ALLÈGRE Aimé [ALLÈGRE Bertin, Aimé]

Par François Roux

Né le 18 avril 1876 à Villes-sur-Auzon (Vaucluse), mort le 2 mai 1940 à Villes-sur-Auzon (Vaucluse) ; instituteur syndicaliste, un des pionniers de la section socialiste du Vaucluse dont il fut secrétaire fédéral de 1919 à 1924.

Fils de François Allègre, cultivateur, républicain convaincu, et de Marie-Thérèse Vève, sans profession, Aimé Allègre, après son brevet supérieur, s’engagea de 1895 à 1898 ; à son retour, il fut instituteur à Cavaillon puis à Malaucène, en 1901, et Avignon en 1911. Marié à Caseneuve le 7 septembre 1901, avec Esther Niot, institutrice, il signa le manifeste syndicaliste de 1905 et celui de Chambéry en 1912 : convoqué à ce sujet par l’Inspecteur d’académie, à la suite d’une demande de réprimande du préfet de Vaucluse, il déclara « réprouver les thèses antipatriotiques et antimilitaristes », fidèle aux idées de Jaurès sur la complémentarité du patriotisme et de l’internationalisme. En effet, dès 1902, il avait adhéré au Parti socialiste français, en compagnie d’Alexandre Blanc et participé aux luttes de tendances contre les guesdistes et les vaillantistes qui avaient formé plusieurs groupes dans le Vaucluse.

Candidat SFIO aux cantonales de 1907 et 1913 à Mormoiron, Aimé Allègre fut secrétaire fédéral adjoint du parti vauclusien de 1912 à 1914. À ce titre il suivit la campagne électorale de Gourdeaux en 1914. Mobilisé dès le 2 août, comme sergent, sa tenue fut celle d’un patriote. Gazé sur les champs de bataille de Champagne, en octobre 1915, il termina la guerre comme adjudant.

Reprenant son poste d’instituteur à Avignon avec sa femme, en 1920, Aimé Allègre fut un maître estimé. Artisan de la transformation de l’Amicale en syndicat il fut membre du premier bureau en qualité de secrétaire de l’autonome. Un rapport de l’Inspecteur d’académie au ministre, du 22 novembre 1921, le signalait comme ayant adhéré « à la IIIe Internationale et, à ce titre, menacé de l’avertissement prévu par la circulaire du 18 mai 1921 ». En fait, secrétaire fédéral SFIO du Vaucluse depuis 1919, il avait donné sa démission deux mois après le congrès de Tours, refusant d’adhérer à la SFIC, s’écartant ainsi de la majorité des membres de sa Fédération. Il fut un des 204 signataires de la motion du Comité de la reconstruction de l’Internationale publiée dans Le Populaire du 17 novembre 1920. Il redevint peu après secrétaire d’une SFIO fort appauvrie dans le Vaucluse en même temps que secrétaire de la section d’Avignon.

Candidat aux cantonales d’Avignon-Sud, en 1922, Aimé Allègre fut devancé par le communiste Midol et n’obtint que 340 suffrages sur 2 739 votants.

En 1924, désigné comme candidat socialiste sur la liste du Cartel, il céda sa place à Louis Gros. Paul Gorvel le remplaça comme secrétaire fédéral et Vaillandet comme secrétaire de la section d’Avignon. Était-ce le signe de remous au sein du Parti ? L’année suivante, en effet, à la suite de la démission des élus socialistes du conseil municipal d’Avignon, de violentes discussions divisaient la section locale : Aimé Allègre, accusé d’avoir intrigué contre Louis Gros, le député maire démissionnaire, pouvait d’autant mieux se justifier qu’il apparaissait toujours aux yeux de tous comme aussi désintéressé pour lui-même qu’ambitieux pour sa « vieille maison »...

Syndicaliste actif, il participa au meeting des fonctionnaires vauclusiens de février 1926 et présida celui du 19 décembre où Charles Laurent prit la parole. Au congrès fédéral socialiste de février 1927, sur le problème de la réforme électorale, il fut, avec Armel Estève, contre Pierre Vaillandet, un défenseur de la représentation proportionnelle.

Toujours au service du Parti, y compris dans les batailles perdues d’avance, Aimé Allègre fut à nouveau candidat aux cantonales de janvier 1928 à Avignon-Sud, obtenant 555 voix sur 3 143 votants. En 1929 il prit sa retraite dans son village natal, souffrant déjà du mal qui devait l’emporter et des séquelles de la guerre. Deux ans plus tard il était élu maire de Villes-sur-Auzon mais battu aux cantonales de Mormoiron, recueillant 356 suffrages sur 1 261 votants. Il n’apparaissait plus au premier plan des congrès fédéraux d’un parti ébranlé par les luttes de tendances...

Cependant, après 1934, avec la menace fasciste, Aimé Allègre remonta aux premières lignes du combat politique, encouragé et soutenu par une épouse qui partageait ses convictions socialistes. Il prenait la parole en quelques occasions importantes : au congrès fédéral de Pernes, en septembre 1935 ; à la manifestation d’Althen-les-Paluds, en juillet 1935, où, selon le rapport de police, « l’apôtre de la Fédération du Vaucluse » évoqua le grand nom de Jaurès ; à la réunion commémorative de la Commune, le 22 mars 1936, à Avignon, où il monta à la tribune, avant Vaillandet et Lussy...

Réélu maire de Villes en 1935, Aimé Allègre fut désigné comme candidat aux législatives de 1936, dans la circonscription de Carpentras. Arrivé en seconde position derrière le radical Guichard, avec 3 056 voix sur 10 211 votants et 9 054 suffrages exprimés, il observa au second tour la discipline de Front populaire et se désista pour Guichard. En 1937, candidat aux cantonales à Mormoiron, il échoua cette fois de peu, réunissant 614 voix sur 1 401 suffrages exprimés. Déçu par Munich, peut-être même par la politique extérieure qu’avait menée Léon Blum, son anticommunisme originel fut renforcé par le pacte germano-soviétique dans lequel il vit l’annonce de la conflagration imminente.

Il n’eût pas le temps d’assister à l’effondrement du régime. Il s’éteignit à Villes-sur-Auzon le 2 mai 1940.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article90488, notice ALLÈGRE Aimé [ALLÈGRE Bertin, Aimé] par François Roux, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 4 janvier 2022.

Par François Roux

SOURCES : Arch. Nat. F7/13091. — Arch. Dép. Vaucluse, IM 817, 840, 841, 3M 285, 311, IOM 30. — Le Congrès de Tours, édition critique réalisée par Jean Charles, Jacques Girault, Jean-Louis Robert, Danielle Tartakowsky, Claude Willard, Édit. Sociales, 1980. — Réveil Vauclusien, coll. Bibl. Musée Calvet, années 1927-1928. — A. Autrand, Statistiques des élections parlementaires et des partis politiques en Vaucluse de 1848 à 1928. Macabet, Vaison, 1930, prolongé jusqu’en 1936. — A. Autrand, Le Conseil général de Vaucluse de 1800 à 1936, Avignon, Auzac, 1936. — Compère Morel, Grand Dictionnaire socialiste,, Paris, 1924 — Renseignements communiqués par M. Allègre fils.

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