l’hôpital Purpan à Toulouse, en mars 1943, il reprit son poste d’instituteur à Carqueiranne. Appelé au Service du travail obligatoire, Jourdan, « récalcitrant », fut radié de l’enseignement comme réfractaire au STO. Sa famille étant menacée de représailles, il partit pour l’Autriche en juin 1943. Travaillant dans un hôtel, alors qu’il demeurait à Salzburg (« Allemagne » selon le registre d’état civil, conséquence de l’Anschluss), il se maria le 30 décembre 1943 à Toulon avec Germaine Furet, institutrice à La Croix-Valmer depuis 1941. Le couple eut deux garçons dont le premier naquit le 1er octobre 1944. Il s’évada en mars 1944 avec un autre normalien et revint à Toulon où il vécut dans la clandestinité. Réintégré dans l’Education nationale en octobre 1944, il fut nommé à Carqueiranne avec son épouse.

De novembre 1944 à avril 1945, Jourdan fut chargé par l’Inspection académique du Var de l’organisation des collectes de vivres en faveur des cantines scolaires toulonnaises. Titulaire du certificat d’aptitude d’enseignement dans les classes d’application en 1945, obtenu après un stage de formation des maîtres de classes de perfectionnement à Paris de deux mois, Jourdan, instituteur spécialisé à La Garde, effectua un stage de formation de directeur de maison d’enfants handicapés en Suisse (1945-1946), où il représenta les instituteurs spécialisés à l’œuvre de secours aux enfants.

Désigné, le 29 septembre 1944 comme secrétaire de la section varoise des jeunes du Syndicat national des instituteurs, en avril 1945, Jourdan fut nommé délégué des jeunes au bureau de la section départementale du SNI. Il devint secrétaire général de la section départementale du syndicat, le 27 septembre 1946, élu par 13 voix sur 20 suffrages exprimés. Il conserva cette responsabilité jusqu’en 1951 et en mai, lors d’une réunion du conseil syndical, il annonça qu’il cesserait d’être secrétaire général.

Participant régulièrement aux réunions du conseil national du SNI, Jourdan y intervenait le 1er avril 1947 pour demander l’abrogation de la circulaire du 18 janvier 1946 relative à la propagande syndicale dans les écoles normales et prolongeait cet intérêt pour ces établissements lors de la réunion du 19 juillet 1947.

Réélu au conseil syndical en 1949 de la section varoise sur la liste « pour un syndicalisme indépendant et constructif », lors de la réunion du conseil, le 2 juin 1949, Jourdan défendit une motion qui revendiquait le maintien dans l’autonomie et demandait la « reconstruction d’une CGT démocratique ».

De 1949 à 1952, Jourdan s’occupa des colonies et camps de vacances laïques. Par la suite, souvent absent aux réunions du conseil syndical, il ne venait qu’en cas de tensions et son point de vue s’affirmait avec force notamment vis-à-vis des opposants cégétistes. Une rivalité conflictuelle entre militants marqua la vie du SNI dans le département. Il se caractérisait par une constante fermeté à l’égard de ses opposants, rappelant le plus souvent les principes du syndicalisme révolutionnaire sur les rapports entre syndicats et partis politiques. Sans doute, cette virulence fut à l’origine de son choix de s’investir dans les actions mutualistes.

Jourdan se présenta trois fois en position inéligible pour le renouvellement du conseil syndical en 1965, en 1967, en 1969 (dernière position sur la liste). A partir de 1948, secrétaire adjoint de la section départementale de la Fédération de l’Education nationale, il demeura membre de la commission administrative de la section par la suite.

Lors des élections du bureau national du SNI pour la première fois à la proportionnelle, Jourdan figurait parmi les vingt candidats de la liste A « Pour une action constructive dans l’indépendance du syndicalisme », conduite par Henri Aigueperse. Le 28 décembre 1947, avec 636 voix, il ne fut pas élu par les membres du conseil national. Pour les élections du bureau national en 1949, il figurait en dix-huitième position sur la liste « Pour un syndicalisme indépendant et constructif » conduite par Aigueperse. Le conseil national, le 27 décembre 1949, lui accorda 534 voix (19eme position). En janvier 1950, il indiqua, lors de la réunion du conseil syndical du SNI, avoir accepté d’être candidat au bureau national à condition de ne pas être élu.

Jourdan, vice-président de la Fédération des œuvres laïques en 1946, devint le secrétaire-adjoint de la Fédération varoise des conseils de parents d’élèves, le 1er juin 1948. Avec René Teisseire*, il signa l’appel au Conseil général, le 22 janvier 1949, en faveur des œuvres laïques. Une importante subvention fut accordée et renouvelée, garantie conjointement par le SNI et la FOL.

Élu membre de la commission administrative paritaire départementale en 1948, Jourdan fut régulièrement réélu dans cette responsabilité. Élu en 1951 au Conseil départemental de l’enseignement primaire, il participa à la décision du SNI de demander aux élus de démissionner collectivement pour protester contre la politique répressive du gouvernement et sa politique antilaïque à la fin de 1953. Il fut réélu en janvier 1954. Les élus à la CAPD, tous membres du syndicat, se présentaient en mars 1961, sur une liste « pour la défense et la promotion de l’école laïque », et, en 1965, « pour l’école laïque, pour l’union et la défense du personnel de la maternelle au collège d’enseignement général ». En décembre 1966, démissionnaire, avec ses camarades, pour protester contre les décrets concernant les directeurs, il ne se représenta pas.

Jourdan participa à la réunion du conseil national du SNI, le 23 décembre 1946, qui consacra une partie de la discussion à la mise en place des sections départementales de la Mutuelle générale de l’Education nationale. Dans le Var, il fit partie de la délégation syndicale qui rencontra les dirigeants de la société de secours mutuels pour organiser l’assemblée générale inaugurale, le 13 mars 1947. Désigné comme membre du conseil d’administration de la section départementale de la MGEN, il en devint le secrétaire et conserva cette responsabilité jusqu’en 1977. Il figurait en troisième position sur la liste « d’action mutualiste et d’amélioration de la Sécurité sociale » lors de l’élection du conseil de la Caisse primaire du Var. Il fut à nouveau candidat en 1962.

D’octobre 1949 à sa retraite en 1981, Jourdan fut détaché auprès de la MGEN pour diriger le centre de convalescence Chateaubriand à Hyères (Var), installé dans les locaux du Britannique Hôtel dont il avait proposé la création. Sa nomination par la section départementale de la MGEN, le 24 septembre 1949, fut approuvée par la direction nationale du SNI. L’établissement débuta son activité le 1er juillet 1950. Avec l’équipe médicale et soignante, il le développa vers la rééducation fonctionnelle et la balnéothérapie médicale, avec la création du centre de rééducation en eau de mer à La Capte. Son épouse travaillait aussi dans le centre comme directrice, chargée de l’administration, des plannings, du secrétariat, de l’accueil, des relations avec les pensionnaires. Ils partirent à la retraite ensemble.

Jourdan participa à la fin de 1954 à la reconstitution de l’Union départementale mutualiste et en devint secrétaire général-adjoint. En outre, en 1955, il devint secrétaire général de la section départementale des fédérations de mutuelles de fonctionnaires et agents de l’État et de l’Union de la Mutualité du Var. Il fut aussi secrétaire du comité de gestion de la clinique mutualiste jusqu’en 1959, secrétaire de l’œuvre des Pupilles du Var de 1955 à 1958, administrateur de la « Maison de Fréjus » (1961) et trésorier du comité départemental des œuvres sociales de l’Education nationale (1966).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89807, notice JOURDAN Robert, Claudius par Jacques Girault, version mise en ligne le 20 octobre 2010, dernière modification le 10 décembre 2017.

Par Jacques Girault

Germaine et Robert Jourdan en 1965.
Germaine et Robert Jourdan en 1965.
Robert Jourdan et le personnel de Chateaubriand en 1960
Robert Jourdan et le personnel de Chateaubriand en 1960
de gauche à droite, à l’extrême gauche du deuxième rang, Danielle Lemarchand (employée au service de la comptabilité), au premier rang, les médecins (Laurent Rapezzi, Mathieu Giulani, Pierre Pieri), Germaine et Robert Jourdan, Bernard Lemarchand (intendant), Georges Agry (kinésithérapeute), Pierre Jacquemet (professeur de sport et kinésithérapeute, détaché de l’Education nationale, responsable du service de rééducation).
René Jourdan en 1953
René Jourdan en 1953
Robert et Germaine Jourdan en 1969
Robert et Germaine Jourdan en 1969

SOURCES : Presse syndicale. — Renseignements fournis par Bernard Jourdan, fils de l’intéressé. — Sources orales, dont Bernard Lemarchand, Jean-Louis Martin, Pierre Pieri. — Notes de Charlotte Siney, auteur d’une brochure sur le centre Chateaubriand.

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