AIGOIN Jean, Louis, Ernest

Par Loïc Le Bars

Né le 15 septembre 1928 à Vaux-en-Dieulet (Ardennes) ; professeur de mathématiques ; militant de la tendance École émancipée, membre des commissions administratives de la FEN (1960-1962), du SNET, puis du SNES (1965-1971), membre du SGEN (1972) ; militant de l’UGS et du PSU, secrétaire de la section de Montluçon (Allier) du PS (1977-1981) ; conseiller municipal de Montluçon (1977-1983).

Les parents de Jean Aigoin étaient instituteurs ruraux dans les Ardennes. Son père, Élie Aigoin, venu des Cévennes pour enseigner dans ce département en 1918 après avoir été deux fois blessé pendant la guerre, rencontra sa future femme, Cécile Gillet, à Revin. Celle-ci, réfugiée avec sa famille dans l’Allier, avait été admise à l’École normale d’institutrices de Moulins (Allier) en 1915 et, à l’issue de sa scolarité, était retournée dans les Ardennes, son département d’origine. Deuxième et dernier enfant de sa famille, Jean Aigoin fut baptisé, mais ses parents, syndiqués au SNI et de sensibilité socialiste, ne lui firent donner aucune éducation religieuse.

En 1940, sa famille dut se réfugier à Melle (Deux-Sèvres). Elle regagna les Ardennes en 1941 et il termina ses études à Sedan. Il fut élève en mathématiques supérieures et spéciales au lycée Saint-Louis à Paris. Son père aurait aimé le voir entrer à l’École polytechnique mais préférant l’enseignement, il fut reçu, en 1950 à l’École normale supérieure de l’enseignement technique de Cachan (Seine, Val-de-Marne) où il entra en contact avec des militants du Parti communiste internationaliste. Mais cette organisation était alors en proie à une crise qui allait se terminer par l’exclusion de la majorité de ses militants de la IVe Internationale. Il prit rapidement ses distances. En 1953, il fut nommé à Égletons (Corrèze) avant de partir, l’année suivante, effectuer son service militaire en Allemagne.

En avril 1955, Jean Aigoin se maria à Malicorne (Allier) avec Jeanne Chapelier, une institutrice de l’Allier. Membre du conseil syndical de la section départementale du SNI, en novembre 1963, Jeanne Aigoin signa le texte programme pour l’élection au bureau national du SNI « Pour un syndicalisme révolutionnaire : Programme des « Amis de l’École émancipée » et fut candidate au bureau national du SNI en décembre 1963.

Rendu à la vie civile, Aigoin demanda un poste en Allier. , et, rendu à la vie civile, demanda un poste dans ce département. Il fut nommé à la rentrée au lycée technique d’État de Montluçon où il accomplit toute sa carrière comme professeur certifié de mathématiques (classe préparatoire aux écoles d’Arts et Métiers puis, en 1963, mathématiques supérieures, à partir de 1976, mathématiques spéciales). Sous son impulsion, la tendance de l’École émancipée, assez présente dans la section du SNI (voir Jeanne Laurent, Raymond François, Suzette François) commença à intervenir dans le Syndicat national de l’enseignement technique. En 1958, il devint membre de la CA du S3 du SNET et de celle de la FEN. Profondément opposé à la guerre d’Algérie, il adhéra la même année à l’Union de la gauche socialiste et continua à militer activement, après la fusion de cette organisation avec le Parti socialiste autonome, à la section de Montluçon du Parti socialiste unifié. Il fit partie en 1960 de la commission des conflits de la fédération de l’Allier du PSU.

Jean Aigoin représenta l’École émancipée à la CA nationale de la FEN de 1960 à 1962. Il fut aussi élu en 1964-1965 à la CA nationale du SNET, puis après la fusion de ce syndicat avec le SNES en 1967, à la CA nationale de ce dernier. En 1969, il combattit contre les « manœuvres » des militants de l’ex-Organisation communiste internationaliste pour s’emparer de la direction de l’École émancipée. Son opposition à l’orientation préconisée par l’organisation trotskiste découlait aussi du fait qu’il se sentait de plus en plus proche de Rénovation syndicale, une autre tendance minoritaire de la FEN qui, comme lui, s’opposait au caractère « dogmatique » de l’enseignement en critiquant son contenu et ses méthodes pédagogiques et en préconisant, pour permettre de commencer à mettre en place les réformes qu’elle jugeait indispensables, une certaine décentralisation. En 1971, une liste commune École émancipée-Rénovation syndicale remporta la majorité des suffrages dans l’Allier lors des élections à la CA académique du SNES. Aigoin devint membre du S2 du SNES.

Mais, il se sentait de plus en plus mal à l’aise dans le syndicat dont les prises de position lui semblaient trop « corporatistes » alors qu’il était de plus en plus convaincu qu’il fallait aussi se battre pour changer le contenu des programmes et faire en sorte que l’école, et en particulier l’enseignement secondaire, s’adaptât enfin aux élèves, de plus en plus nombreux, qu’elle accueillait au lieu de les forcer à se conformer à des règles intangibles. Par ailleurs, il avait le sentiment que beaucoup de ses camarades de l’École émancipée se satisfaisaient trop facilement de leur rôle d’éternels minoritaires alors que, selon lui, il était possible de remettre en cause l’hégémonie d’Unité et Action dans le SNES, comme ce fut le cas dans l’Allier. Il n’appréciait pas non plus les méthodes utilisées dans la tendance par les militants de la Ligue communiste qui n’étaient pas loin se comporter à ses yeux de la même manière que l’avaient fait ceux de l’OCI avant la scission de 1969 et la création de l’École émancipée-Front unique ouvrier. En 1972, le refus de la majorité de ses camarades d’accepter la fusion avec Rénovation syndicale l’amena à quitter la FEN et, avec un certain nombre de militants de sa tendance, comme Gabriel Cohn-Bendit, à rejoindre le SGEN dont les revendications dans le domaine pédagogique, mais aussi dans celui de l’action à mener pour la défense de l’écologie, correspondaient mieux à ses convictions. Il devait rester adhérent à ce syndicat jusqu’au « recentrage » de la CFDT amorcé au milieu des années 1980.

Auparavant, en 1971, Jean Aigoin avait animé un comité de défense de quatre élèves de son lycée traduits en justice pour objection de conscience. Cette action, qui lui valut de violentes attaques de la part du PCF et de la CGT, contribua à leur acquittement. En 1973, à la suite de Michel Rocard*, il adhéra au PS où il fut d’abord attiré par le CERES. Mais le « jacobinisme » de ce dernier ne tarda pas à le rebuter et il rejoignit les « rocardiens ». Secrétaire de la section du PS en 1977, il fut élu conseiller municipal sur la liste conduite par le communiste Pierre Goldberg. Deux ans plus tard, il devint adjoint, chargé des affaires culturelles. À ce titre, il mena à bien le transfert de la bibliothèque et de l’école municipales, installées dans des locaux insalubres du centre ville, dans d’anciens locaux industriels préalablement restaurés. Il fut aussi à l’origine de l’implantation à Montluçon du Théâtre des Fédérés. Ses propositions furent en général bien acceptées par la majorité communiste du conseil municipal. Mais, dans beaucoup de domaines, il n’en fut pas de même, et, avec ses camarades socialistes, il se plaignit à plusieurs reprises du peu de cas que la majorité faisait de leurs suggestions ; ce qui les amena certaines années à ne pas voter le budget. En 1983, la section du PS, dont il n’était plus secrétaire depuis deux ans, décida de présenter une liste séparée aux élections municipales. Il refusa de participer à la fusion avec la liste communiste arrivée en tête au premier tour, n’ayant pas obtenu les assurances qu’il demandait pour un fonctionnement plus démocratique de la municipalité d’union de la gauche.

Toujours membre du Parti socialiste, n’y militant plus activement, Jean Aigoin prit sa retraite en 1988, et restait un observateur de la vie politique de sa ville.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9743, notice AIGOIN Jean, Louis, Ernest par Loïc Le Bars, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 2 mars 2021.

Par Loïc Le Bars

SOURCES : Arch. Nat., 581 AP 119. — Presse syndicale : L’Enseignement public, Le Travailleur de l’enseignement technique, L’Université syndicaliste, [L’Ecole émancipée. — Fonds d’archives de la fédération départementale du PS. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Notes de Pierre Couderc et de Jacques Girault. — État civil de Vaux-en-Dieulet (2009).

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