ADAM Georges, Alphonse, dit George. Pseudonyme dans la clandestinité : Hainaut ; pseudonymes journalistiques : Marcel FORTIER, Jacques DEGLANE

Par Paul Dirkx

Né le 16 juin 1908 à Carnières (Belgique), mort le 10 avril 1963 à Paris (XVIIIe arr.) ; ingénieur et écrivain à Liège (Belgique), puis journaliste et écrivain à Paris ; « compagnon de route » pendant un temps, résistant ; rédacteur en chef de Tout et Tout, de Front National, des Lettres françaises, de France-Illustration, rédacteur en chef adjoint du Figaro Littéraire.

George Adam était l’enfant unique de Vital Adam, mineur, et d’Angèle Michiels, cabaretière. Il semble ne pas avoir quitté sa région natale du Borinage avant son établissement à Liège où il effectua des études d’ingénieur des mines. Préférant à ses études la préparation d’un Essai sur Van Lerberghe, il fit la rencontre, en 1927, du futur académicien belge Marcel Thiry, à ce moment-là jeune poète moderniste, qui l’encouragea à écrire et l’aida à publier ses deux premières plaquettes de vers. Aucun des autres jeunes écrivains isolés qu’il connut par la suite, tels les Liégeois Georges Poulet et Hubert Dubois, ne le marqua autant que Thiry. George Adam codirigea la revue Sang Nouveau, donna des textes à plusieurs autres — dont l’éphémère Esprit du temps (février-novembre 1933) qui, dirigé par Charles Plisnier* et Albert Ayguesparse, était proche du Parti ouvrier belge — ainsi qu’au journal La Meuse. Mais il avait beau réaliser ses projets d’écriture, il se sentait toujours plus à l’étroit à Liège. En avril 1935, affligé à la fois par « l’asphyxie provinciale » et par une déception amoureuse (voire un premier mariage raté avec Marie Manerol, avec laquelle il eut une fille), il se fit enrôler à bord d’un navire marchand, puis, la même année, s’installa dans la capitale française pour se consacrer à ce par quoi « [il eut] dû commencer : le journalisme parisien ».
Après un court passage dans une usine de Courbevoie comme dessinateur industriel, il offrit ses services, de 1937 à 1940, au journal Ce Soir. On trouve aussi sa signature dans l’hebdomadaire antifasciste belge Combat de 1936 à 1938, ainsi que dans Europe où, en 1936, parut sa nouvelle Un Homme à la mer, et où il donna quelques comptes rendus en 1939. Il abandonna sa foi dans le régime stalinien après l’affaire Victor Serge*. Le 2 septembre 1939, George Adam s’engagea comme volontaire étranger dans l’armée française et en mai 1940, année où il obtint la nationalité française, prit part à la bataille des Ardennes. Fait prisonnier en juin, il réussit à s’évader du camp de Bar-le-Duc au mois de décembre. De retour à Paris, auprès de sa deuxième épouse, Juliette Mallet, il prit la tête de la rédaction de Tout et Tout, « hebdomadaire du rire et de la lecture », et parvint à vivre de piges dans divers magazines de spectacle, travaux qu’il combina ensuite avec un mi-temps comme attaché de presse au comité d’organisation du textile. Cela lui permettait de mener des actions clandestines pour le Comité national des écrivains. Resté en contact avec ses anciens confrères de Ce Soir (principalement Louis Parrot*, Claude Morgan*, Édith Thomas* et Jacques Billiet*), George Adam devint l’un des principaux animateurs de la presse clandestine parisienne. Il obtint pour ses amis des Lettres françaises une formation technique de Léandre Livet, typographe à la Pariser Zeitung, lequel le mit en rapport avec Marcel Blondinqui accepta d’imprimer le journal du CNE. Ces progrès portèrent le tirage à quelque 12 000 exemplaires et rendirent possible la diffusion sur l’ensemble du territoire. George Adam réussit ainsi à transformer la feuille ronéotypée en un vrai journal imprimé à partir du numéro 10 (octobre 1943). D’autres publications devaient également bénéficier de ses activités, notamment l’Almanach des Lettres françaises (mars 1944). Les Éditions de Minuit, qu’il aidait à diffuser, et au « comité de lecture » duquel il entrera au printemps 1944, disposaient désormais d’une imprimerie plus performante. C’est encore grâce à lui qu’un éditeur comme René Julliard put continuer malgré la pénurie de papier. Dirigeant Les Lettres françaises avec Claude Morgan et Paul Éluard*, la plupart du temps depuis son appartement de la place de Vaugirard, il se vit confier la réédition des vingt numéros clandestins du journal. Lui-même y publia onze articles dirigés contre des écrivains, acteurs et hommes politiques « collaborationnistes », notamment Pierre Drieu La Rochelle. Quelques jours avant la libération de Paris, une perquisition de la Gestapo faillit empêcher la parution de l’Appel de la liberté (sous le pseudonyme de Hainaut qui fait référence à sa province natale). Ce récit, dernier livre clandestin des Éditions de Minuit, s’inspire de son internement et de son évasion en 1940. Ses activités de résistant allaient valoir à ce compagnon de route le poste de rédacteur en chef des Lettres françaises libres, publication qu’il saura rendre attrayante et diversifiée. Il y écrivit des articles en faveur d’une épuration juste et respectueuse de l’autonomie littéraire. La plupart de ses autres textes furent des reportages à l’étranger, notamment comme conférencier de l’Alliance française aux États-Unis, pays qu’il admirait (cf. son essai L’Amérique en liberté) et dont il traduira plusieurs auteurs. La référence gaulliste qui anime son livre clandestin ainsi que la dédicace de L’Épée dans les reins à son « ami Paul Nizan* » contribuèrent peut-être à son remplacement, en novembre 1946, par le communiste catholique Loys Masson*. George Adam fut aussi le premier rédacteur en chef du Front National libre, jusqu’au 6 octobre 1945, moment où Jacques Debû-Bridel quitta son poste de directeur de ce journal en raison d’un désaccord politique avec le Front National, toujours plus proche des positions communistes. George Adam fut l’un des fondateurs de l’Union des écrivains pour la vérité, dont il restera jusqu’à la fin de sa vie le secrétaire général. De 1947 à 1949, il dirigea la rédaction du supplément théâtral et littéraire du bimensuel France-Illustration, dont il fut aussi le chroniqueur littéraire jusque vers 1954. De 1947 à 1951, il exerça cette même fonction à Paris-Presse, quotidien fondé en 1944 par Philippe Barrès et Ève Curie au nom de la Résistance extérieure. Il rédigea plusieurs pièces radiophoniques pour la Radiodiffusion française, parmi lesquelles Les Voyageurs de l’autostrade montre que le « réalisme magique » et les interrogations métaphysiques de son ami Marcel Thiry continuaient de l’inspirer. Les dernières années de sa vie furent consacrées à la littérature, au journalisme et à sa passion pour la floriculture. En juin 1956, il entra au Figaro Littéraire pour y devenir, en 1962, le rédacteur en chef adjoint. 1956 fut aussi l’année de son dernier livre paru chez Gallimard, Le Sang de César, où il s’élevait contre la peine de mort. Cet humaniste projetait d’écrire un volume pour le vingtième anniversaire de la Libération, mais il succomba à un cancer de la gorge.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9673, notice ADAM Georges, Alphonse, dit George. Pseudonyme dans la clandestinité : Hainaut ; pseudonymes journalistiques : Marcel FORTIER, Jacques DEGLANE par Paul Dirkx, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 1er août 2018.

Par Paul Dirkx

ŒUVRE : D’Ève à Pan. Essai sur Van Lerberghe, Braine-le-Comte, La Nervie, 1927. — Petits Commerces, Liège, Georges Thone, 1928. — Année. Anvers au cœur perdu, Liège, Georges Thone, 1932. — Un Homme à la mer, Rieder, 1936. — À l’Appel de la liberté [pseudonyme : Hainaut], [Paris], Les Éditions de Minuit, 1944. — L’Épée dans les reins. Roman. Chroniques des années quarante, Genève-Paris, Éditions des Trois Collines, 1944. [Gallimard, 1947.] — [George Adam], Les Lettres françaises clandestines, Imprimerie Delalain, s.d. [1946]. — L’Amérique en liberté, Robert Laffont, 1947. — Les Pluvinages. Roman, Plon, 1950. — « Le Mystère du « Mobiline ». Récit radiophonique de George Adam et Jacques Berland », France-Illustration, Le Monde illustré. Supplément théâtral et littéraire 79 (24 mars 1951), p. 17-32. — « L’Aventurier du Venezuela. Nouvelle », Les Œuvres Libres 65 (octobre 1951), p. 103-140. — « Les Voyageurs de l’autostrade. Conte radiophonique », France-Illustration, Le Monde illustré. Supplément théâtral et littéraire 141 (1953), p. 1-14. — Le Roman des roses [essai], s.l., SAM. Les Beaux Livres, 1954, coll. de Vulgarisation scientifique « Le monde et l’homme ». — Le Sang de César. Roman, Gallimard, 1956. — La Bande à Bonnot. Récit radiophonique en dix épisodes, s.l. n.d. [diffusé du 19 juillet au 27 septembre 1959].

SOURCES : Archives et Musée de la Littérature (Bibliothèque royale Albert Ier, Bruxelles). — Arch. Lise Thiry (Braine-le-Château, Belgique). — Fonds littéraire Jacques Doucet. — Pierre Macaigne, « Cinq minutes avec... George Adam », Le Figaro Littéraire, n° 94, 7 février 1948, p. 5. — Pierre Berger, « Instantanés. George Adam », Les Nouvelles Littéraires, n° 1 212, 23 novembre 1950, p. 7. — George Adam, « Il y a dix ans, Paul Éluard... J’écris ton nom : Résistant », Le Figaro littéraire, n° 865, 17 novembre 1962, p. 1, 5. — Michel Droit, « George Adam, notre ami », Le Figaro littéraire, n° 887, 20 avril 1963, p. 2. — Jacques Debû-Bridel, Les Éditions de Minuit. Historique et bibliographie, Les Éditions de Minuit, 1945. — Louis Parrot, L’Intelligence en guerre. Panorama de la pensée française dans la clandestinité, La Jeune Parque, [1945]. — George Adam, « Témoignages de la nuit », The French Review 19, 6 (mai 1946), p. 357-369. — Id., « Aux miroirs de l’amitié », Marginales, n° 19, 95-96 (juin 1964), p. 19-28. — Henri Temerson, Biographies des principales personnalités françaises décédées au cours de l’année 1963, Paris, chez l’auteur, 1968. — Paul Legrain, Le Dictionnaire des Belges, Bruxelles, Paul Legrain, 1981. — Nicholas Hewitt, « Les Lettres françaises and the Failure of the French Postwar « Renaissance » », Nicholas Hewitt (éd.), The Culture of Reconstruction. European Literature, Thought and Film, 1945-1950, New York, St. Martin’s Press, 1989, p. 120-139. — Anne Simonin, Les Éditions de Minuit 1942-1955. Le devoir d’insoumission, Paris, IMEC Éditions, 1994, coll. L’Édition contemporaine.

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