GARNIER Noël, Eugène, Numa

Par Nicole Racine

Né le 24 décembre 1894 à Fréjus (Var) de Paul, Louis, Joseph Garnier (pharmacien) et de Marie, Julie, Pascaline Dionis (décédée en mettant au monde, Émile, le frère de Noël, en 1898). Marié, père d’une fille, Pascaline. Mort à Marseille le 30 octobre 1931. Poète, journaliste, membre de l’ARAC, membre du premier Comité directeur de Clarté.

Noël Garnier, poète, ancien officier combattant, décoré pour faits d’armes, devint, en 1919, militant pacifiste. La citation qui lui valut sa Légion d’honneur rappelle qu’il fut « sous-lieutenant au 11e régiment de hussards, détaché au 15e bataillon de chasseurs : Jeune sous-lieutenant, venu, sur sa demande, de la cavalerie dans un bataillon de chasseurs. S’est offert spontanément pour établir la liaison entre deux compagnies placées, le 14 septembre, dans une situation délicate, atteint par trois balles dans la cuisse et une au bras, très grièvement blessé, a réussi en se traînant sur le sol à remplir sa mission (...) ».

Noël Garnier signa le manifeste des intellectuels combattants français (Barbusse, R. Lefebvre, Vaillant-Couturier) de février 1917 qui fut publié deux ans plus tard dans Le Populaire du 17 janvier 1919. Il prit parti pour la Révolution russe et participa en 1919 à l’Hommage à la République socialiste fédérative des Soviets de Russie, publié à l’occasion du 2e anniversaire par la Librairie du Populaire, avec des vers « Épitaphe pour « un » de l’Intervention en Russie » qu’il avait écrits dès 1918. Il publia des poèmes, Le don de ma mère (1920), Place Clichy (1922) et Le mort mis en croix (1926), recueil de poème dédié à Henry Torrès (les derniers poèmes du recueil, « Poèmes du remords » étaient dédiés « à mes amis Pierre Benoît, Henri Béraud et Roland Dorgelès, à mes camarades de l’Association des Écrivains combattants »).

Il milita à Clarté dont il fut membre du premier Comité directeur. Il fut notamment un des organisateurs, avec Victor Cyril et R. Gagey, de la première réunion constitutive de Clarté à Paris, salle des Jeunesses Républicaines du IIIe arr., rue Dupetit-Thouars, le 4 septembre 1919. Il parla à la manifestation de masse organisée par Clarté en faveur de la IIIe Internationale, le 25 janvier 1920. N. Garnier milita également à l’ARAC, il fit partie de ses organismes dirigeants, fut un de ses orateurs les plus écoutés et prit la parole dans de nombreuses réunions. Il appartint à la délégation de l’ARAC lors du congrès international des Anciens combattants, ouvert à Genève le 30 avril 1920, à l’initiative notamment de R. Lefebvre. Membre du Comité de la IIIe Internationale, il signa la motion dite Cachin*-Frossard* du congrès de Tours, décembre 1920.

Collaborateur littéraire du Populaire depuis 1919, N. Garnier dénonça le 21 mai 1920 dans ce journal la perquisition effectuée dans les bureaux de Clarté, lors de l’affaire du « complot ». Peu après, à la suite de propos tenus à une réunion de l’ARAC, N. Garnier était rayé du tableau de la Légion d’honneur (15 juillet 1920) par le ministre de la Guerre, André Lefèvre*. D’après les termes du communiqué du ministre de la Guerre à la presse, N. Garnier aurait prononcé les paroles suivantes : « Entre les mains du général Mangin et celles d’un soldat allemand nous n’hésitons pas. Décorations, palmes et citations doivent être rangées au magasin des accessoires. » Cette radiation fit grand bruit et le cas Noël Garnier fut évoqué à la Chambre des députés le 31 juillet 1920.

Noël Garnier milita au Parti communiste dans lequel il se situa à gauche. Journaliste à l’Humanité, il collabora régulièrement à la « Tribune du Soldat » (voir son retentissant article du 28 juillet 1921 « L’Infâme s’étend »). Le Comité directeur du PC le désigna le 24 octobre 1922 comme secrétaire de rédaction de l’Humanité. Il en fut éliminé fin décembre 1922 pour faciliter l’accession de Tourly à ce poste. À la fin de 1922, après le congrès de Paris du PCF, il se retrouva, avec d’autres jeunes rédacteurs de l’Humanité (H. Torrès, B. Lecache, G. Pioch, V. Méric, Tourly) dans un groupe d’opposition aux décisions du IVe congrès de l’Internationale communiste, groupe qui se rallia à Frossard et au Centre. Le congrès de l’IC avait notamment décidé d’éliminer de la rédaction de l’Humanité les membres de la Ligue des droits de l’Homme, les francs-maçons, et ceux qui, comme Noël Garnier, étaient trop éloignés de la classe ouvrière. Les documents relatifs à cette affaire se trouvent dans les archives d’Humbert-Droz (celui-ci avait été envoyé en France par Zinoviev à la fin 1922 pour résoudre la crise du Parti français). N. Garnier fut exclu du PCF en janvier 1923 en même temps que H. Torrès, B. Lecache, G. Pioch, V. Méric. À la fin de cette même année 1923, N. Garnier fut un des dirigeants nationaux de l’ARAC qui quittèrent cette organisation pour protester contre sa dépendance à l’égard du PC. Il adhéra à l’« Association nationale des Libérés de la Grande Guerre » fondée par Gouttenoire de Toury* (après son exclusion du CC de l’ARAC) en décembre 1923.

Après son exclusion du PCF, N. Garnier se rapprocha du Bloc des Gauches et écrivit dans Le Quotidien, l’Ère Nouvelle, le Petit Provencal. Il aurait été un des partisans à Marseille de Simon Sabiani* (dissident communiste qui s’était fait élire sous l’étiquette de l’Union socialiste communiste aux élections législatives de 1928 et s’était rallié au Parti d’unité prolétarienne fondé à la fin de 1930 avant de le quitter pour fonder un parti « sabianiste »). Un écho paru dans les Humbles, en juin 1925, lui reprochait d’avoir demandé sa réintégration dans l’Ordre de la Légion d’honneur et d’être devenu secrétaire général de l’Association des Écrivains combattants. Après sa mort dans des circonstances mal éclaircies à Marseille en 1931, il fut inhumé dans le petit cimetière des Mayons, localité du Var, dans laquelle sa famille possédait des terres. Sur sa tombe, une plaque de bronze en forme de branche d’acacia porte l’inscription : « L’Association des écrivains combattants à leur camarade Noël Garnier ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article92220, notice GARNIER Noël, Eugène, Numa par Nicole Racine, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 4 juin 2019.

Par Nicole Racine

œUVRE CHOISIE : Le Don de ma mère, poèmes. Préface de Henri Barbusse. Paris, E. Flammarion, 1920, VII-204 p. — Place Clichy, poèmes illustrés de six bois gravés d’après Georges Aucouturier, Paris, Éditions Clarté, 1922, n.p. — Le Mort mis en croix, poèmes, Flammarion, 1926, 187 p.

SOURCES : État civil — Renseignements donnés par le maire de Fréjus (septembre 1977) — État civil mairie de Marseille. — Archives Nationales F7/12893, 12948, 12967, 13053, 13976. — Arch. PPo. B/A 1636. — Arch. Dép. Var, 4 M 59.4.1. — Arch. Institut M. Thorez, microfilms n° 30 et 38 (consultés par Jacques Girault). — Les Humbles juin 1925, juillet 1927, décembre 1931. — Le Crapouillot, mars 1938. — « L’œil de Moscou » à Paris, Jules Humbert-Droz ancien secrétaire de l’Internationale communiste. Julliard, 1964, 269 p. (Archives 2). — Archives de Jules Humbert-Droz I. Origines et début des partis communistes des pays latins 1919-1923. Textes établis et annotés par Siegfried Bahne, Dordrecht, D. Reidal, 1970, XLIV-655 p. — Wohl Robert, French Communism in the Making 1914-1924, Stanford University Press, 1966, 530 p. — Brett VI., H. Barbusse..., Prague, 1963, 376 p. — Caute D., Le Communisme et les intellectuels français 1914-1966, Gallimard, 1967, 477 p. — Histoire de Marseille sous la direction d’E. Baratier, Toulouse, Privat, 1973, 512 p. — Ginsburg S., Raymond Lefebvre* et les origines du communisme français, Paris, Éditions Tête de Feuilles, 1975, 262 p. — Mémoires de Jules Humbert-Droz... — Neuchâtel, La Baconnière, 1969-1973 : tome 2, De Lénine à Staline, dix ans au service de l’Internationale communiste, 1921-1931. — 1971, 509 p. (Dans le dernier tome de ses Mémoires, le Couronnement d’une vie, Humbert-Droz donne un renseignement erroné (p. 431) ; N. Garnier n’a pu devenir gaulliste ni sénateur RPF, puisqu’il est mort en 1931. — Marc Lazar, Origines et débuts d’une organisation du mouvement ouvrier : l’ARAC, 1917-1923, mémoire de maîtrise, 1975, 111 p. Centralisation du Syndicalisme, Paris I. — Notes de M. Dreyfus et de Jacques Girault.

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