ARRIGHI Victor-Noël

Par René Gallissot, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 25 décembre 1900 à Saint-André Catone (?) Corse,, mort, le 9 avril 1945 à Paris (XVIe arr.) ; responsable communiste passé au PPF dont l’activité s’exerça en France et en Algérie.

Les deux frères cadets de Victor-Noël Arrighi militèrent également, selon la police, au Parti communiste : Pierre né en 1906 et Paul né en 1910. Son père (prénommé Félix ?) présida des réunions communistes en 1929. La famille, de petits fonctionnaires, vécut à Oran (Algérie) puis à Paris, 17, impasse Decrès, XIVe arr. Victor-Noël Arrighi poursuivit ses études à l’École primaire supérieure J.-B. Say ; il obtint le Brevet élémentaire et le Certificat d’études primaires supérieures. À dix-sept ans, alors qu’il était boursier à J.-B. Say, il fut arrêté une première fois, avenue des Champs-Élysées, pour « outrages, rébellion et excitation à la rébellion à agents » : avoir jeté des pierres sur les policiers aux prises avec des grévistes. L’affaire n’eut pas de suite. V.-N. Arrighi était alors membre de la Ligue d’action démocratique et sociale, et, en 1918, de la Ligue des jeunesses d’action républicaine et sociale.

C’est en 1923, après son service militaire dont il fut libéré avec le grade de sous-lieutenant qu’il adhéra au Parti communiste (14e section-Paris). Il était employé aux Galeries Lafayette dont il sera renvoyé en décembre 1924 pour « agitation révolutionnaire » : il aurait fondé la cellule communiste n° 40. Arrighi devint alors en 1925 permanent comme propagandiste de la Commission d’Agit-Prop (Agitation Propagande) du Parti communiste et secrétaire administratif du bureau d’organisation ; il prit la parole dans plusieurs meetings en janvier 1925, notamment à Marseille et à Nîmes. C’est en mission de propagande, lors de la campagne contre la guerre du Rif, qu’il se trouva envoyé en Algérie ; il fut arrêté à Alger le 13 juillet 1925 et inculpé « de provocations de militaires à la désobéissance » puis condamné le 14 octobre à 100 F d’amende et deux ans de prison qu’il passa à la prison Barberousse d’Alger. Le Bureau politique réuni le 7 août 1925 décida de proposer Arrighi comme candidat aux élections municipales complémentaires du XIXe arr. de Paris, dans le cadre d’une campagne contre la répression (Bibliothèque marxiste de Paris, bobine 95). Présenté par le Parti communiste comme candidat au conseil d’arrondissement à Aulnay-sous-Bois (Seine-et-Oise), il fut élu mais invalidé ; il le sera une seconde fois en août 1926 et de nouveau invalidé ; il était alors compté parmi les membres du Comité fédéral de la région parisienne du Parti communiste. Le 9 janvier 1927, les communistes de Seine-et-Oise le présentèrent aux élections sénatoriales en troisième position de la liste.

Libéré de prison, il rentra à Paris en juillet 1927, et le Parti communiste lui confia la direction du bureau latin du Secours rouge international, et, en 1928, il assuma également la direction du bureau balkanique ; il fut aussi rédacteur à La Voix paysanne, aux Cahiers du Bolchevisme et il était en outre secrétaire du Comité de défense des victimes du fascisme ; il fut enfin candidat aux élections législatives d’avril 1928, dans la 2e circonscription de Seine-et-Oise (5 879 et 7 140 voix sur 18 641 inscrits). Il avait, au comité régional du 13 novembre 1927, émis des réserves sur la tactique électorale du Parti : « Je pense que vis-à-vis des socialistes nous allons un peu trop loin » (Bibliothèque marxiste de Paris, bobine 254). En juin 1929, Arrighi entra comme secrétaire de direction à la Banque ouvrière et paysanne, organisme financier du Parti communiste ; à la fin juillet, il en devint secrétaire général et remplaça ensuite Georges Marrane comme administrateur délégué. Son attitude à la BOP fut discutée au Comité central communiste du 8 septembre 1929 : Sémard indiqua que ses entretiens avec Seux et Arrighi n’étaient « pas de nature à nous tranquilliser » (Bibliothèque marxiste de Paris, bobine 328). Dans une lettre au secrétariat du parti, Arrighi avait écrit le 24 août 1929 : « Depuis plusieurs semaines je suis l’objet, pour des raisons trop faciles à comprendre si l’on considère les fonctions que j’occupe, d’attaques non déguisées dans le but de me discréditer devant le parti. » (RGASPI, 495 270 8025).

Il est possible qu’il ait conservé des liens avec la région communiste d’Algérie ; en tout cas, il demeurait l’un des principaux dirigeants du Secours rouge international dont il était membre du comité exécutif de la section française.

Cependant, à partir de 1930, Arrighi abandonna ses responsabilités dans les organismes liés au Parti communiste et il apparut dans la mouvance du Parti radical ; il devint, en 1933, agent électoral du maire de Courbevoie, Grisoni. De 1934 à 1936, il est chef du bureau des œuvres sociales à la mairie de Courbevoie, ville de banlieue où il habitait dorénavant. C’est en 1936 qu’il adhérera au Parti populaire français (PPF) qui en fit son « délégué général pour l’Algérie et l’Afrique du Nord » où il se rendit fréquemment en tournées de propagande. Arrighi épousera une oranaise, Anne Poggi, dont il divorcera pour se remarier en 1944 avec sa nièce, Jeanine Poggi. Il apparaît ainsi lié au milieu colonial d’extrême droite particulièrement virulent dans l’Oranais. Financier du Parti, il accepta de son ami personnel, le dirigeant fasciste italien Ciano, la somme de 300 000 francs, pendant l’été 1938 (selon V. Barthélémy, op. cit.). En désaccord avec Doriot, il démissionna du PPF en décembre 1938 ; en 1943, il appartenait de nouveau à ce parti et était en relations avec Paul Marion, secrétaire d’État à l’Information du gouvernement de Vichy. Par ailleurs, Arrighi, qui résidait à Paris, était entré en 1938 à la direction de la Société tunisienne de l’hyperphosphate Reno dont il devint même le directeur en 1939. Il sera arrêté à la Libération pour collaboration et interné au camp de Drancy en novembre 1944, mais transféré par suite de son mauvais état de santé à l’hôpital Ambroise-Paré, puis assigné à résidence à son domicile, 21, boulevard Delessert dans le XVIe arr. où il mourut le 9 avril 1945 « d’une crise d’angine de poitrine ».

Après son décès, d’anciens militants communistes livrèrent leur témoignage sur l’action d’Arrighi à la Banque ouvrière et paysanne. Albert Vassart émit des doutes : « Seux et Arrighi, me donnèrent bientôt des raisons de penser qu’ils accomplissaient à l’intérieur même de la BOP un travail de sape préparant la liquidation » (Souvenirs inédits de Vassart).

Henri Barbé se fit plus précis : Arrighi, « extrêmement brillant, intelligent et très intrigant » fut avec Robert Seux administrateur adjoint de la BOP créée à l’initiative de Georges Marrane qui assura la fonction d’administrateur général. « En 1929, le gouvernement Tardieu déclencha une violente attaque contre le Parti Communiste et plus spécialement contre la banque. Bien informé, Tardieu sentait que si la banque sautait, l’existence financière du journal l’Humanité, des grandes Fédérations syndicales unitaires étaient mise en cause gravement. D’autre part, l’effet moral d’un krach de la banque sur les petits déposants communistes et sympathisants ainsi que sur l’opinion publique pouvait être décisif.

« Une campagne d’affolement fut donc habilement orchestrée dans la presse. Quelques plaintes furent suscitées contre la banque. Une enquête fut ouverte et la mise en faillite de la création de G. Marrane fut décidée.

« Il est avéré que dans cette grave affaire, les deux administrateurs adjoints : Seux et Arrighi jouèrent à fond et consciemment le jeu du gouvernement. D’ailleurs à la suite de la liquidation de la banque, ni Seux, ni Arrighi ne réapparurent dans le mouvement communiste. En 1936, j’ai eu l’occasion de retrouver Victor Arrighi qui participa avec Doriot et moi à la fondation du PPF. Je lui ai demandé de me confirmer ou d’infirmer son rôle dans l’affaire de la Banque ouvrière et paysanne. Il me confirma qu’il avait agi en liaison avec le cabinet de Tardieu » (Henri Barbé, Souvenirs de militant et de dirigeant communiste, inédit, op. cit., pp. 117-118).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article91158, notice ARRIGHI Victor-Noël par René Gallissot, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 2 décembre 2016.

Par René Gallissot, Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13092, F7/13660, F7/13188, F7/13264. — Arch. Dép. Seine-et-Oise, série M élection non classée. — Bibliothèque marxiste de Paris, 95, 254, 328 (Jacques Girault). — La Lutte sociale. — Danielle Tartakowsky, Les premiers communistes français, op. cit. — Albert Vassart, Souvenir, op. cit. — Henri Barbé, Souvenirs de militant et de dirigeant communiste, op. cit. — Victor Barthélémy, Du communisme au fascisme ; l’histoire d’un engagement politique, Paris, 1978. — Liste noire n° 2, n° d’ordre 202 A, photographie, décembre 1933, op. cit.. — Epstein Simon, Un paradoxe francais - Antiracistes dans la Collaboration, Antisémites dans la Résistance, Albin Michel, 2008. — Peschanski, Denis, Archives de guerre d’Angelo Tasca, Fondation Giangiacomo Feltrinelli, Editions du CNRS, Paris, 1986. Pages 16, 379, 393, 404, 406, 490, 495, 496, 497, 519, 542 et 587. — Chantal Metzger, L’Empire colonial français dans la stratégie du Troisième Reich, 1936-1945, Bruxelles, PIE Peter Lang, 2002

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