JEAN Georges, Émile, Marcel, dit JEAN-GEORGES.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 25 mars 1895 à Moissac (Tarn-et-Garonne), mort le 11 février 1979 à Lombez (Gers) ; ouvrier menuisier puis employé communal, ; militant socialiste avant 1920 puis communiste de Haute-Garonne et du Tarn-et-Garonne ; secrétaire de la XIe Union régionale unitaire.

Fils d’un cordonnier et d’une repasseuse, Jean-Georges fur sacré"compagnon menuisier" d’une loge maçonnique en 1912, mais je fut pas franc-maçon. Il adhéra au Parti socialiste dès sa démobilisation en novembre 1919 et se prononça fermement en faveur de l’adhésion à la IIIe Internationale lors du congrès de Montréjeau. Il était, en 1922, membre de la commission exécutive de la Fédération communiste de Haute-Garonne. Membre influent du syndicat des ouvriers menuisiers, il créa au lendemain de la scission (décembre 1921), l’Union départementale CGTU et en devint le secrétaire. Sa tâche s’annonçait très difficile car les majoritaires étaient hégémoniques à Toulouse ; la CGT disposait de militants de valeur comme Marty-Rollan et Julien Forgues. L’UD unitaire ne groupa au début que quatre syndicats : Bâtiment, ouvriers peintres, Métaux, cheminots du réseau Midi. En 1924, six nouveaux syndicats furent créés : ouvriers boulangers, employés, garçons limonadiers restaurateurs, ouvriers de la chaussure, ouvriers du Bois. Cette dernière organisation avait pour secrétaire Jean-Georges lui-même ; elle groupa, en 1929, trois cent soixante adhérents. En 1925 s’ajouta le syndicat des cheminots du réseau Paris-Orléans et en 1926, ceux des charpentiers, coiffeurs, et du personnel des Établissements militaires. Jean-Georges chercha à implanter la CGTU en soutenant énergiquement toutes les grèves qui éclatèrent à Toulouse ; certaines aboutirent à un succès bénéfique pour les syndicats unitaires, ainsi celles des colleurs de papiers peints (21 novembre-13 décembre 1922) et des ouvriers peintres (24 juin-7 août 1924). Dans la métallurgie, les grèves de l’usine Latécoère (1922 et 1923), des Forges et tréfilerie de Bazocle (16 avril 1923) se terminèrent par des échecs et le renvoi des syndicalistes.

L’action de Jean-Georges fut momentanément interrompue en 1925, par un séjour en prison. Arrêté le 7 juin 1925, pour son action contre la guerre du Maroc, il passa devant le tribunal correctionnel de Toulouse le 5 novembre 1925 et fut condamné à quinze mois de prison. La cour d’appel ramena sa peine à huit mois. Il fut libéré le 6 février 1926. Georges Claveri*, dirigeant national de la CGTU, avait assuré l’intérim à la tête de l’UD pendant son absence.

À partir de 1926, Jean-Georges assura, outre le secrétariat de l’Union départementale, celui de la XIe Union régionale unitaire (Haute-Garonne, Tarn, Aveyron, Ariège). Il était de plus délégué de la Ve région de la Fédération du Bâtiment. Devenu permanent (à quelle date ?), il touchait, en 1928, des mensualités de 1 000 francs. L’Union départementale avait, depuis sa création, son siège au café Morin, 26 boulevard de Strasbourg ; elle demanda l’accès à la Bourse du Travail, mais les dirigeants confédérés soutenus par la municipalité, s’y opposèrent formellement. Jean-Georges loua une grande pièce, 3 bis place Saint-Sernin et y installa, le 1er août 1926, la Maison des syndicats, local de l’UD et de l’UR. Il tenait les permanences en compagnie de Marcel Berge, mais, pour les assemblées, les unitaires se réunissaient à l’ancienne Faculté des Lettres, rue de Rémusat.

La CGTU ayant gagné une certaine influence, les rapports avec les confédérés se tendirent. Les deux syndicats n’organisèrent entre 1926 et 1930 qu’une seule grève en commun, celle des ouvriers coiffeurs de Toulouse (30 juin-2 juillet 1926) qui se termina par un arbitrage du maire socialiste. L’hostilité mutuelle conduisit à des affrontements physiques. Au début du mois de septembre 1926, lors d’un meeting CGT avec Léon Jouhaux, une bagarre éclata dans la salle entre confédérés et unitaires montant à la tribune, soit pour prononcer des paroles d’apaisement, soit pour dénoncer « l’agression confédérée » et Jean-Georges fut précipité du haut de l’estrade par le secrétaire du syndicat CGT des métallurgistes. F. Destrem*, secrétaire du rayon communiste, fut blessé (La Voix des Travailleurs, 5 septembre 1926).

L’Union départementale cessa de se renforcer à partir de 1926. Le nombre de ses syndicats se stabilisa à quatorze ; pour le nombre des adhérents les données précises manquent mais les rapports de police les estiment à deux mille deux cents en 1928 et deux mille l’année suivante. Cette stagnation s’explique par l’échec des grèves lancées par la CGTU. Une seule obtint un succès partiel : après quinze jours d’arrêt de travail en février 1926, les deux cent cinquante ouvriers d’« Art du bois » (corporation de Jean-Georges) obtinrent une augmentation de quinze centimes par heure. Les autres mouvements aboutirent à un échec, sinon au licenciement des dirigeants syndicaux : maçons employés à la construction de l’hôpital municipal Purpan (février 1926), métallurgistes d’Austral (mars 1926), ouvriers en chaussure de Toulayou (3-8 juin 1926), employés de la Bouillie Barousse (11 avril 1927), Société Viti-agricole (21 avril 1927). « Après chaque défaite enregistrée à la suite d’une grève, les syndicats unitaires ont vu le nombre de leurs adhérents diminuer » (rapport de police du 13 mai 1929, Arch. Nat. F7/12986). Seul le syndicat des cheminots du réseau Midi progressait régulièrement.

Jean-Georges militait activement au Parti communiste et il assura la trésorerie de la cellule 17 en 1927. Il fut candidat au conseil général dans le canton de Moissac (Tarn-et-Garonne) en octobre 1931 et aux élections législatives de mai 1932 dans la circonscription de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne). Un rapport interne du 9 septembre 1926, signé Moreau, le qualifiait de « très bon administrateur mais pas qualifié du tout comme agitateur » (I.M.Th., 156).

Au congrès de fusion des UD, le 5 janvier 1936, les confédérés disposaient d’une confortable majorité, Jean-Georges perdit sa place de permanent et devint simple membre du conseil d’administration départemental. Il ne fut pas réélu l’année suivante mais resta délégué régional de la Fédération du Bâtiment. En 1937, il était membre du comité régional de la région Haute-Garonne-Ariège du Parti communiste.

Georges Jean épousa Henriette Riu (ouvrière dans une usine de bonneterie) à Toulouse, le 24 avril 1920. Ils eurent trois enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article96665, notice JEAN Georges, Émile, Marcel, dit JEAN-GEORGES. par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 10 janvier 2011.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 495 270 742. — Arch. Nat. F7/12986, F7/13109, F7/13113, F7/13171. — Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, I.M.Th., microfilm 156. — La Voix des Travailleurs, 1926-1936. — La Voix du Midi, 1937-1938. — D. Porté, Marcel Thourel, thèse 3e cycle, op. cit. — État civil de Moissac.

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