AGNÉRAY Auguste, Jacques, Léon

Par Bruno Béthouart

Né le 31 mai 1917 à Calais (Pas-de-Calais), mort le 14décembre 2003 à Calais ; militant jociste du Pas-de-Calais, permanent de la JOC (1935-1937) ; syndicaliste CFTC puis CFDT, secrétaire de l’Union locale CFDT de Calais ; responsable local du Mouvement populaire des familles (MPF) puis du Mouvement de libération ouvrière (MLO) ; militant du Parti socialiste unifié (PSU) ; membre de l’Action catholique ouvrière (ACO).

Né dans un quartier de pêcheurs, Auguste Agnéray était le fils d’un nettoyeur aux Wagons-Lits (journalier sur l’acte de naissance). Sa mère, ménagère sur l’acte de naissance, fut obligée de travailler dans une crèche pour faire vivre la famille composée de cinq enfants. Scolarisé jusqu’à l’âge de douze ans, Auguste Agnéray obtint son certificat d’études primaires, mais ne put continuer ses études faute de ressources familiales suffisantes. Il alla travailler au cartonnage et à la dentelle puis réussit par la suite à entrer à la SNCF tout en apprenant par lui-même l’anglais dans l’espoir d’entrer aux Wagons-lits. Dès l’âge de treize ans, ce jeune homme, issu d’une famille de tradition catholique, découvrait le lien particulier entre le christianisme et le monde ouvrier à travers la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et, en 1933, devenait président-fondateur d’une section jociste. Il accepta la tâche de permanent entre dix-huit et vingt ans. Durant la grande phase de crise économique au sein de la mono-industrie de la dentelle de Calais, il proposa la création d’un bureau de placement entre 1933 et 1936, organisa des ateliers de dactylo, de menuiserie. Cette période fut pour lui le temps d’une intense formation qui l’arma pour la suite. En 1936, il adhéra à la CFTC dans l’espoir de la création d’un grand mouvement ouvrier chrétien qu’il estima, avec le recul du temps, irréalisable et même peu souhaitable. Après avoir quitté ses fonctions de permanent pour remplir ses obligations militaires, alors qu’il ne lui restait plus que quarante jours de service à effectuer, la guerre l’obligea à rester dans l’armée ; il fut fait prisonnier jusqu’en 1945. De ce séjour forcé en Allemagne, il gardait le souvenir d’un temps de découverte, de travail en commun en usine avec des Allemands, des Polonais, des Ukrainiens et d’échanges dans le cadre des rencontres entre prisonniers de guerre.

Quelque peu désorienté à son retour par la nouveauté des organisations telles que le Mouvement populaire des familles (MPF), le Mouvement républicain populaire (MRP), il retourna à la SNCF et, après une seule année de présence au comité des prisonniers de guerre, décidait d’adhérer au syndicat des cheminots CFTC. En 1947, il fit partie d’un comité de grève unitaire avec la CGT du fait de l’absence volontaire des responsables syndicalistes chrétiens et y réclama, en vain, le relèvement des seuls bas salaires. Par la suite, il pratiqua systématiquement l’unité avec les cégétistes contre l’avis des responsables du syndicat chrétien. Il se sentait mieux intégré au MPF dans lequel il menait des actions en faveur du logement, contre les expulsions, en lien avec la CGT à Calais et où il assuma la fonction de secrétaire ainsi que dans le Mouvement de libération ouvrière (MLO). Après avoir, dans les quartiers de la cité portuaire, milité en faveur de l’indépendance du peuple algérien lors du gouvernement de Front républicain de Guy Mollet*, pratiqué des réunions d’information sur l’économie, offert des propositions d’activités culturelles, et participé à une commission nationale sur les problèmes économiques, il décida de quitter ce mouvement quand il devint « Culture et liberté » en 1965. Plus à l’aise à la CFDT qu’à la CFTC, il appréciait l’ouverture de la nouvelle centrale et manifestait une attention particulière à la syndicalisation des jeunes travailleurs. En 1968, engagé dans le comité de grève des cheminots, il prit la parole au nom de son organisation dans un meeting à Calais le 1er juin. Il se montrait cependant critique devant la politisation du syndicat, devant le manque d’indépendance face au Parti socialiste et rappelait la nécessité d’un langage de vérité sur les phénomènes économiques.

Auguste Agnéray s’était marié en août 1946 à Calais avec Olga Radenne. Avec son épouse, mère au foyer et militante, il fonda une famille de trois enfants, dont deux étaient handicapés. Il s’investit, de 1962 à 1965, dans la création d’une association locale pour enfants inadaptés et dans la mise en place d’un Centre d’aide par le travail (CAT). Ayant adhéré au PSU en mai 1968, il le quitta dix ans plus tard. Membre d’une équipe d’Action catholique ouvrière (ACO), pratiquant régulier, il participa à la vie d’une paroisse ouvrière de Calais.

Un temps secrétaire du syndicat interprofessionnel des retraités CFDT qui comptait une centaine de membres, Auguste Agnéray s’efforça de prendre en compte et de formuler les revendications et les aspirations des adhérents dans le cadre d’une organisation ouverte à tous les retraités, les Personnes âgées en marche (PAM).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9716, notice AGNÉRAY Auguste, Jacques, Léon par Bruno Béthouart, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 10 décembre 2008.

Par Bruno Béthouart

SOURCES : Christine Bard, Paroles de militants, témoignages de syndicalistes CFTC-CFDT du Nord-Pas-de-Calais 1925-1985, Lille, Association 1884-1984, 1990. — Notice DBMOF par Nathalie Viet-Depaule. — Documents fournis par Gilbert Ryon dans le cadre de l’Association régionale pour l’histoire ouvrière et syndicale (ARHOS) le 28 décembre 1998. — État civil.

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