CHIEUX Louise, Maria, Joseph

Par Madeleine Singer

Née le 29 avril 1927 à Bac-Saint-Maur, hameau de Sailly-sur-la-Lys (Pas-de-Calais), morte le 2 avril 1968 à Bac-Saint-Maur ; ouvrière de filature ; dirige une section CFTC de 1956 à 1968.

Louise Chieux était l’un des enfants de Paul, Prosper, Joseph Chieux, ouvrier d’usine, qui avait épousé Marie, Adèle Beaucourt, ménagère. N’ayant pas retrouvé sa famille, nous ne connaissons la jeunesse de Louise Chieux que par ses camarades d’école ou de travail. Elle était née dans « une petite cité laborieuse de filature où l’église fait corps avec l’usine, d’une famille de travailleurs vivant dans une atmosphère d’amour, imprégnée d’un idéal au service des autres ». Au sortir de l’école primaire, elle entra dans la filature Salmon ; la majeure partie du hameau appartenait au patron de l’usine : corons, c’est-à-dire groupes de maisons dont le loyer baissait en fonction du nombre d’enfants travaillant à la filature, école, église, terrain de foot, etc. Dans ce contexte, « la mentalité de tous était marquée par la soumission, la crainte, une grande peur du syndicalisme ». En 1936, ce fut la seule usine (500 ouvriers) qui ne fit pas grève : le patron s’en glorifiait.

Après son apprentissage, Louise Chieux devint bobineuse : métier difficile et fatiguant car il fallait faire à toute vitesse des noeuds quand le fil cassait ou présentait un défaut. Quand sa santé ne lui permit plus d’effectuer ce travail, elle devint polyvalente et dut apprendre tous les métiers pour remplacer les ouvrières absentes. C’est ainsi qu’elle travailla au peignage sous la direction d’Aline Allaert qui évoque aujourd’hui son souvenir. Atteinte d’un cancer, L.Chieux lutta pendant des mois contre ce terrible mal, fut transportée à la Cité hospitalière de Lille (Nord) où elle fit l’étonnement du service médical par son moral extraordinaire et revint mourir parmi les siens.

Dans sa jeunesse, elle avait fait partie de la JOCF (Jeunesse ouvrière chrétienne féminine) ; elle y découvrit les problèmes concernant la vie des jeunes travailleuses à l’usine. Aussi elle se lança à corps perdu dans la bataille pour faire prendre conscience de la dignité de chaque travailleur, de chaque travailleuse. Elle se présenta sur une liste CFTC lors de l’élection des délégués du personnel en 1956 ou en 1958 ; les militants CGT et FO la combattirent en faisant ressortir le dernier C qui impliquait, disaient-ils, la présence de l’Église, de connivence avec le patron. L’action ultérieure de L.Chieux allait démentir leurs propos. Elle implanta la CFTC dans cette usine avec l’aide de Louis Boute*, secrétaire du Syndicat CFTC du textile à Armentières (Nord) et membre du bureau de l’Union locale (UL) CFTC de cette ville ; elle put avec ces concours acquérir la formation nécessaire. Elle sut sensibiliser la direction de l’usine sur les conséquences pour la santé des travailleurs, des cadences de travail ainsi que des conditions d’hygiène et de sécurité. Elle attira l’attention de ladite direction sur les améliorations qu’on pouvait apporter à certains postes de travail.

Dans sa section syndicale, Louise Chieux réussit à constituer une magnifique équipe de militants, liés par une solide amitié, qui la secondait parfaitement. Elle obtint ce résultat car elle avait montré tant de courage en allant à l’encontre du climat paternaliste déjà évoqué. Elle sut modifier les mentalités car elle était très près de tous, surtout des plus humbles, des plus malchanceux. Chaque année on la voyait partir en stage syndical ; elle y acquit progressivement une profonde compétence qui lui permit de mieux remplir ses responsabilités et de contribuer à la formation des autres. L’année précédant sa mort, elle animait encore une session d’études de militants syndicalistes. Dans un texte de février 1996, Aline Allaert disait que, le 21 mai 1968, sept semaines après la mort de Louise, elle était seule à 5 heures du matin devant la porte de la filature car « tous avaient fait grève comme dans les autres usines : 1936 était vengé ». Elle ajoutait dans une lettre de mars 1996 qu’elle remerciait Dieu d’avoir rencontré Louise qui l’avait libérée de tant de peur et de soumission.

Le jour des obsèques de Louise Chieux, Oscar Delache* lui rendit hommage : partageant la douleur de ses frères et soeurs qui avaient déjà perdu leur père, il remercia sa mère de leur avoir donné une militante d’une si grande valeur et relata son action comme nous l’avons fait. On comprend qu’Aline Allaert ait pu dire en 1996 que, vingt-huit ans après la mort de Louise, on la citait encore en exemple dans son pays. Sur l’image mortuaire, on peut lire des notes personnelles qui éclairent le ressort profond de son activité : « Je me consacre à Dieu... au service de la classe ouvrière », « Il ne faut jamais se fatiguer d’aimer ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89854, notice CHIEUX Louise, Maria, Joseph par Madeleine Singer, version mise en ligne le 26 octobre 2010, dernière modification le 26 octobre 2010.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Actes de naissance et de décès de L.Chieux, mairie de Sailly-sur-la-Lys, 6 février 2002.- Image mortuaire de L.Chieux.- Allocution d’Oscar Delache, lors des obsèques de L.Chieux, 3 p. dactylographiées.- Exposé d’Aline Allaert sur L.Boute et L.Chieux, adressé à Gilbert Ryon, 23 février 1996, 3 p. manuscrites.- Lettre d’Aline Allaert à G.Ryon, 1er mars 1996 (A. Gilbert Ryon).

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