JANY Paul, Joseph, dit Jeannot. Pseudonyme : P. LEFORT

Par Antoine Olivesi et Claude Pennetier

Né le 20 janvier 1900 à Causses-et-Veyran (Hérault), mort le 27 février 1962 à Paris (Xe arr.) ; rédacteur à l’Humanité ; dirigeant du travail antimilitariste.

Ancien marin engagé volontaire en février 1917, Paul Jany travaillait en janvier 1925 comme ouvrier chaudronnier à l’huilerie La Concorde dans le quartier industriel et portuaire d’Arenc à Marseille (Bouches-du-Rhône). Militant actif des Jeunesses communistes, il succéda à Marius Agnès* comme secrétaire de la 22e Entente, lorsque celui-ci fut incorporé au service militaire fin 1924. Le Parti communiste désigna Jany pour suivre les cours de l’École de Bobigny.

Il se confond peut-être avec Paul Jany, jardinier, candidat sur la liste communiste aux élections municipales de mai 1925 à Marseille. On retrouve ce nom parmi les propagandistes qui préparèrent le congrès de Marseille contre la guerre du Maroc en août 1925. Un rapport de police des 8 et 9 juin mentionnait un Paul Jany, jardinier, arrêté pour distribution de tracts antimilitaristes. Un autre rapport du 23 juin 1927 signalait que Paul Jany n’était pas revenu à Marseille et qu’il travaillait à Paris, appointé par le Comité central.

Le Parti communiste et les Jeunesses communistes le chargèrent de l’action antimilitariste, en particulier dans les ports et villes de garnison de l’Ouest, dès la fin 1925. Jany était étroitement surveillé par la police qui connaissait ses moindres initiatives. Il fut, en 1926, rédacteur de la rubrique antimilitariste de l’Humanité, collaborateur à la Caserne et au Conscrit, journal où il animait le concours des « gueules de vaches ». Il accéda en 1929 aux fonctions de secrétaire de la section mixte (JC et PC) antimilitariste. En septembre de la même année, un article publié par l’Humanité lui valut une condamnation à trois ans de prison et 2 000 francs d’amende. Le Parti communiste l’avait présenté aux élections municipales du 5 mai 1929 dans le XIIe arr. de Paris, quartier Bel-Air : il avait obtenu 1 100 voix sur 6 464 inscrits, contre 610 au candidat socialiste Lecouteux.

Henri Barbé*, alors secrétaire du PC, raconte dans quelles conditions le Bureau politique eut des doutes sur ses activités : « le rédacteur qui dirigeait et réalisait cette campagne (des Gueules de Vaches) en s’acharnant à la rendre toujours plus provocante et insultante s’appelait Paul Jany. Il était originaire de Marseille et était protégé par André Marty* en tant qu’ancien marin. On remarqua, au bout de quelque temps, qu’un synchronisme étonnant se développait entre les outrances de Jany et les poursuites menées par les gradés mis en cause (...). La direction du Parti mena une enquête et suspendit cette campagne. Mais l’enquête aboutit à un résultat encore plus sérieux. Elle permit de démasquer Jany comme étant en liaison constante avec les services de police des renseignements généraux. Et Jany disparut très vite, refusant de comparaître devant la commission d’enquête qui voulait l’interroger » (Souvenirs..., op. cit., p. 239). Exclu du Parti communiste, Paul Jany adhéra au Parti socialiste national de Gustave Hervé le 15 mai 1930 (La Victoire, 19 mai 1930). Marcel Say le dénonça comme provocateur pour le compte du Quai des Orfèvres dans le journal socialiste-communiste Ça ira du 24 mai 1930. L’information fut reprise, avec toutefois plus de prudence, par la Révolution prolétarienne n° 105, du 1er juin 1930. Dans ses Mémoires Albert Vassart* qualifie également Jany de « policier ». Seul son collaborateur, Fernand Hamard*, contesta ces accusations vraisemblables mais invérifiables en l’état des sources. Notons seulement l’intérêt que portait la police à ses activités. Le nom de Jany apparaît pour la dernière fois dans un rapport de police le 27 mai 1930 : le 25 mai, lors de la manifestation du Mur des Fédérés, il était à la « sortie du cimetière provoquant les militants » (Arch. Nat., F7/13119).

Paul Jany s’était marié le 6 mars 1940 à Boulogne-Billancourt.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article96564, notice JANY Paul, Joseph, dit Jeannot. Pseudonyme : P. LEFORT par Antoine Olivesi et Claude Pennetier, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 2 novembre 2010.

Par Antoine Olivesi et Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat., F7/13164, rapport du 4 février 1926 ; Arch. Nat., F7/13119, 24 février 1929, arrestation de Jany salle Reflut à Clichy, lors de la Conférence communiste de la Région parisienne ; F7/13050. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, V M2/256 et 268, M 6/10802, rapport de police du 10 janvier 1925, M 6/10803, rapport des 10 mars, 8 et 9 juin 1925 ; M 6/10806, rapport du 23 juin 1927. L’Humanité, 28 avril 1929. — Listes noires, n° 1, 1932. — J. Varin, Jeunes comme JC, op. cit. — R. Gaucher Histoire secrète..., op. cit. — État civil de Causses-et-Veyran.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable