ADLER [dit BRESSE] André, Henri, Léon

Par Alain Dalançon

Né le 24 juillet 1907 à Giesshübel ou Gießhubl (Autriche-Hongrie/Autriche), mort le 20 janvier 2004 à La Verrière (Yvelines) ; professeur agrégé de mathématiques ; résistant ; militant communiste, militant syndicaliste du SNES, militant associatif.

André Adler
André Adler
Assis au milieu de ses élèves de la taupe Laplace à Caen en 1932

André Adler naquit dans un village de la banlieue sud-est de Vienne et vint dans sa jeunesse en France avec ses parents, Joséphine Pays et Louis Adler dit Bresse, journaliste, fait chevalier de la Légion d’honneur le 20 juillet 1933 au titre du ministère des Affaires étrangères. C’’est sous ce nom d’Adler dit Bresse qu’André, Henri, Léon effectua ses études secondaires au collège Chaptal de la ville de Paris, exonéré du paiement des frais d’externat à partir de 1918. Il y obtint le baccalauréat en 1924, puis y fut élève en mathématiques spéciales dans la classe de Georges Milhaud. Reçu en 1926, à la fois au concours de l’École Polytechnique (41e) et à celui de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (8e), il préféra intégrer l’ENS (section sciences), et fut reçu à l’agrégation de mathématiques en 1929 (7e/20).

Réformé du service militaire, André Adler dit Bresse fut nommé en 1930 professeur de mathématiques au lycée de Chaumont (Haute-Marne). Muté au lycée de Dijon (Côte d’Or), il obtint l’année suivante la classe de mathématiques spéciales (la « taupe Laplace ») du lycée Malherbe à Caen (Calvados), où il enseigna pendant deux ans. Mais cette classe préparatoire étant supprimée, il entra dans le cadre parisien à la rentrée d’octobre 1934, comme professeur en mathématiques élémentaires au lycée Condorcet à Paris. Durant les années suivantes, il enseignait aussi dans les classes du premier cycle et participait aux loisirs dirigés (travaux manuels, visites de musées, fabrique d’objets à vocation pédagogique).

Au lycée Condorcet où exerçaient plusieurs militants de la Fédération générale de l’enseignement-CGT (dont Lucien Mérat et Albert-Claude Bay), il était responsable de la section locale du Syndicat des professeurs de la FGE à partir de 1935, puis du Syndicat du personnel de l’enseignement secondaire après sa création en 1937, et fut gréviste le 30 novembre 1938.

Ne se faisant plus appeler « dit Bresse », André Adler adhéra au Parti communiste en 1936 pour « donner à chaque enfant, à chaque jeune, une égalité de chances dans la vie » selon la déclaration qu’il fit après la Seconde Guerre mondiale dans la plaquette Pourquoi je suis communiste, où il indiquait que son engagement avait des racines lointaines. Selon le témoignage de Roger Perelman, jeune juif arrivé de Pologne en 1936, il était, avec Emile Hombourger, un des professeurs les plus accueillants aux nombreux élèves juifs étrangers du lycée, qui lui permirent d’entrer en classe de première en 1938 et d’obtenir le baccalauréat.

Après avoir été mobilisé comme aspirant dans les services administratifs, du 30 septembre 1939 au 4 août 1940, il reprit son enseignement en 1941, retrouvant la classe de mathématiques élémentaires au lycée Condorcet, puis, à partir d’octobre 1942, les classes de mathématiques spéciales et de préparation à l’École centrale. Il vivait avec sa mère et apparaissait comme distant par rapport à la vie politique. En fait, dans la clandestinité, à partir de 1941, il participait à la rédaction de La Pensée libre qui succéda à La Pensée interdite ; en outre, il était un des rédacteurs du journal, L’Université libre.

La police judiciaire vint l’arrêter à son domicile, le matin du 2 mars 1943, car il avait été dénoncé pour détention d’armes. La perquisition ne révéla aucune activité politique, confirmant ses dires puis ceux de sa sœur interrogée à la préfecture de police. Une pétition signée par de nombreux professeurs du lycée attesta qu’il ne s’était « jamais livré à aucune activité politique ». Pourtant, le 30 juin 1943, il fut inculpé de propagande étrangère et incarcéré à la prison de la Santé. Le proviseur, le 2 juillet 1943, demanda en vain sa libération en raison de sa « valeur professionnelle » et du handicap pour ses élèves à la veille des concours. Finalement, il obtint un non-lieu et fut libéré de la prison de Fresnes le 15 mars 1944. Denise La Fleur, alors rédactrice aux affaires de Sûreté générale à la Préfecture de police de Paris, indiqua dans son témoignage pour le Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale avoir « contribué à faire sortir Adler de Fresnes ». Cette période de Résistance aux contours mal définis fut validée en 1947 quand la Médaille de la Résistance lui fut décernée. Sa qualité de responsable du Front national universitaire du lycée Condorcet (avec Maurice Conquéré et Mazier), puis rédacteur en chef de L’Université libre reparue en 1944, devenue organe du FNU en février 1945, était en revanche avérée. À cette époque, il était responsable de la presse avec Jean Roulon dans le comité directeur de l’Union française universitaire. En 1948, il fit partie du comité directeur provisoire de Notre Droit, revue de l’Association des anciens combattants de la résistance de l’Éducation nationale.

André Adler retrouva sa classe de mathématiques spéciales au lycée Condorcet et la conserva jusqu’à sa prise de retraite, en 1972.

Il participa à une mission d’études durant deux mois en Grande-Bretagne en 1946, dans le cadre des réflexions sur un projet de réforme de l’enseignement. Il fut candidat grand électeur aux élections du 24 novembre 1946, dans le 9e secteur de la Seine, sur une liste du Parti communiste français

Militant du Syndicat national de l’enseignement secondaire, il publia dans L’Université syndicaliste du 15 janvier 1947 un article titré « Le problème laïque dans les lycées » précédé par un préambule de Jacqueline Marchand qui le présentait comme « notre collaborateur », spécialiste des œuvres péri et postscolaires. Il indiquait que : « Les professeurs, pour n’avoir pas été mêlés aussi étroitement aux luttes locales et pour n’avoir pas été, comme les instituteurs, en butte aux mêmes attaques acharnées, n’ont pas toujours compris toute l’importance de la bataille laïque. » Il notait que des aumôniers voulaient retrouver les avantages qu’ils avaient eu sous l’État français et expliquait que « la discussion qui s’est instituée dans le pays et dans la Constituante sur le pluralisme scolaire et les subventions à l’enseignement privé leur ont prouvé à quel point l’enseignement secondaire était en péril » puisque « l’enseignement secondaire public ne groupe actuellement que la moitié des enfants, faute, bien souvent, de locaux ou de crédits pour créer de nouveaux établissements. Tout système de proportionnelle scolaire aurait donc sur l’enseignement secondaire des conséquences encore plus néfastes que sur l’enseignement primaire. Par voie de conséquence, il ravalerait tout le niveau des études supérieures et porterait un coup dangereux au rayonnement intellectuel de la France. » Il concluait qu’il fallait aider la Fédération de œuvres laïques et la Ligue de l’enseignement, et inviter les garçons et filles à se « dévouer aux jeunes enfants des masses populaires » dans les « Francs camarades ».

Il était alors très impliqué dans divers mouvements de jeunesse : secrétaire général de l’Association départementale de la Seine des Francs et franches camarades, et de ses patronages laïques, membre du conseil d’administration des Amis de l’enfance, et vice-président, en 1952, de la Fédération de la Seine des Œuvres laïques scolaires, post et péri-scolaires d’éducation et de solidarité sociale. II écrivit en 1949 un article sur « Le mouvement des Pionniers en U.R.S.S. Ses rapports avec l’école », dans la revue Enfance.

Toujours militant communiste en 1959, le secrétariat du PCF le désigna le 18 septembre, membre de la commission laïque auprès du Comité central au titre de la Ligue de l’enseignement.

Après 1968, il co-présida le jury du CAPES de mathématiques et fit partie du jury du Concours général.

Dans sa dernière année d’enseignement, le recteur décida de baisser sa note administrative de 20 à 19. Il protesta et la note maximale de 20 fut maintenue. Le recteur s’en expliqua : « Nous risquons, compte tenu des appartenances politiques de Adler, des articles dans toute la presse de gauche. »

André Adler était resté célibataire, habitait depuis 1936, 61 rue des Martyrs, Paris (IXe arr.) et décéda à la résidence Denis Forestier de la MGEN à La Verrière.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article90159, notice ADLER [dit BRESSE] André, Henri, Léon par Alain Dalançon, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 9 décembre 2019.

Par Alain Dalançon

André Adler
André Adler
Assis au milieu de ses élèves de la taupe Laplace à Caen en 1932

SOURCES : Arch. Nat., AJ/16/8888, 72/AJ/57, 1911, F/17/27599. — APPO, 77W854 275906, 1496-31270, dossier Deauze. — Arch. IRHSES (L’Université libre, Brochure de l’ACREN, 1948). — Arch. SHD, liste des résistants homologués (dossier GR 16 P/3286). — Archives du comité national du PCF. — Bulletin de la ville de Paris du 6/02/1919. — Journal officiel de 1926 et 1933. — Gérard P. Michon, La Taupe Laplace, Lycée Malherbe de Caen (et Lycée Victor Hugo, depuis 1987), © 2005-2017, numéricana.com. — Pierre Albertini, « Les juifs du lycée Condorcet dans la tourmente », XXe siècle, 2006/4, p. 81-100. — Etat civil Paris (IXe arr.) . — Notes de Jacques Girault et Gilles Morin.

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