GILLES Antoinette

Par Jean Maitron et Claude Pennetier

Née le 15 novembre 1893 à Paris, morte en avril 1939 ; employée de banque puis de commerce ; secrétaire de la Fédération de l’Alimentation ; militante communiste du XIXe arr. de Paris ; présidente de l’Union fraternelle des femmes contre la guerre.

Antoinette Gilles, dans la revue Les Femmes dans l’action mondiale, en mai 1939, à son décès.
Antoinette Gilles, dans la revue Les Femmes dans l’action mondiale, en mai 1939, à son décès.

Antoinette Gilles, lectrice de l’Humanité, adhéra au Parti communiste en 1925. Elle travaillait alors comme intérimaire à la Banco di Roma de Paris et, complétait ses revenus en soirée comme aide dans un bureau de poste, en compagnie d’une militante communiste Florentine Auribault (du XIe arr.). Mariée et mère de deux enfants (Marcel et Gisèle), elle habitait dans le XIXe arr. et était, semble-t-il, séparée de son mari (celui-ci s’appelait Bourdier). Son adhésion fut transmise au 1er rayon de la Région parisienne (Ier, IIe, Xe. XIXe arr. et Saint-Denis). Rigault, employé municipal de Saint-Denis, la convoqua à la mairie de Saint-Denis, siège du rayon, et comprit immédiatement qu’il avait devant lui une militante convaincue et de valeur. Elle se proposa pour faire des travaux de dactylographie pendant son temps libre.

Le secrétaire du rayon, Georges Beaugrand, lui demanda de venir l’aider au siège du rayon. Très vite s’établit entre eux une étroite coopération : Beaugrand écrit : « elle rendait à notre rayon ainsi qu’à moi-même d’immenses services : dactylographie pour nos journaux de cellules, pour les documents internes de la vie du Parti, pour les notes nécessaires à mon activité militante, vérifiant, corrigeant, contrôlant et conseillant sur l’interprétation des décisions des instances supérieures du Parti » (note de G. Beaugrand, août 1981). Elle n’hésitait pas à mettre le secrétaire du rayon en garde contre telle formule peu conforme à la ligne du Parti communiste. Beaugrand lui avait demandé de prendre sa carte syndicale non à la CGTU, peu présente dans les banques, mais à la CGT, avec pour consigne de se renseigner sur la vie de la Confédération : « jusqu’en 1927 nous avions des renseignements sur les réformistes » (note de G. Beaugrand). Ces renseignements étaient ensuite communiqués à Henri Gourdeaux. Elle trouva, en 1927, un emploi de caissière chez un mandataire poissonnier des Halles et adhéra alors au syndicat unitaire de l’Alimentation. Antoinette Gilles collaborait au journal communiste l’Ouvrière.

Séparé de sa femme, Beaugrand et Antoinette Gilles vécurent ensemble passage Puéblo dans le XIXe arr. Elle militait sur le plan syndical. La police signale sa présence au IVe congrès de la CGTU à Bordeaux (19-24 septembre 1927) mais son nom n’apparaît pas dans le compte rendu officiel. Le Parti communiste la chargea de créer, en 1927, l’Union fraternelle des Femmes contre la guerre impérialiste, dont elle assura la présidence. Excellente oratrice, militante habile sachant nouer des relations avec les milieux féministes, elle forgea une organisation qui comptait en 1930, 74 sections et 1 500 adhérents (J.-P. Brunet, op. cit.). Elle aidait également Beaugrand, député du XIXe arr. depuis 1928 : « C’est elle qui mettait au point, corrigeait, rapports, écrits, articles de presse » (Mémoires, p. 161). En 1929 une congestion pulmonaire interrompit son activité. Elle reprit force l’année suivante mais la mort de son fils Marcel l’affecta profondément. En 1932, elle anima le comité d’Amsterdam. A partir de 1934 elle fut membre du Comité mondial des femmes contre la guerre et le facisme.

Elle fut déléguée au congrès d’unité syndicale de Toulouse (2-5 mars 1936) et au congrès de Bruxelles du RUP (Rassemblement universel pour la Paix). Elle était en novembre 1936 une des sept secrétaires de la Fédération de l’Alimentation, chargée avec Chapelain et Simonin des « branches industrielles et entrepôts ». Elle fut présente en URSS cette année-là au 20e anniversaire de la Révolution. Le XVIIIe congrès de l’Alimentation, tenu à Paris du 13 au 15 septembre 1937, la réélut au Bureau, par 544 syndicats sur 572 et 1 175 voix sur 1 241. Elle fut membre du Conseil national économique du 22 décembre 1938 à sa mort (7e section professionnelle - sous-section des industries de l’alimentation).

Antoinette Gilles mourut dans la nuit du 19 au 20 avril 1939 (obsèques le dimanche 23) à l’âge de quarante-six ans. Elle demeurait alors 26 rue du Président Wilson à Gentilly.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article93145, notice GILLES Antoinette par Jean Maitron et Claude Pennetier, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 13 janvier 2020.

Par Jean Maitron et Claude Pennetier

Antoinette Gilles, dans la revue Les Femmes dans l’action mondiale, en mai 1939, à son décès.
Antoinette Gilles, dans la revue Les Femmes dans l’action mondiale, en mai 1939, à son décès.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13584, congrès de Bordeaux. — Compte rendu du XVIIIe congrès de la Fédération de l’Alimentation. — L’Ouvrière, n° 232, 10 janvier 1927, n° 238, 24 mars 1927. — Jean-Paul Brunet, Une banlieue ouvrière : Saint-Denis (1890-1939), thèse, op. cit. — Note de G. Beaugrand sur Antoinette Gilles. — Mémoires inédits de G. Beaugrand. — Les Femmes dans l’action mondiale : revue mensuelle éditée par le Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme, mai 1939Le Peuple, 21 avril 1939. — Entretien avec G. Beaugrand, août 1981.

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