AUCOUTURIER Jean-Baptiste, Joseph

Par Abderrahim Taleb-Bendiab, Georges Rougeron, Jean Noël Dutheil.

Né le 26 mai 1903 à Montluçon (Allier), mort le 23 septembre 1994 à La Rochelle (Charente-Maritime) ; ouvrier caoutchoutier puis commerçant ; responsable de la XVe Entente des Jeunesses Communistes 1921-1925 ; animateur de la campagne contre la guerre de Rif et de Syrie puis emprisonné 1925-1927 ; secrétaire du rayon communiste de Montluçon 1927-1935.

Né dans une famille ouvrière, son père était forgeron. Syndiqué à 16 ans. Mouleur, Jean Aucouturier adhéra à l’Union Centrale des métallurgistes de Montluçon. Il cotisa jusqu’en août 1922 date à laquelle il fut annoncé comme partant à l’usine Dunlop pour devenir ouvrier caoutchoutier. En septembre 1922, il fut considéré avec Louis Vénuat comme « jeunes espoirs montluçonnais ». A 20 ans, il fut l’un des dirigeants de la grève menée à Dunlop par les unitaires. Ses interventions contribuèrent à lancer le mouvement, mais face à une Direction inflexible, il fut licencié en 1923.
Jean Aucouturier fut, à partir de 1921, l’un des animateurs des Jeunesses Communistes de la XVème Entente, c’est lui qui présida la matinée du 2ème congrès National des Jeunesses Communistes tenu à Montluçon (14 et 15 mai 1922), il intervint dans la discussion du 4ème congrès National, approuvant l’exclusion de Lemire comme « caractéristique de l’état d’esprit des démobilisés qu’il faut changer » (26 décembre 1924). D’après un rapport du Commissaire spécial de Montluçon, il fit partie de l’échauffourée de la rue Danrémont qui opposa les communistes du XVIII arrondissement à des groupes fascistes des Jeunesses Patriotiques. Il fit partie d’un groupe envoyé en juin et juillet 1925 pour animer la campagne de propagande contre la guerre du Rif (Maroc) ce qui lui valut d’être arrêté le 13 juillet 1925, inculpé avec Lozeray et Arrighi de « provocations militaires à la désobéissance », ils furent condamnés par le tribunal militaire d’Alger à deux années de détention. Au moment du prononcé du jugement, il s’écria « A bas la guerre du Maroc ». Il purgea sa peine à la prison Barberousse (Alger), ses deux ans de détention, furent l’occasion pour le Parti Communiste de l’Allier de développer à la fois une campagne de solidarité pour sa libération et contre les guerres coloniales au Maroc et en Syrie. Libéré le 12 juillet 1927, les sections bourbonnaises du Secours Rouge International le soutinrent passionnément. Son accueil fut l’occasion d’une manifestation à Montluçon, immédiatement après, il participa à une tournée de propagande dans la région Centre.
Il s’établit commerçant forain en alimentation, il épousa, le 13 août 1927, Raymonde Bonnemère, fille de Victor, militant communiste à Montluçon.
En 1927, il reprit son activité politique en devenant secrétaire du rayon de Montluçon, responsabilité qu’il conserva huit ans. Aucouturier, en tant que JC, avec Vénuat et Desphilippon, furent les trois nouveaux dirigeants qui entrèrent au Bureau régional du PC, chargés de dynamiser les Bourbonnais. Il s’occupa plus particulièrement de l’éducation et l’organisation des jeunes et fut conscient de l’importance du rôle d’un groupe artistique : « La Prolétarienne artistique montluçonnaise » composée de membres des JC. Elle joua « La Fraternisation » une pièce qu’il avait écrite. Elle fut représentée plusieurs fois dont une face aux familles et aux enfants de la colonie d’Alfortville. Par contre son activité en milieu rural fut plus ou moins bien réussie.
Le 14 octobre 1928, candidat du BOP au Conseil général dans le canton de Montluçon-ouest, il affronta le député SFIO, Paul Constans, réalisant 40% ; candidat aux élections municipales du 5 mai 1929 sur la liste communiste conduite par Louis Vénuat, 2e position ; aux élections législatives de mai 1932 dans la circonscription de Montluçon-ouest, il obtint 3 152 voix sur 16 122 votants.
Le 27 janvier 1934, au meeting de l’ULU avec Racamond, devant 800 personnes, il montra « la trahison des chefs réformistes et socialistes à l’égard des travailleurs ». Lors des querelles intestines, il eut pour habitude d’en référer aux dirigeants de Paris, c’est ainsi qu’il épura systématiquement les militants qui ne suivaient pas les consignes ; Louis Vénuat, Alphonse Ladrey, Louis Mazataud et Ferrand furent expulsés pour indiscipline. Il conduisit la liste communiste aux élections municipales de 1935 qui échoua avec un petit score. Sa mise en concurrence avec le rayon de Moulins entraîna des tensions avec Marcel Guyot, dirigeant de la Fédération de l’Allier comme sur la question de l’unité où Aucouturier attaquait toujours avec violence les dirigeants socialistes de Montluçon. Il était profondément engagé dans la tactique « classe contre classe », la nouvelle orientation du Parti devait amener sa mise en retraite. En novembre 1935, le Comité Central (C.C) avait perdu confiance suite à une série d’erreurs conséquences des échecs du PC aux élections cantonales, municipales, de plus le C.C. s’estima trompé sur le résultat de son activité (création de cellules « fantômes »). Après huit ans passés comme secrétaire du rayon avec un dévouement incontestable envers le Parti, il fut remplacé par un secrétariat collectif de trois membres : Védrines, Valignat, Duprat.
Jean Aucouturier prit par la suite un commerce plus important et partit s’établir hôtelier en Charente-Maritime, ayant, semble-t-il, abandonné la vie militante. Il décéda à La Rochelle le 23 septembre 1994.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13660. — Arch. Dép. Allier 1M716. — Arch. privées IHS du 03 registre des adhérents de l’UCTM. — Presse : L’Humanité, 1922-1925 ; Le Travail, 1922 ; L’Émancipateur, 1927-1935, passim. — Thèse de Doctorat sous la direction de Jean Paul Brunet, H. Lee, 2002, p. 246, 255, 366 à 369, 487, 536, 581.

Auteur d’une pièce La Fraternisation (avril 1933) dont le thème est le départ au
Régiment de conscrits et de la fraternisation dans la grève des soldats et des ouvriers.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article91388, notice AUCOUTURIER Jean-Baptiste, Joseph par Abderrahim Taleb-Bendiab, Georges Rougeron, Jean Noël Dutheil., version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 9 août 2018.

Par Abderrahim Taleb-Bendiab, Georges Rougeron, Jean Noël Dutheil.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13660. — L’Émancipateur, 1927-1935, passim.

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