ALQUIER Henriette [ ALQUIER Marie, Henriette Germaine, Philomène, née CLERGUE Henriette]

Par Jean Sagnes

Née le 25 janvier 1898 à Sète (Hérault), morte le 27 mars 1995 à Montpellier (Hérault) ; institutrice ; militante communiste et syndicaliste.

Henriette Clergue était fille de militant : son père, socialiste SFIO de 1905 à 1920 puis communiste à partir de cette date, avait été révoqué lors de la grève de 1910 puis réintégré en 1916. Élève de l’EN de Montpellier (1915-1918), Henriette Clergue fut institutrice dans l’Hérault successivement à Celles de 1919 à 1922, à Vias de 1922 à 1937 et à Béziers de 1937 à 1955. Elle adhéra au PCF en 1922 puis se maria cette même année, avec Paul Alquier.

Henriette Alquier milita également dans le Syndicat des membres de l’Enseignement laïque de l’Hérault (CGTU) à partir de sa constitution en octobre 1924.

En 1925, elle était chargée par le congrès de Paris de son syndicat de préparer un rapport sur « Maternité, fonction sociale ». Henriette Alquier signa ce rapport qui fut lu au congrès de Grenoble (6-8 août 1926) et publié dans le n° 36 du Bulletin des Groupes féministes de la Fédération de l’Enseignement encarté dans l’École émancipée du 27 février 1927. Le rapport se prononçait pour l’enseignement des procédés anticonceptionnels et ne condamnait pas l’avortement. Évoquant la société future, Henriette Alquier écrivait que la jeunesse saurait « limiter les proportions de la famille aux moyens d’existence, à l’état de santé de la mère et à son libre consentement ». Pour lever toute équivoque, elle précisait : « Les procédés anticonceptionnels ne lèsent personne : ils sont inoffensifs quant à la vie physiologique de l’homme ou de la femme ; et il serait puéril de prétendre que détruire un spermatozoïde, une cellule, c’est attenter à une vie humaine ! Le souci de cette liberté de la maternité a poussé nos camarades russes à accepter le principe du droit à l’avortement chirurgical. Beaucoup de braves gens s’en sont indignés. Mais nous pensons que, chez une génération éduquée, on aurait recours à cette pratique rarement et bien plus rarement surtout qu’actuellement, bien qu’elle soit réprimée très sévèrement ».

Ce rapport déchaîna un tollé général chez les « bien-pensants » qui réclamèrent des poursuites contre Henriette Alquier, mère d’une petite fille, en application de la loi de 1920. Le ministre de l’Instruction Publique, Édouard Herriot, promit des poursuites et déclara qu’en cas d’acquittement il sévirait contre Henriette Alquier, administrativement. La Fédération de l’enseignement soutint à fond Henriette Alquier, édita 50 000 tracts, organisa des réunions, mena une campagne de presse. Elle présenta sa candidature avec celles de Raoul Calas et Irène Cadourcy, victimes également de la répression administrative, aux élections au Conseil supérieur de l’Instruction publique le 9 novembre 1927.

Le procès d’Henriette Alquier et de Marie Guillot, gérante de l’École Émancipée, eut lieu à Saumur le 10 décembre 1927. Les deux militantes furent acquittées le 17 décembre.

En 1928, pour avoir refusé, sur mot d’ordre syndical, d’être inspectée par l’inspecteur primaire en présence du directeur d’école, Henriette Alquier fut blâmée par son administration ainsi que son mari qui avait eu la même attitude. Durant cette période, elle milita également au Parti communiste et fut, de 1927 à 1931, trésorière de la Région du Languedoc. Par la suite, elle demeura adhérente sans assumer de responsabilités particulières.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article90568, notice ALQUIER Henriette [ ALQUIER Marie, Henriette Germaine, Philomène, née CLERGUE Henriette] par Jean Sagnes, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 28 septembre 2020.

Par Jean Sagnes

SOURCES : Arch. Nat. F7/13130, F7/13748. — Le Travailleur du Languedoc, 1927-1931. — L’Avant-Garde syndicaliste, 1925-1928. — L’École Émancipée, 1926-1927. — François Bernard, Louis Bouet, Maurice Dommanget, Gilbert Serret, Le Syndicalisme dans l’enseignement, Histoire de la Fédération de l’enseignement des origines à 1935. Présentation et notes de Pierre Broué, 3 vol., Institut d’études politiques, Grenoble. — Interview d’Henriette Alquier le 7 mars 1978. — Anne-Marie Sohn, Féminisme et syndicalisme. Les institutrices de la Fédération unitaire de l’enseignement de 1919 à 1935, Thèse de 3e cycle, Nanterre, s.d. — Ch. Bard, Dictionnaire des féministes, op cit., fiche par Anne-Marie Sohn. — D’une révolte à une lutte, 25 ans d’histoire du Planning familial, collectif, éditions Tierce, 1983.

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