ABBACHI Georges

Par Paul Boulland, Daniel Grason

Né le 7 mars 1924 à Paris (IVe arr.), mort le 18 juillet 2013 à La Guérinière (Vendée) ; ajusteur ; résistant ; syndicaliste CGT et militant communiste ; conseiller municipal (1951-1989) et maire adjoint (1964-1985) de Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis).

Les parents de Georges Abbachi, Brahim Abbachi, plombier-couvreur, et Hélène née Gauthier, serveuse puis employée de bureau, furent tous les deux militants de la CGTU et du Parti communiste. Participant aux activités des Pionniers à partir de 1936, il entra dès quatorze ans à la Jeunesse communiste, dans le XVIIe arrondissement où il côtoya Guy Môquet. En août 1937, le Comité d’accueil des réfugiés espagnols confia à la famille Abbachi, un jeune espagnol Félix Santa Maria.
Avant l’exode, il travailla comme manœuvre à la Société Française de Constructions Aéronautiques (SFCA) rue de Paris à Pantin (Seine, Seine-Saint-Denis). Puis avec son père en tant que garçon couvreur à la Société Seuralite au 10 avenue Vauvenargues à Paris (XVIIIe arr.).
En 1939, après avoir obtenu un CAP d’ajusteur, il entra dans une petite entreprise d’aviation de Pantin (Seine, Seine-Saint-Denis) et adhéra à la CGT. Dès juillet 1940, alors que son usine avait été déplacée à Tarbes (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), il participa aux activités clandestines de la Jeunesse Communiste. Après l’arrestation de Guy Môquet en octobre 1940, il remplaça ce dernier à la tête de la Jeunesse Communiste dans le XVIIe arrondissement, jusqu’au 16 juillet 1941.
Le 15 juillet 1941 vers 23 heures deux gardiens de la paix interpellèrent Robert Dufaut, membre des Jeunesses communistes rue Balagny (aujourd’hui rue Guy-Môquet) à Paris (XVIIe arr.), près de la porte Saint-Ouen. Cette interpellation entraîna l’arrestation de jeunes communistes. Selon le rapport du commissariat des Épinettes, l’un des gardiens assaillis par des jeunes tira en l’air pour se dégager. Le lendemain un rapport fut transmis à la BS1 des Renseignements généraux. Les policiers interpellèrent Henri Gutierrez, Raymond Fiévet, Henri Breux et Georges Abbachi. Sur un carnet figurait les noms de Jean Fumoleau, Claude Perrin et d’un sympathisant, Pierre Marmonnier.
Georges Abbachi nia toute participation affirmant aux policiers « Je n’ai jamais appartenu au Parti communiste. Je ne me suis jamais occupé de politique. J’ignore pourquoi j’ai été arrêté. Je ne sais rien ». Lors de la confrontation avec Robert Dufaut, il reconnut les faits « j’étais bien hier soir, à 22 heures 30 à la porte de Saint-Ouen ».
Le 1er août 1941 l’avocat de Georges Abbachi demanda au Juge d’instruction sa mise en liberté provisoire. Il faisait valoir que son père qui travaillait à Lorient (Morbihan) avait été blessé dans un bombardement de la RAF et que sa « mère est seule […] avec une petite fille de dix-sept mois et un jeune enfant espagnol de quatorze ans ». Il concluait en soulignant que le salaire de Georges Abbachi était indispensable pour faire vivre la famille. Il joignait à sa demande un certificat du gérant de la société Seuralite pour laquelle il travaillait, décriviait « un ouvrier consciencieux qui m’a toujours donné satisfaction et dont la moralité parait irréprochable. [...] Il me serait agréable de le reprendre dès sa libération ».
Le 26 septembre 1941, Georges Abbachi comparut avec ses camarades devant la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris qui le condamna à quinze mois de prison et cent francs d’amende, sous le motif suivant : « a été surpris le 15 juillet 1941 à Paris, alors qu’il protégeait avec plusieurs camarades, des distributeurs de tracts ».
Emprisonné à la centrale de Poissy, il fut ensuite interné aux Tourelles, puis à Voves, et enfin à l’Île de Ré. En décembre 1944, il fut libéré dans le cadre d’un échange de prisonniers et regagna Paris.
Après la Libération, il témoigna devant les membres de la commission qui examinait l’activité de l’un des inspecteurs qui l’avait interpelé. Il déclara : « Le 15 juillet 1941, à la suite de l’arrestation de notre camarade Robert Duffaut par des agents en civil Q… et C… de la Brigade spéciale du XVIIe arrondissement, au moment où il distribuait des tracts, je me suis approché pour tenter de le délivrer ; lesdits agents ont tiré sur moi et sur mon camarade Fiévet, plusieurs coups de feu, je me suis enfui ».
Georges Abbachi a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Interné résistant.
Après un bref passage au CDLP comme permanent, Georges Abbachi reprit son activité professionnelle en 1946, au sein de l’usine Lavalette-Bosch de Saint-Ouen.
Délégué du personnel CGT en 1946, il fut, en tant que permanent, secrétaire du syndicat des Métaux de Saint-Ouen de 1950 à 1957, puis secrétaire de l’Union locale CGT de la ville de Saint-Ouen, de 1957 à 1964, date à laquelle il abandonna ses responsabilités syndicales.
Au sein de la fédération Seine-Ouest, il fut membre du comité fédéral de 1959 à 1962, puis membre de la commission de contrôle financier, jusqu’en 1965. Après la création du département et de la fédération de Seine-Saint-Denis, en 1966, il fut membre du comité fédéral de ce département jusqu’en 1971, toujours au sein de la commission de contrôle financier. En 1971, il était également secrétaire de la section Saint-Ouen Victor Hugo. Il avait suivi une école de section, une école fédérale, et des écoles centrales d’un et trois mois.
Georges Abbachi se consacra également à la vie politique de la commune de Saint-Ouen. Conseiller municipal de 1951 à 1989, il fut maire adjoint de 1964 à 1985. Sur la base locale, il milita également dans les associations de parents d’élèves, au Mouvement de la paix et à la CNL (Confédération nationale des locataires), et fut secrétaire des déportés et internés de Saint-Ouen. Il fut secrétaire de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé, de 1983 à 2005, et membre du comité national de la FNDIRP à partir de 1983. Dans ce cadre, il témoigna régulièrement de son expérience de jeune résistant dans les établissements scolaires. Il relata son action de syndicaliste, secrétaire de l’Union locale CGT dans le film Reprise d’Hervé Le Roux sur la grève aux usines Wonder en 1968.
Georges Abbachi s’était marié en août 1946 avec Jeannine Noin. Son épouse, employée à la mairie de Saint-Ouen, fut elle aussi militante de la CGT et du PCF. Ils eurent deux enfants.
En avril 2005, il signait encore une pétition de « Résistants » en faveur du « Non » au référendum sur la constitution européenne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9622, notice ABBACHI Georges par Paul Boulland, Daniel Grason, version mise en ligne le 25 mars 2022, dernière modification le 6 avril 2022.

Par Paul Boulland, Daniel Grason

OEUVRE : Une jeunesse en résistance, entretien avec Georges Abbachi, 
par Frédéric Durand et Anna Musso, Éditions Association pour la mémoire ouvrière audonienne (Amoa), Saint-Ouen, 2011.

SOURCES : AN Z-4-7. – Arch. PPo GB 57 BS1, BA 2057, 77 W 3116-306505. – Bureau Résistance GR 16 P 277. – Arch. comité national du PCF. – Questionnaire rempli par Georges Abbachi, juin 1999. – Entretien avec Georges Abbachi, 8 décembre 1999. – Reprise, film de 3 h 12 d’Hervé Le Roux, 1996. – État civil de Paris (IVe arr.).

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