GUÉTANT Louis

Par François Gaudin

Né à Caluire et Cuire (Rhône), le 23 mars 1848, mort le 6 janvier 1936 à Lyon ; relieur à Lyon (Rhône) ; pacifiste, militant de la LDH.

Présenté comme autodidacte, Louis Guétant devint président de la Chambre Syndicale de reliure de Lyon. Ses reliures seront encore exposées après son décès à l’Exposition internationale des arts et techniques, sans doute par son fils Georges, qui lui succéda et fut lui aussi un relieur réputé.
En 1872, déjà relieur, il écrivait au journal pacifiste Les États-Unis d’Europe pour présenter les idées qu’il développerait s’il avait les moyens de se rendre à Lugano pour le sixième congrès pour la Paix et la Liberté. En 1884, il écrivit à la presse anglaise et donna vingt francs à la souscription en soutien au général Gordon dans sa lutte contre le fondateur d’un État théocratique sur le territoire du Soudan.
Pacifiste militant et citoyen engagé, Louis Guétant contribua, en 1895, à La paix par le droit et fut vice-président de la section lyonnaise de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), créée en 1898 pour défendre le capitaine Dreyfus. Il fut aussi socialiste SFIO.
En 1899, il dénonça la course aux armements et explicita son déisme reposant sur « la paix dans la liberté » et « la fraternité dans la justice ». La même année, il brocarda la mission du commandant Marchand dans une brochure accueillie par La Bibliothèque des Temps nouveaux, de l’anarchiste Jean Grave. À l’enquête de la revue L’Humanité nouvelle sur la guerre, il répondit que « la religion du drapeau est la plus déprimante des idolâtries ».
Quand la guerre éclata, il était vice-président de la section de Lyon de la LDH et, en novembre 1914, il réclama de la part du Comité central « une action de la Ligue sur la guerre ». Dès 1915, il protesta contre ce qu’il considérait comme le soutien sans réserve de la Ligue à l’Union sacrée et fit partie de la minorité qui, lors du congrès de 1916, s’opposa au comité central de la LDH. en demandant un arbitrage immédiat de la Grande Guerre. Durant celle-ci, il perdit ses fils Paul, tué le 17 avril 1917, et Charles Gustave, blessé la même année et décédé en 1918.
Louis Guétant était, en juillet 1920, un des dirigeants du Comité de la IIIe Internationale à Lyon. En mai 1921, il prit la parole pour s’opposer au Comité central lors du congrès de la LDH, tenu à Paris. Dans la Ligue, ses positions étaient minoritaires. Il dénonçait les conséquences du traité de Versailles pour l’Allemagne, estimant par ailleurs que les vrais responsables du conflit étaient les profiteurs de guerre. Il rappelait aussi que les comptes dressés pour les réparations ne tenaient pas compte des territoires coloniaux confisqués et attisaient le ferment de la revanche.
Traduit par l’Union populaire allemande, son texte fut chaleureusement reçu outre-Rhin – et interdit par la France dans les territoires occupés. En 1922, Charles Bonefon l’accusa de servir la propagande allemande dans un article de L’Écho de Paris, qui lui refusa un droit de réponse. Il intenta un procès pour refus de droit de réponse et diffamation qu’il perdit, en 1923, devant la 12e chambre correctionnelle de Paris. Le secrétaire général de la Ligue des droits de l’homme, Henri Guernut, se désolidarisa publiquement de lui.
Sa critique du colonialisme le positionnait également comme minoritaire et lui valut les foudres de la presse de droite et d’extrême-droite. Il était alors proche de Gouttenoire de Toury, également membre de la Ligue, et collaborait avec André Delpeuch, grand éditeur pacifiste de cette période, contribuant notamment à la revue Évolution fondée par Victor Margueritte. En 1928, il fit partie des membres fondateurs de La paix par la vérité. En février 1929, il souscrivit pour La Révolution prolétarienne, la revue mensuelle syndicaliste-communiste de Pierre Monatte.
Quelques mois plus tard, en présence d’Édouard Herriot, ministre, sénateur radical et fondateur de la section lyonnaise de la LDH, la Fédération ardéchoise de la Ligue célébra les quatre-vingt ans et les noces d’or de ce pacifiste résolu – il avait épousé Marie, Catherine, Eugénie Léger le 5 octobre 1876 – , dont on rappela notamment qu’à « aucun moment, la guerre ne cessa pour lui d’être le crime des crimes. »
Doyen des pacifistes,Louis Guétant mourut chez lui, le 6 janvier 1936, à Lyon, 15 rue Cuvier, où il vivait depuis au moins 1886, et où il était établi comme relieur. Il fut enterré le 8 janvier à Villeurbanne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article93986, notice GUÉTANT Louis par François Gaudin, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 10 novembre 2021.

Par François Gaudin

ŒUVRES : Les États-Unis d’Europe, n° 17, 1er août 1872, p. 4. – Journal des débats politiques et littéraires, 11 mai 1884, p. 3. – Pourquoi j’ai écrit ma lettre contre l’abandon du général Gordon, Lyon, impr. A. Storck, 1884 – L’affaire Clovis Hugues, Lyon, A. Storck, 1885 – La Politique d’extension coloniale et les principes républicains, lettre d’un travailleur à M. Jules Ferry, Lyon, Impr. nouvelle, 1885. – Une histoire de brigands, impr. de A.-H. Storck, Lyon, 1896. – L’Italie devant l’Europe, Lyon, A.-H. Storck, 1896. – Orient et Madagascar, lettre ouverte d’un travailleur à M. Clemenceau, Paris, P.-V. Stock, 1897. – Dites-nous vos raisons ! lettre à M. Mirman, à propos de l’affaire Dreyfus, Paris, P.-V. Stock, Paris, 1898. – La jeunesse : dédié à Emile Zola, Annonay, impr. J. Royer, 1898. – Réponse à M. Soleilhac : à propos de la Gazette d’Annonay et de La Jeunesse, Paris, P.-V. Stock, 1898. – Conférence populaire sur l’astronomie, Lyon, impr. de A. Storck, 1899. – Marchand-Fashoda, la mission Congo-Nil : sa préparation, ses pratiques, son but, ses résultats, Paris, Les Temps nouveaux, 1899. – Une Histoire de brigands, Lyon, impr. Storck, 1905. – À propos du Maroc. Lettre à M. J. Appleton, président de la section lyonnaise de la Ligue des droits de l’homme…, Lyon, Imprimeries réunies, 1912. – Lettre d’un français au président Wilson, Lyon, Imp. A. Traquet, 1919. – Rapport sur le Traité de Versailles et les responsabilités de la guerre, Lyon, impr. A. Traquet, 1921. – Les conséquences morales, politiques et sociales du Traité de Versailles, Paris, Société mutuelle d’édition, 1922. – Frankreichs Kriegsschuld. Ein Bericht vom Kongreß der französischen Liga für Menschenrechte, trad. Friedrich Sell, association « Rettet die Ehre » (« Sauve l’honneur »), Bremen (Brême), impr. Hauschild, 1922. – La Révision du Traité de Versailles. Lettre ouverte au citoyen Th. Ruyssen, Paris, A. Delpeuch, 1925. – Une campagne pacifiste pendant la guerre, préf. Gouttenoire de Toury, Paris, A. Delpeuch, 1926. – Naissance. Le Ciel et la terre, poème, Paris, A. Delpeuch, 1928. – Le passé. L’Avenir. Deux lettres ouvertes à M. Raymond Poincaré, président du Conseil, Paris, André Delpeuch, éditeur, 1928.

SOURCE : Arch. Nat. F7/13091. – Arch. Nat. AJ/9/298, dossier 13147 – Dictionnaire des relieurs français ayant exercé de 1800 à nos jours suivi d’un Guide pratique des relieurs, doreurs, marbreurs et restaurateurs contemporains, par Julien Fléty, 1988 – L’Ancien combattant de l’Ardèche, 6 juillet 1929. – La vie moderne, 1937, p. 286 – Arch. Dép. Rhône, 2E/2958 – Michel Leymarie, « L’enquête de l’Humanité nouvelle sur la guerre et le militarisme (mai 1899) », dans L’idée de paix en France et ses représentations au XXe siècle, ‎Alain-René Michel, ‎Robert Vandenbussche (dir), Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 2018. – L’Evolution algérienne et tunisienne, 17 juillet1923, p. 3-4. – L’Action française, 23 juin 1923, p. 2. – La Révolution prolétarienne, février 1929. – Emmanuel Naquet, La Ligue des Droits de l’Homme : une association en politique (1898-1940), thèse de doctorat en histoire, dir. S. Berstein, Paris, Institut d’études politiques, 2005. – Antoine Weexsteen, « La Fédération de La Seine de la Ligue des Droits de l’homme dans les années 1930 », Le Mouvement Social, n° 183, 1998, p. 139–64. – Patrick de Villepin , « La revue Évolution et le pacifisme révisionniste (1926-1933) », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 30, 1993, p. 11-13. – L’Express du Midi, 26 février1924 p. 1. – Lyon républicain, 12 janvier 1936, p. 4.

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