ALBERTINI Barthélemy, Don Ignace

Par Pierre Boiteau

Né le 12 novembre 1897 à Tralonca (Corse), mort en 1945 à Alger ; avocat près la Cour d’appel de Paris (1921-1925) ; avocat défenseur à Tananarive (Madagascar) 1925-1945 ; militant socialiste ; anticolonialiste ; résistant.

Barthélémy Albertini était le quatrième enfant d’une famille modeste ; son père était chef de gare du village où il naquit en 1897. Il fit ses études secondaires au lycée d’Ajaccio. Mobilisé en 1916 dans l’infanterie, il servit au front, fut décoré de la Croix de guerre avec deux étoiles. Démobilisé, il finit ses études de Droit à la Faculté de Paris tout en assurant un modeste emploi au ministère des Dommages de Guerre.

Après le congrès de Tours, il adhéra au Parti socialiste (SFIO), 15e section, Fédération de la Seine et participa, en tant que délégué de sa section, au 37e congrès fédéral, 18 janvier-1er février 1925 (la famille a conservé sa carte de délégué).

Ayant obtenu sa licence en Droit en 1921, Barthélémy Albertini s’inscrivit comme avocat à la Cour d’appel de Paris et épousa la même année Lucienne Logerot qui sera dès lors sa fidèle collaboratrice (voir la notice de Lucienne Albertini*). Il fit bientôt connaissance d’un avocat malgache, Samuel Stephany* qui le décida à partir pour Madagascar.

Accompagnés de leurs deux premiers enfants, les Albertini s’embarquèrent en octobre 1925 à destination de Tamatave. Dès son arrivée dans l’île, Me Albertini fut l’objet d’une surveillance étroite de la police coloniale et se vit refuser la demande d’inscription qu’il déposa comme avocat défenseur, seule procédure permettant alors, en l’absence de tout Barreau, à un avocat de plaider à Madagascar. Son étude enfin ouverte, Me Albertini acquit rapidement une brillante réputation de défenseur et participa activement, en tant qu’avocat et journaliste, à la lutte contre les abus du régime colonial : défense des journaux politiques fondés par des patriotes malgaches, création du Parti socialiste (SFIO), section de Madagascar.

Cette lutte atteignit son point culminant avec l’affaire du 19 mai 1929. Un meeting d’abord autorisé, fut interdit au dernier moment aux Malgaches non-citoyens français par la police coloniale, interdiction suivie d’une importante manifestation de rue (c’est là que fut lancé pour la première fois le mot d’ordre : "Madagascar aux Malgaches" et "Indépendance"), et de l’arrestation de nombreux manifestants. Me Albertini défendit certains accusés malgaches et soutint Me Robert Foissin*, avocat envoyé de France par le Secours Rouge International pour la défense des inculpés et notamment de deux membres du Parti communiste français : Édouard Planque* et François Vittori* — voir ces noms.

En 1930, le Gouverneur général Léon Cayla instaura une répression particulièrement brutale du mouvement national malgache. Il exila pour cinq ans ses principaux leaders et interdit la publication de leurs journaux. Pour faire face à ces mesures arbitraires, Me Albertini déposa une requête au ministère des Colonies en vue de la création d’un Barreau normal à Tananarive. Le Gouverneur général réagit en promulguant l’arrêté du 4 mai 1932 qui mettait les avocats sous une tutelle plus draconienne encore. Me Albertini se pourvut alors en Conseil d’État, réclamant l’annulation pure et simple de ce texte non réglementaire. La Sûreté monta alors contre lui une machination policière en soudoyant de faux-témoins ; il fut arrêté et condamné par la Cour criminelle de Tananarive à cinq ans de réclusion. Ce jugement sera cassé pour vice de forme par la Cour de cassation de Paris et Me Albertini acquitté par une nouvelle juridiction. Il n’en fut pas moins traduit devant un "conseil de discipline" en vertu des dispositions de l’arrêté du 4 mai 1932 qu’il mettait en cause et suspendu pour six mois avec demande de radiation. Il attaqua cette décision arbitraire et se rendit à Paris pour soutenir sa requête devant le Conseil d’État. Il y était encore à l’avènement du Front Populaire et obtint enfin la création d’un Barreau à Madagascar.

Durant cette longue absence, son étude resta néanmoins ouverte et fonctionna sans interruption grâce au travail inlassable de son épouse Lucienne Albertini et au dévouement des clercs malgaches qui restèrent fidèles, en dépit de toutes les pressions et des difficultés financières.

De retour à Madagascar fin 1936, Me Albertini s’occupa d’aider les tout premiers syndicats malgaches qui commençaient à s’organiser. Le droit syndical n’existait pas dans la colonie et les autorités de l’époque lui étaient profondément hostiles. Cependant de grandes grèves éclatèrent en 1936. Le gouvernement français dut enfin par décret du 19 mars 1937 reconnaître, au moins en principe le droit syndical ; mais celui-ci restait assorti de nombreuses restrictions : obligation de savoir lire et écrire le français, par exemple. Chaque création de syndicat devait faire l’objet d’un dépôt de statuts auprès de l’administration coloniale, ainsi que d’un procès-verbal énumérant les noms, adresses et professions de tous ses responsables. L’administration engageait alors systématiquement des poursuites contre ceux-ci et très souvent allait même jusqu’à prononcer leur internement ou leur mise en résidence fixe à titre préventif. Me Albertini eut ainsi à intervenir pour défendre les droits des fondateurs des syndicats des ouvriers et employés de Boucherie, des travailleurs de la Métallurgie, etc. Lorsque furent déposés, le 4 octobre 1937, les statuts de l’Union départementale des Syndicats ouvriers et employés de Madagascar (CGT), ses responsables furent immédiatement traduits devant les tribunaux sous l’inculpation de "constitution illégale d’association". C’est encore Me Albertini qu’ils choisirent comme défenseur.

Les colons de Mananjary lui avaient voué une haine tenace pour sa défense des paysans expropriés de leurs terres. En mars 1938, ils organisèrent contre lui un véritable guet-apens, comme ils l’avaient fait quelques mois plus tôt pour le leader du mouvement national : Jean Ralaimongo. Me Albertini ne dut de leur échapper qu’à la vigilance des nombreux amis qu’il comptait parmi les simples paysans malgaches.

Durant leur séjour à Madagascar, les Albertini eurent trois enfants, dont deux moururent en bas âge.

Mobilisé en 1939, il s’embarqua pour la France avec un détachement de tirailleurs malgaches. Ramené à Tamatave en raison de l’imminence de l’armistice, Barthélemy Albertini se refusa à être démobilisé et milita activement en faveur du ralliement de Madagascar à la France Libre. Le Gouverneur général Cayla que le gouvernement de Vichy avait de nouveau affecté à Madagascar pour reprendre en mains la colonie, le fit arrêter et interner sans jugement d’abord à Antsirabé puis à Fianarantsoa. Après une parodie de justice il fut en outre condamné à huit mois de prison pour activités subversives. Libéré en septembre 1942 lors de l’arrivée des forces britanniques à Tananarive, Barthélemy Albertini s’engagea en 1943 dans les Forces françaises libres. Il fut bientôt appelé à Alger comme membre du cabinet de Le Troquer (1944). Mais sa détention à Fianarantsoa, dans des conditions particulièrement insalubres, alors qu’il avait été gazé pendant la guerre 1914-1918, avait considérablement altéré son état de santé et l’affection de la gorge dont il souffrait. En dépit des soins qu’il reçut, il mourut à Alger en 1945 et y fut inhumé. Barthélemy Albertini avait été décoré de la Médaille de la Résistance et son nom donné à une rue de Tananarive.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9799, notice ALBERTINI Barthélemy, Don Ignace par Pierre Boiteau, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 30 décembre 2008.

Par Pierre Boiteau

SOURCES : Arch. familiales et notes de Mme Monique Lefèvre-Albertini, fille des époux Albertini.

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