ABOULKER José. Pseudonymes dans la clandestinité : Trompette, Lefebvre

Par Bénédicte Vergez-Chaignon

Né le 5 mars 1920 à Alger (Algérie), mort le 17 novembre 2009 à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence) ; neuro-chirurgien ; professeur de médecine et médecin des hôpitaux de Paris ; organisateur de la Résistance en Algérie en 1941 et 1942 ; délégué de la France combattante auprès de la Résistance médicale en France en 1943 et 1944 ; représentant de la Résistance algérienne à l’Assemblée consultative provisoire en 1944 et 1945 ; membre du Parti communiste français depuis la fin de 1946 ; militant actif entre 1946 et 1953 ; Compagnon de la Libération.

José Aboulker naquit dans une famille juive d’Alger. Son père, l’ORL Henri Aboulker, était médecin chef à l’hôpital et professeur à la faculté de médecine d’Alger. Il fut conseiller général et président du Parti radical et radical-socialiste d’Alger jusque vers 1936, oeuvrant à ce titre à la constitution du Front populaire. Il était en outre président du comité interdépartemental des Français algériens d’origine juive.
José Aboulker fut élève au lycée d’Alger puis à la faculté de médecine de cette ville, de 1938 à 1941. Ses études de médecine furent interrompues à plusieurs reprises et longuement. D’abord par sa mobilisation d’avril 1940 à février 1941, puis par ses activités dans la Résistance. En effet, il commença après sa démobilisation par participer à l’organisation de départs clandestins pour Gibraltar. À partir du mois d’août, ses activités se diversifièrent. Jusqu’en novembre 1942, il devint ainsi l’un des principaux animateurs de la Résistance en Algérie, travaillant en particulier à collecter des renseignements et à recruter pour aider à un débarquement américain en Afrique du Nord. Au printemps de 1942, un accord fut conclu en ce sens entre Henri d’Astier de La Vigerie et Jean Rigault, d’une part, et les groupes de jeunes résistants algériens d’autre part (Aboulker, Roger Carcassonne), les premiers assurant les contacts avec les Américains (Robert Murphy), les seconds préparant le dispositif sur le terrain.
Dans la nuit du 8 novembre 1942, José Aboulker dirigea, en tant que chef des groupes de choc du département d’Alger, l’occupation des points-clefs de la ville par les insurgés. À ce titre, il fut fait le 30 octobre 1943, compagnon de la Libération. Mais après l’intermède Darlan et la nomination du général Giraud comme commandant civil et militaire, José Aboulker fut arrêté et interné dans le sud algérien (décembre 1942).
Libéré en avril 1943, José Aboulker gagna Londres pour s’engager dans les Forces françaises combattantes comme médecin sous-lieutenant. Après avoir rencontré le général de Gaulle, il fut affecté au BCRA. Plutôt que de l’affecter à une unité combattante, il fut décidé d’utiliser son expérience de la clandestinité pour une mission en France. À l’issue d’un entraînement, il fut parachuté en France en octobre 1943 en tant que délégué de la France combattante auprès de la Résistance médicale avec pour mission d’organiser le Service de santé des maquis et des FFI, d’organiser les secours médicaux aux populations civiles lors de la Libération et de maintenir l’équilibre sanitaire en France pendant les événements de guerre. En contact avec les personnalités médicales qui avaient adhéré à la Résistance, il contribua à la mise en place d’un comité médical de la Résistance (CMR) commun aux communistes et aux non-communistes qui prit en charge le Service de santé de la Résistance (SSR), ainsi que la passation des pouvoirs au ministère de la Santé, dans les hôpitaux et à la Croix-Rouge à la Libération. Il mit d’autre part sur pied la logistique qui permit le parachutage de matériel médical et de médicaments. En juillet 1944, il fut d’ailleurs rappelé à Londres et Alger pour superviser les parachutages destinés aux maquis. Mais dès le mois d’août, il était de retour dans le sud de la France pour participer à l’installation des commissaires de la République à Toulouse, Limoges et Clermont-Ferrand.
José Aboulker fut ensuite désigné comme délégué de la Résistance d’Algérie à l’Assemblée consultative provisoire à Paris (de septembre 1944 à octobre 1945).
À la suite des événements survenus à Sétif le 8 mai 1945, José Aboulker se rendit sur place pour une enquête personnelle d’une dizaine de jours. Après plusieurs échauffourées parlementaires, il obtint la tenue en juillet d’un débat sur les émeutes et leur répression. Il prononça alors un long discours dénonçant la répression et réfutant la thèse d’un soulèvement massif qu’il aurait fallu juguler. Plusieurs dirigeants communistes ainsi que des notables musulmans lui suggérèrent alors de se présenter pour être candidat auprès du collège électoral indigène d’Algérie pour les élections à l’Assemblée constituante. Mais il refusa, préférant reprendre sa carrière médicale plutôt que de tenter une carrière politique. Il soutint sa thèse de médecine devant la faculté d’Alger en août 1945 en s’inspirant d’une de ses missions (Mission d’organisation sanitaire en France occupée). Démobilisé en février 1946, il présenta le concours de l’externat pour se préparer au très difficile concours de l’internat des hôpitaux de Paris. À la fin de cette même année, il s’inscrivit toutefois au Parti communiste français et commença à militer.
La période de son engagement le plus actif correspondit à celle de son internat (de 1949 à 1953). Elle fut finalement marquée par son opposition à la prise de position du PCF dans l’affaire dite du « complot des blouses blanches ». Appartenant à l’organisation des médecins communistes de Paris, il refusa la motion proposée par Annie Becker (Annie Kriegel*) qui condamnait les médecins soviétiques juifs accusés d’avoir voulu attenter aux jours de Staline, refusant l’idée même que des médecins se soient organisés pour tuer des patients.
Avec l’essor de sa carrière hospitalière, José Aboulker délaissa le militantisme, mais demeura toujours membre du PCF. Ayant choisi la neuro-chirurgie, il fut assistant à l’hôpital Sainte-Anne (de 1954 à 1960), puis à la Pitié-Salpétrière où il fut nommé en 1962 chirurgien des hôpitaux de Paris. Il devint chef de service de neuro-chirurgie de 1975 à 1986 à l’hôpital Beaujon.

José Aboulker fut membre du Comité de l’ANACR dès sa création en 1954.

José Aboulker était devenu membre du Conseil de l’Ordre de la Libération en septembre 2002. Il était commandeur de la Légion d’Honneur. Il était également titulaire de la croix de guerre 1939-1945 avec 3 citations. Les États-Unis lui avaient décerné la Medal of Freedom.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9643, notice ABOULKER José. Pseudonymes dans la clandestinité : Trompette, Lefebvre par Bénédicte Vergez-Chaignon, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 19 juin 2021.

Par Bénédicte Vergez-Chaignon

SOURCES : Arch. Nat., F1a 3730, 3760, F7 15 155 ; 3 AG2 333, 426 (BCRA) ; 72 AJ 80 (Comité médical de la Résistance) ; archives de Daniel Cordier. — José Aboulker, « La part de la résistance française dans les événements de l’Afrique du Nord », Les Cahiers français, Londres, n° 47, août 1943. — « Nous qui avons arrêté le général Juin... », La Nef, n° 27, avril 1959 ; « 8 novembre 1942 : les armées américaines et anglaises prennent Alger en 15 heures », Espoir, n° 133, décembre 2002. — Anne Simonin, « Le Comité médical de la Résistance : un succès différé », Le Mouvement Social, n° 180, juillet-septembre, 1997, p. 159-191. — Bénédicte Vergez, Les Internes et anciens internes des hôpitaux de Paris de 1918 à 1945, thèse d’histoire, IEP de Paris, sous la direction de Serge Berstein, 1995. — Daniel Virieux, Le Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France. Un mouvement de Résistance (mai 1941-août 1944), thèse de doctorat, Paris VIII, 1995, Atelier de production des thèses de Lille, 5 vol. — Ordre de la Libération. — Notes de Jean-Pierre Besse. — Notes de Jean-Pierre Ravery.

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