GILLES Ferdinand, Robert, Paul, dit " Fernand GILLES"

Par Jean-Jacques Doré

Né le 29 juin 1886 à Saint-Romain-de-Colbosc (Seine-inférieure, Seine-maritime) ; ouvrier des produits chimiques de Rouen (Seine-inférieure, Seine-maritime), puis docker au Havre (Seine-inférieure, Seine-maritime) ; anarcho-syndicaliste ; secrétaire du syndicat des dockers du Havre de 1922 à 1925.

Fils d’un ouvrier maréchal et d’une journalière, Fernand Gilles, domicilié 18 rue Paul Marion au Havre, fut mobilisé en août 1914 puis affecté à l’usine Saint-Gobain du Grand-Quevilly (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), le 27 juillet 1915. Ainsi participa-t-il à la création du syndicat des Produits chimiques de Rouen dont il devint trésorier le 13 août 1917. Réélu en 1918, il quitta Rouen pour Le Havre, après avoir été démobilisé.
De tendance majoritaire, Gilles fut élu secrétaire adjoint du syndicat des dockers du Havre le 5 décembre 1921. En mars 1922, il se rallia à la majorité et vota l’adhésion à la CGTU, dont il devint l’un des plus ardents partisans.

À la fin du mois d’août, il fut choisi pour remplacer le secrétaire Hervieu emprisonné après l’échauffourée du 26 ; ce dernier ayant démissionné le 13 octobre, Gilles fut confirmé à son poste le 16 ; mais dès le 19 décembre, il présenta la démission de l’ensemble du bureau, découragé par l’échec du mot d’ordre syndical de grève perlée : "Nous en avons assez de servir de pantins et, n’étant pas aidés, nous sommes aux prises avec la police qui renouvelle sans cesse ses tracasseries", déclara-t-il. Il revint pourtant sur sa décision après un vote de confiance massif.

Réélu en janvier 1923, secrétaire permanent, (avec un salaire de 800 Francs par mois après avoir refusé une augmentation de 100 Francs), il assura le secrétariat provisoire de l’Union locale unitaire, pendant la maladie d’Henri Quesnel.

Au mois de mai, il parvint à ses fins et réussit à un imposer sur les quais un mouvement de grève perlée bien organisé et très suivi qui plaça les employeurs dans une situation délicate (le rendement du travail ayant diminué certains jours de plus de 50 %) ; ils semblaient disposés à négocier avec le syndicat, lorsque la grève cessa brusquement après l’arrestation de Gilles au début de novembre ; le 27 novembre, il fut condamné à quatre mois de prison fermes pour entraves à la liberté du travail et complicité de coups à agent.

Réélu secrétaire après avoir purgé sa peine, il lança de violentes attaques contre la Fédération unitaire des Ports et docks qui n’avait envoyé qu’un soutien financier limité pendant la grève, en dépit des lourdes cotisations versées par le syndicat et le 4 décembre 1923 il fit voter en assemblée générale, le passage à l’autonomie.

Au cours de l’été 1924, il tenta de relancer une grève perlée, mais elle échoua par manque de moyens financiers ; l’assemblée générale ayant refusé de faire passer les cotisations de 10 à 25 francs, il donna sa démission qui fut effective le 10 octobre 1924.

De tendance arnacho-syndicaliste, F. Gilles retrouva pourtant son poste le mois suivant, après avoir provoqué la démission de son successeur Blanquart qui proposait la réaffiliation de l’organisation à la CGTU. Il démissionna l’année suivante et quitta Le Havre ; le syndicat, privé de son dirigeant le plus actif, le plus populaire et le plus suivi, sombra dans l’immobilisme et connut pendant trois ans une grave période de désaffection. Il comptait 4 500 membres en 1923, ils n’était plus que 60 en 1926 !

Fernand Gilles s’était marié au Havre avec Amandine Brasseur le 19 février 1910, il habitait 23 rue Armand Barbès à Graville près du Havre, puis quitta la Seine-Inférieure en 1928 et s’installa à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) en 1928.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article93148, notice GILLES Ferdinand, Robert, Paul, dit " Fernand GILLES" par Jean-Jacques Doré, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 20 octobre 2020.

Par Jean-Jacques Doré

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Inférieure, 4 MP 1810, 10 MP 1337, 4 MP 60, 2 Z 83 - Direction des affaires sociales de la Préfecture - Arch. Dép. Rapports sur les dockers du Havre, Sûreté générale, rapports mensuels des commissaires spéciaux 1924-1928 — Mémoire de Maîtrise de J.-J. Doré. — État civil. — Registre matricule militaire.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément