GAUVIN Auguste

Par Claude Pennetier

Né le 15 novembre 1875 à Troyes (Aube), mort le 16 avril 1945 à Vierzon (Cher) ; ouvrier bonnetier puis artisan photographe ; dirigeant du Comité pour la IIIe internationale dans le Cher, puis militant communiste.

Auguste Gauvin fut un des militants du mouvement communiste du Cher les plus marquants mais aussi des plus méconnus. Originaire de l’Aube, il ne se signale pas dans le Cher avant 1909. Les rapports de police le décrivaient ainsi : châtain, frisé avec une petite moustache relevée et une barbiche, il mesurait 1,64 m. Sur une photo datant des années 1920, on découvre Gauvin assis à son bureau absorbé par la lecture d’ouvrages théoriques et du journal Clarté ; ses mains puissantes sont celles d’un travailleur manuel mais l’habillement, le visage, l’expression, semblent appartenir à un intellectuel.

Ouvrier bonnetier à Troyes (Aube) jusqu’en 1909, Gauvin exerça la profession de camelot ambulant avant de s’installer comme artisan photographe. Ses déplacements intriguaient la police qui en 1912 fit une enquête : « dans les premiers mois de 1909, il était venu dans notre ville (Bourges) et était descendu dans une auberge de l’Avenue de la gare, en compagnie de quatre autres individus »... « dont Gauvin qui s’était fait inscrire sous le faux nom de Lecomte, paraissait être le chef, (ils) parcouraient la campagne environnante, vendant des savonnettes et propageant leurs théories libertaires. Ils avaient un appareil photographique avec lequel ils prenaient des vues de certains châteaux. Ils s’aperçurent de la surveillance dont les entourait la police municipale ; cela les décida à quitter Bourges pour aller à Montargis où ils se sont fait remarquer vendant du savon à détacher, des vues photographiques. On les vit également en compagnie d’antimilitaristes de cette ville et de militaires du 82e de ligne » (Commissaire spécial de Bourges, 22 juin 1912, Arch. Dép. Cher, 25 M 46).

Gauvin avait eu trois enfants (voir GauvinPlaton) de sa première femme Léonie Meyer, décédée avant 1909. La mère de l’anarchiste berruyer Achille Légeret, en assurait la garde pendant ses déplacements. Chez Légeret, il fit la connaissance d’une jeune institutrice membre du syndicat de l’Enseignement : Mlle Giraud ; elle devint sa femme. En 1910, ils s’installèrent à Brinay (Cher). Selon les rapports de police, ils avaient peu de contact avec la population de cette commune conservatrice. Ils donnèrent asile « à l’anarchiste faux monnayeur Berger qui fut un moment impliqué dans l’affaire de la bande à Bonnot » : Gauvin ne fit plus parler de lui entre 1912 et la guerre, pendant laquelle il fut mobilisé. En 1917, sa femme obtint un poste d’institutrice à Chéry, près de Vierzon.

C’est dans ce village que Gauvin reprit des activités militantes dès sa démobilisation. Enthousiasmé par la Révolution russe, convaincu de la proximité de grands bouleversements sociaux en Europe, il adhéra au Parti socialiste et prit contact avec le Comité de la IIIe internationale. Gauvin croyait à la nécessité d’une scission, aussi n’hésitait-il pas à faire preuve d’intransigeance, comme il l’exprimait dans une lettre au style musclé, adressée à Rappoport, le 27 juillet 1920 : « Je bouscule Bracke et tous les brackistes de la création berrichonne »... « Je piétine les bégonias de notre député-maire d’archevêché et de défense nationale, le socialiste très majoritaire Laudier ». Il fit venir Rappoport à Vierzon, le 31 juillet 1920. L’élection de Gauvin au secrétariat de la section socialiste, permit au Comité de la IIIe internationale de s’exprimer régulièrement dans L’Émancipateur, hebdomadaire socialiste du Cher. En novembre 1920, il écrivait : « Il y a quelques mois, nous avons pris l’initiative de jeter un cri d’alarme et de ralliement au sein de notre vieille, vaillante mais malheureuse Fédération du Cher... » « L’action de la section vierzonnaise n’a pas été sans rayonner sur toute la vie de notre Fédération. ».

Outre ses responsabilités au PS, Gauvin animait au niveau départemental l’ARAC qu’il utilisait pour regrouper les révolutionnaires de Vierzon et de Bourges. Gauvin publia dans l’Émancipateur du 18 juillet 1920, la première contribution sérieuse et argumentée, signée par un militant du Cher, sur le problème de l’adhésion. Pour lui, il n’était plus question de maintenir une unité de façade dans le Parti comme le voulait le courant centriste. Il pensait qu’il était grand temps de rompre avec la droite du Parti, d’où sa conclusion « Il faut, quel que soit le rapport Cachin*-Frossard*, que le Parti socialiste soit ce qu’il était en 1878-1880... Un parti de lutte de classe et de révolution, sans compromission ni dérogation... qu’il aille à la IIIe Internationale et que l’épuration se fasse ». En raison de son attitude rigide, les « centristes » de Vierzon, n’adhérèrent pas au PC contrairement à ceux de Bourges. En février 1921, un rapport de police considérait Gauvin comme « le communiste le plus actif et le plus zélé du Cher ». Pourtant il était isolé face à une commission administrative composée de quatre « reconstructeurs », deux « résistants » et un seul membre du Comité à la IIIe internationale. Gauvin ne siégeait qu’au conseil fédéral, mais son talent d’orateur le fit choisir comme délégué à la propagande de la Fédération communiste du Cher, en mars 1922. Il fut le seul militant communiste du département à prendre parti dans l’Émancipateur pour le « Front Unique » préconisé par l’Internationale. Ne cachant pas son hostilité à la politique du Comité directeur, Gauvin salua en août 1922 comme l’espoir d’une « ère nouvelle » dans le Parti, le retour de Souvarine de Russie et affirma que sous sa direction, le PC serait en accord complet avec l’Internationale. Au congrès départemental du 24 septembre 1922, il fustigea « ceux qui n’ont accepté les 21 conditions que pour mieux les trahir », soutint la motion Frossard-Souvarine et se déclara pour le droit de tendance. En 1924, Gauvin entra en conflit avec la commission exécutive de la Fédération ; en juillet « La CE, après avoir discuté, constate que depuis longtemps, Gauvin ne semble connaître qu’injures et insinuations, vis-à-vis des camarades chargés de la direction de la Fédération »... « Elle ne retient pas une demande d’exclusion proposée par quelques camarades, mais ne pouvant admettre qu’un membre du Parti poursuive un semblable travail condamné par le congrès décide de voter un blâme. » il resta au PC mais n’y joua plus qu’un rôle secondaire. Il influença cependant de jeunes communistes vierzonnais comme L. Gatignon*. En avril 1926, il organisa, avec ce dernier, des réunions de conscrits à Vierzon et Foëcy. Gauvin n’écrivait plus d’articles, aussi il est impossible de le situer par rapport aux tendances du Parti. Vraisemblablement, les activités de son fils Platon Gauvin*, dirigeant communiste de l’Ariège, l’empêchèrent de rejoindre les oppositions de gauche.

En 1929, A. Gauvin quitta le Cher pour travailler comme mécanicien à Dun-le-Poêlier (Indre). Il continua à militer et fut présenté au conseil d’arrondissement, dans le canton de Saint-Christophe-en-Bazeille, en octobre 1931. Il n’avait aucune fonction, mais était souvent sollicité pour prendre la parole dans les réunions publiques locales. En 1933, il rejoignit son fils Platon à Saint-Girons dans l’Ariège, où il participa à la cellule communiste. Gauvin revint à Vierzon en 1937. Pendant l’Occupation, il gagna la zone libre pour échapper à la Gestapo.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article92584, notice GAUVIN Auguste par Claude Pennetier, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 28 décembre 2019.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : A. Gauvin collabora à l’Émancipateur de 1920 à 1924 et au Travailleur socialiste de l’Ariège, en 1923.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13130, F7/13280. — Arch. Dép. Cher, 25 M 46, 25 M 52, 25 M 127, 25 M 135. — L’Émancipateur. — Le Travailleur socialiste de l’Ariège. — Claude Pennetier, thèse, op. cit. — Lettre de son fils Lucrèce Gauvin. — État-cil de Troyes.

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