ALAMACHÉRE François, Louis, Paul

Par Pierre Bonnaud

Né le 17 décembre 1925 à Orléans (Loiret), mort le 19 juillet 1991 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; militant UJRF puis PCF, l’un des fondateurs du journal Clarté (1947), membre du comité exécutif de l’Union internationale des étudiants (UIE), responsable de l’édition française de la revue Étudiants du monde.

François Alamachère était berrichon par ses origines familiales. Son père, Gaston Maurice Alamachère, représentant de commerce, était né à Belâbre (Indre), et sa mère Catherine Victoire Julien, surveillante générale de l’enseignement public, à Sancoins (Cher), deux localités berrichonnes.

La mère de François Alamachère était une forte personnalité. Dotée du Brevet élémentaire, elle fit carrière dans l’administration scolaire, entraînant sa famille dans de multiples changements de résidence (Orléans, Reims, Auch, Toulouse, Paris, Saint-Cloud) avant de se retirer à Sancoins. Elle éleva son fils aîné, François et sa fille cadette Marie-Claude dans la tradition républicaine et laïque.

De son enfance, François Alamachère conservait le souvenir de ses visites à de proches parents domiciliés à Thiers (Puy-de-Dôme), ouvriers couteliers et militants communistes de la première heure, auxquels il vouait une particulière affection. Deux situations vécues pendant la guerre le marquèrent profondément. En 1943, inscrit au lycée Henri IV (sa mère exerçait au lycée Fénelon), François Alamachère participa à un mouvement de protestation animé par son professeur d’histoire contre la stigmatisation de la population juive, en arborant sur ses vêtements l’étoile jaune. En juillet 1944, au moment de la retraite allemande, en vacances chez ses grands-parents à Sancoins, il fut raflé dans la rue par un détachement de la colonne Elster et frôla l’exécution sommaire.

À l’issue de la guerre, après avoir achevé sa scolarité secondaire au lycée de Saint-Cloud où sa mère venait d’être nommée, François Alamachère s’inscrivit à l’institut d’anglais de la Sorbonne et prépara une licence. Ce fut le point de départ de son militantisme communiste. Il adhéra à l’UJRF, voyagea en Tchécoslovaquie, participant à un rassemblement de jeunes militants à Prague. En 1947-48, il fit partie en région parisienne des fondateurs du journal « Clarté » dont il devint l’un des rédacteurs. Dans le milieu des étudiants communistes, il se lia alors d’amitié avec l’un de ses camarades, inscrit en Droit, Jacques Vergès *.

En 1949, François Alamachère renonça à achever ses études universitaires (il lui restait à passer un dernier certificat de licence). Alors que la Guerre froide battait son plein, devenu membre du Comité exécutif de l’Union internationale des étudiants (UIE), il partit pour Prague et devint « permanent », responsable de l’édition française de la revue Étudiants du Monde. A ce poste, il participa à la campagne du mouvement communiste international autour de l’appel de Stockholm. Au siège de l’UIE, il retrouva Jacques Vergès et travailla avec une équipe de militants venus de tous pays, notamment le Britannique John Pride.

Durant son séjour en Tchécoslovaquie qui se prolongea jusqu’en 1955, il effectua pour le compte de l’UIE de nombreux déplacements et voyages dans les démocraties populaires. En avril 1951, il prit le transsibérien, se rendit en Chine populaire à Pékin où le comité exécutif de l’UIE tenait ses assises. Sa découverte de la révolution et de la civilisation chinoises devait l’influencer profondément.

En mars 1952, il rencontra à Budapest une militante cubaine de la Fédération étudiante universitaire (FEU), membre des Jeunesses du Parti socialiste populaire de Cuba, Gloria Fuentes y Daza, née à La Havane le 20 mars 1938, diplômée en philosophie de l’université cubaine, qui devint sa compagne. Jacques Vergès fut témoin à leur mariage, officialisé en France le 13 octobre 1958. Deux enfants, Gaston et François, naquirent de leur union.

Rentré en France avec sa compagne en 1955, François Alamachère devint professeur auxiliaire au Centre d’apprentissage de Chartres puis passa le concours d’entrée à l’École Normale d’Apprentissage de Paris où il fit la connaissance d’Auguste Dumeix*. Il enseigna ensuite à Paris (XIe arr.) et à Naufles-le-Vieux. Militant au PCF, il entretint des liens durables de camaraderie et d’amitié avec notamment Léon et Henriette Lavallée* et Hélène Steinberg*. Gloria Alamachère, en contact avec le PC cubain, devint après la révolution castriste secrétaire (de 1960 à 1964) à l’ambassade cubaine en France auprès d’Arnold Gramatgès.

En 1962, durant les vacances d’été, François et Gloria Alamachère effectuèrent un premier voyage à Cuba avant de s’installer dans l’île avec leurs enfants, de 1964 à 1968. François Alamachère occupa un poste de collaborateur à l’Institut de réforme agraire et son épouse travailla au ministère des relations extérieures de Cuba (MINREX). En 1968, le congé de longue durée de François Alamachère étant épuisé et l’État cubain réajustant ses structures, les Alamachère rentrèrent en France.

François Alamachère réintégra l’enseignement technique et obtint un poste à Fourchambault (Nièvre), à proximité de Sancoins où il vint résider avec sa famille. Son épouse effectua des remplacements dans l’enseignement secondaire. Critique à l’égard du PCF, François Alamachère ne milita plus dans l’organisation communiste mais demeura fidèle par principe à la CGT et à son unique syndicat de l’enseignement à cette date, le SNETP-CGT. Personnalité d’une grande culture, qui savait manier l’humour, François Alamachère disparut prématurément peu de temps après avoir pris sa retraite.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9766, notice ALAMACHÉRE François, Louis, Paul par Pierre Bonnaud, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 27 juillet 2009.

Par Pierre Bonnaud

SOURCES : Témoignage de Gloria Fuentes-Alamachère. — Didier Fisher, L’histoire des étudiants en France de 1945 à nos jours, Flammarion, 2000. — État civil d’Orléans.

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