ZIEGLER Léopold, Jean, dit « Popaul »

Par Pierre Schill

Né le 19 août 1913 à Metz (Lorraine annexée), mort le 25 janvier 1976 à Metz (Moselle) ; ouvrier professionnel aux ateliers de Bischheim (Bas-Rhin) et de Montigny-lès-Metz (Moselle), puis chef de brigade d’ouvriers ; secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Metz-Montigny-lès-Metz, puis secrétaire des syndicats CGT des cheminots du 7e secteur ; membre de la commission administrative puis secrétaire de l’UD-CGT de la Moselle ; résistant ; membre du comité départemental des FTPF de Moselle ; vice-président de la Fédération de Moselle de la FNDIRP ; secrétaire de la cellule communiste d’Ancy-sur-Moselle (Moselle) ; membre du comité fédéral PCF de Moselle ; conseiller municipal d’Ancy-sur-Moselle.

Léopold Ziegler
Léopold Ziegler
Cliché Pierre Schill

Cadet d’une famille de cinq enfants, Léopold Ziegler travailla à partir de juillet 1927 à la Société des chemins de fer d’Alsace-Lorraine : d’abord aux ateliers de Bischheim, puis comme menuisier aux ateliers de Montigny-lès-Metz. Il devint sous-chef de brigade d’ouvriers à l’Entretien au lendemain de la guerre, puis chef de brigade, avant d’être rétrogradé maître-ouvrier en août 1952 pour avoir « couvert » en juin 1952 le transport de Strasbourg à Metz dans une camionnette de la cantine messine de la SNCF de plusieurs dizaines de milliers de tracts reproduisant l’appel du comité confédéral de la CGT. Et ce bien que cela se fit en dehors des heures du service et en respectant les conditions fixées par la direction (paiement du chauffeur, de l’essence et de l’amortissement du véhicule). Il lui fallut attendre six ans avant de redevenir chef de brigade. Il fut réformé en 1959 en raison de son état de santé.
Léopold Ziegler milita dès le début de sa carrière cheminote au syndicat CGT. Il fut secrétaire du syndicat de Metz-Montigny-lès-Metz après la guerre, puis secrétaire régional du syndicat des cheminots. À ces titres divers, il participa à de nombreux congrès syndicaux. Léopold Ziegler militait aussi au Parti communiste.
Mobilisé en septembre 1939 dans une unité du Génie, Léopold Ziegler fut fait prisonnier des Allemands à Saint-Dié (Vosges) à la fin juin 1940. Il fut libéré comme Alsacien-Lorrain au début du mois de juillet 1940 et revint en Moselle, alors que le département lorrain était une nouvelle fois annexé par les Allemands.
Léopold Ziegler fit partie du groupe de résistance « Mario », le plus important de Moselle annexée. Ce groupe affilié au mouvement de résistance communiste Front national, avait été mis sur pied, au cours de l’été 1941, par l’instituteur messin Jean Burger, aidé par les cheminots Charles Hoeffel et Georges Wodli. En juillet 1941, lors de la répartition des tâches au sein du Groupe il fut chargé de s’occuper de l’armement. Léopold Ziegler devint en 1942, sur décision de Charles Hoeffel, responsable des cheminots résistants du secteur de Metz-Montigny-lès-Metz et l’un des adjoints les plus importants de Jean Burger sous le pseudonyme de Popaul. Il devait notamment coordonner les actions de sabotage et de freinage sur le potentiel ferroviaire de la Deutsche Reichsbahn, notamment aux ateliers de Montigny-lès-Metz où il travaillait (envoi de trains vers de fausses directions, citernes d’essence vidées, sabotage de boîte à huile en les remplissant de sable...). Léopold Ziegler fabriqua aussi des faux-papiers pour les prisonniers de guerre et les réfractaires à l’incorporation de force dans la Wehrmacht, qui cherchaient à fuir vers la France grâce à l’aide des cheminots, en passant la frontière à Novéant-sur-Moselle (Moselle annexée). Il assura aussi la distribution de tracts et l’organisation des incendies des récoltes agricoles allemandes le 19 septembre 1943 dans plusieurs fermes de Moselle annexée. Léopold Ziegler avait prévu d’organiser le déraillement du Paris-Berlin sans pouvoir mettre ce projet à exécution en raison des nombreuses arrestations qui touchèrent le Groupe Mario au début de l’automne 1943.
Après son arrestation par la Gestapo le 22 septembre 1943 lors d’une souricière au cours de laquelle furent arrêtés les principaux responsables du Groupe Mario, il fut torturé dans les caves de la Gestapo messine et à la prison militaire de la ville. Il fut ensuite emprisonné au SS Sonderlager du Fort de Queuleu dans la banlieue messine. Il était emprisonné dans la cellule n° 1 réservé aux principaux responsables de la Résistance. Il fut transféré à la mi-août 1944 à la prison de Mannheim (Allemagne) où il resta un mois puis à la prison de Wiesbaden (Allemagne). Il la quitta à la mi-novembre 1944 pour être déporté jusqu’à la fin du mois au camp de Dachau. Léopold Ziegler avait réussi à emporter avec lui une photographie de sa fille. Ce cliché lui fut confisqué par les Allemands à Dachau qui le déchirèrent devant lui. Ce fut un des rares moments où son ami Fernand Obrecht le vit pleurer. Il fut ensuite envoyé au camp d’Auschwitz-Monowitz avant d’être transféré au camp de Buchenwald (Allemagne), où il arriva très affaibli à la fin du mois de janvier 1945. Il fut affecté au Kommando de Holzhof. Il fut libéré par l’avancée alliée le 11 avril 1945.
Il obtint le titre de déporté résistant et il fut homologué au grade de lieutenant FFI. Léopold Ziegler était titulaire de la Croix de guerre avec étoile d’argent. Il fut membre du comité départemental des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) de Moselle.
Léopold Ziegler reprit la lutte syndicale et politique. Secrétaire de la cellule communiste d’Ancy-sur-Moselle, il fut candidat, en 6e position, sur la liste communiste aux élections législatives du 2 juin 1946. La liste menée par Pierre Muller totalisa 50 657 voix sur 256 736 suffrages exprimés (19,7 %). Le député communiste sortant fut réélu.
Aux élections législatives du 10 novembre 1946, Léopolod Ziegler fut placé en troisième position sur la liste communiste. Il faisait partie de la jeune génération de militants communistes qui s’étaient illustrés dans la Résistance et que le PC mosellan souhaitait voir jouer un rôle plus important par rapport aux militants charismatiques d’avant-guerre notamment François Rubeck et Paul Lamm. Ce qui n’allait pas sans entraîner de fortes tensions au sein de la fédération. La liste communiste toujours menée par Pierre Muller rassembla 47 384 voix sur 247 390 suffrages exprimés (19,1 %).
En décembre 1948, il était membre de la commission administrative de l’Union départementale CGT de la Moselle. Au congrès départemental de 1951, il fut élu secrétaire de l’UD-CGT et à celui de février 1953, il fut réélu à la commission administrative.
En février 1949, lors de l’assemblée générale annuelle des cheminots CGT de Metz-Montigny-lès-Metz, il demanda à être remplacé dans ses fonctions de secrétaire du syndicat. Il accepta d’être secrétaire adjoint. Au début des années cinquante il était secrétaire général des cheminots CGT du 7e secteur de la SNCF et présidait le syndicat CGT des cheminots de Moselle. Il était à la même période membre du comité fédéral du PC mosellan.
Léopold Ziegler participa activement à toutes les grèves qui touchèrent la SNCF. Il anima notamment la grève unitaire contre les décrets-lois Laniel en août 1953 aux ateliers de Montigny-lès-Metz où il se rendait tous les jours sur sa vieille motocyclette pour inciter les cheminots à poursuivre le mouvement.
Il se présenta aux élections municipales d’avril 1953 à Ancy-sur-Moselle sur la liste communiste. Il fut élu au second tour en rassemblant 45 voix sur 505 suffrages exprimés.
Membre fondateur puis vice-président de la fédération mosellane de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP) dans les années soixante, Léopold Ziegler était aussi membre de l’Amicale des déportés du Fort de Queuleu, pour laquelle il animait des visites du Fort pour les élèves des collèges et lycées de Moselle. Léopold Ziegler présida aussi la Société de pêche d’Ancy-sur-Moselle et s’occupa du club de football de la commune.
Léopold Ziegler s’était par ailleurs illustré lors des graves inondations de la Moselle en décembre 1947 en portant secours à des noyés. Sur un radeau de fortune, alors qu’il ne savait pas nager, il sauva huit personnes de la noyade. Sur proposition du directeur général de la SNCF, il se vit remettre en juin 1949 le diplôme d’honneur de la Fédération nationale de sauvetage. Et le 27 février 1950 une médaille de bronze et un diplôme d’Acte de courage et de dévouement par le ministre de l’Intérieur.
Marié le 14 avril 1936 à Ancy-sur-Moselle avec Lucie Mondon, il fut père d’une fille.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9604, notice ZIEGLER Léopold, Jean, dit « Popaul » par Pierre Schill, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 21 mai 2016.

Par Pierre Schill

Léopold Ziegler
Léopold Ziegler
Cliché Pierre Schill

SOURCES : Arch. Dép. Moselle, 145 W 28 ; 151 W 150, 152, 190, 191, 726, 821, 822 ; 1 330 W 95. — Arch. familiales. — Comités fédéraux du PCF. — Le Républicain lorrain, 5 mai 1953. — François Goldschmitt, Alsaciens et Lorrains à Dachau, tome 5, Les derniers jours de Dachau, Sarreguemines, Pierron, 1947, 79 p. — E.L. Baudon, Les élections en Moselle, 1919-1956, Metz, 1956, 94 p. — Léon Burger, Le Groupe « Mario », une page de la Résistance lorraine, Metz, Imprimerie Louis Hellenbrand, 1965, 194 p. — Gérard Diwo, Les formations politiques en Moselle (21 octobre 1945-17 juin 1951), thèse de doctorat d’histoire, Université de Metz, 1992, 2 tomes, 423 et 157 p. — Fernand Leroy, Montigny cité cheminote. Histoire des ateliers SNCF de Montigny-lès-Metz... qui n’a jamais eu de gare ! Metz, Union départementale d’économie sociale de Moselle, 1993 (2e édition), 127 p. — Dominique Andolfatto, La syndicalisation en France depuis 1945. Annexe : L’Union départementale CGT de la Moselle (de la Libération à nos jours), CERAT, Université Pierre-Mendès-France, Saint-Martin-d’Hères, 1996, 173p. — Renseignements fournis par Françoise Duwernell, sa fille, et Marguerite Obrecht. — État civil de Metz.

ICONOGRAPHIE : Portrait (vers 1950) : collection Françoise Duwernell (transmis par Pierre Schill).

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