ALQUIER Henri, Augustin, Irénée

Par Jacques Girault

Né le 28 juin 1898 à Hyères (Var), mort le 16 octobre 1950 à Saint-Tropez (Var) ; matelot-chauffeur « mutin de la Mer Noire » ; conseiller général du Var (1922) ; communiste par la suite.

Son grand-père, Augustin, Félicien Alquier, né à Hyères en 1848, contremaître canonnier en retraite, garde-chasse au domaine du Plan-du-Pont, membre du Parti communiste, candidat aux élections municipales d’Hyères sur la liste du « Bloc ouvrier et paysan », avait indiqué sur le bulletin, « victime du capitalisme ». Le 5 mai 1925, il obtint 147 voix sur 3 537 inscrits.

Fils d’une tailleuse et d’un père, maçon, devenu surveillant des travaux de la ville d’Hyères, Henri Alquier, qui exerçait la profession de ferblantier, s’engagea dans la Marine pour trois ans, le 30 octobre 1916. Chauffeur, embarqué sur l’Ernest Renan à partir du 26 juillet 1918, il avait connu la campagne de la Mer Noire. Il fut affecté sur le cuirassé Voltaire. Ce bâtiment en réparations depuis cinq mois à l’Arsenal de Sidi-Abdallah (Tunisie), avait commencé à compléter son équipage à partir du 3 juin 1919.

Le 11 juin, les hommes apprirent qu’il devait appareiller pour Constantinople. Le 19 juin puis le 20 juin, l’équipage se rassembla sur la plage-arrière et quatre matelots furent désignés pour demander des permissions et exiger le retour à Toulon : Henri Alquier, Le Brat, Pierre Vottero et Georges Wallet. Après une entrevue avec le commandant, ils rendirent compte dans l’après-midi du 20. Henri Alquier aurait personnellement dit au commandant : « C’est une guerre inconstitutionnelle » et aurait fait circuler une lettre destinée aux députés. Lors du rassemblement, il aurait dénoncé les brutalités des officiers et aurait exprimé son refus d’aller en Russie, « que les bourgeois y aillent s’ils veulent » aurait-il dit. Il aurait proposé de ne pas reprendre le travail, d’assurer la sécurité et l’entretien du navire et de ne pas embarquer de charbon et de munitions. A la fin du rassemblement, il aurait lancé un avertissement à ses camarades « surtout si nous sommes ramassés, continuez à tout prix le mouvement ». Le 22, à la suite d’une nouvelle réunion, il fut arrêté avec ses camarades. Le 24 septembre, commença la réunion du conseil de guerre maritime permanent de l’arrondissement algéro-tunisien. A la demande du commissaire du gouvernement, le procès se déroula à huis-clos en raison de pièces « dangereuses pour l’ordre et les mœurs ». Un « oui » à l’unanimité fut donné aux deux questions : complot « contre le commandant » et « contre la sûreté du bâtiment ». Henri Alquier fut condamné à vingt ans de détention, à la dégradation militaire et au remboursement des frais. Son pourvoi était rejeté le 6 octobre 1919 et la peine entra en application à compter du 19 juin 1919.

Henri Alquier, interné à la maison centrale de Clairvaux par décision ministérielle du 11 juin 1921, obtint une réduction de peine de cinq ans. Selon André Marty il y montra de « l’énergie et l’esprit de décision » et « sa passion de l’action ».

Une importante campagne pour l’amnistie pleine et entière commença dans la gauche française et prit un aspect particulier avec la candidature d’Alquier au conseil général dans le canton d’Hyères. Le conseiller général sortant était Moulis, maire de droite de la ville. Les partis socialiste et communiste, la Ligue des droits de l’Homme, la Loge maçonnique décidèrent de présenter la candidature d’Alquier. Un vaste comité fut constitué pour soutenir « Henri Alquier, enfant d’Hyères, marin de la Mer Noire ». Son secrétaire était le frère d’Henri Alquier, Jean, Marie, Claudius (1897-1937), marié en juin 1921, cuisinier puis épicier. Le 14 mai 1922, Henri Alquier l’emportait avec 1 823 voix sur 5 067 inscrits. Son adversaire demanda aussitôt l’annulation en raison de son inéligibilité. Le Conseil d’État annula cette élection le 4 août 1922.

Henri Alquier venait de bénéficier d’une libération anticipée et venait d’être affecté, le 4 août au premier Dépôt des Équipages de la Flotte à Cherbourg. Cette annulation lui fut notifiée ; d’autre part, il n’avait pas atteint les vingt-cinq ans requis pour être éligible.

Une nouvelle élection devait avoir lieu le 25 octobre 1922. Le comité avait décidé de présenter Marty. Le 10 octobre, Henri Alquier vint passer dix jours de permission dans sa famille. Il en profita pour collecter des fonds pour soutenir la nouvelle candidature.

Henri Alquier, libéré de ses obligations militaires, se maria à Trèbes (Aude), en janvier 1923 avec sa marraine de guerre. Il reprit son emploi d’ouvrier plombier à Hyères. Il participa au rassemblement de Saint-Raphaël (Var), le 13 mai 1923 du « Bloc des rouges ». Inscrit au carnet B, il participa avec Marty à des réunions pour l’amnistie, dans le Var, en décembre 1923.

Membre du Parti communiste, il figurait sur la liste du Bloc ouvrier et paysan et obtint le 3 mai 1925, 148 voix sur 3 537 inscrits aux élections municipales d’Hyères. Il avait indiqué « victime du capitalisme » sur le bulletin.

Henri Alquier participa en août 1925 à la campagne contre la guerre du Maroc. Il avait quitté Hyères pour Saint-Tropez où il avait trouvé un emploi de pontonnier, au début de 1925, il continua à militer de façon irrégulière dans le Parti communiste. En 1940, il travaillait comme plombier. Invité à la réunion organisée pour le trentième anniversaire de la révolte de la Mer Noire, il ne put venir : il subissait alors depuis quatorze mois un traitement aux rayons X. « Vive le PC » écrivait-il à André Marty. Il demanda : « obsèques civiles. Pas de discours. Pas de parade. Je suis un des petits qui s’en ira parmi les petits ».

André Marty lui consacra un article dans Le Petit Varois, le 9 novembre 1950. Il indiquait notamment qu’Henri Alquier était atteint d’un cancer à la gorge.

Le frère d’Henri Alquier, Jean, Marie, Claudius Alquier fut aussi un militant de Hyères, ainsi qu’un autre Alquier, Henri, Emmanuel Alquier , sans lien de famille avec les précédents.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article90566, notice ALQUIER Henri, Augustin, Irénée par Jacques Girault, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 4 mai 2019.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F7/13090 et 13165. — Arch. Dép. Var, 2 M 5 25 1 ; 2 M 7 30 2, 2 M 7 35 2 ; 3 Z 4 29. — Presse locale. — Divers ouvrages dont celui d’A. Marty. — Sources orales dont F. Daucros et L. Thomazo. — Archives A. Marty, AIV, lettre du 8 avril 1949.

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