ALBOUY Pierre, Victor, Jean, Iréné

Par Léon Strauss, Jacques Ungerer

Né le 8 juin 1925 à Saint-Agnan (Tarn), mort le 2 janvier 2014 à Cernay (Haut-Rhin) ; instituteur ; secrétaire départemental du SNI du Haut-Rhin (1956-1964, 1968-1982), secrétaire départemental de la FEN du Haut-Rhin (1959-1960, 1965-1972, 1975-1978).

Fils de petits artisans (maréchal-ferrant et tailleuse-couturière), Pierre Albouy, élève du cours complémentaire de Lavaur de 1937 à 1942, puis du collège moderne et technique d’Albi de 1942 à 1945, obtint en 1945 le brevet supérieur. En octobre 1947, il devint instituteur remplaçant à Wittelsheim-village, dans le bassin minier potassique du Haut-Rhin. Après une année à l’école Thérèse de Mulhouse, il retourna à Wittelsheim où il fit toute sa carrière d’instituteur.

En 1977, il fut chargé de la direction de son école, devenue Wittelsheim Centre 1. En 1985, il prit sa retraite et continua à habiter la commune. Il avait épousé en juillet 1962 à Wittelsheim, Daniela Kufel, employée au secrétariat du Comité central d’entreprise des MDPA (Mines domaniales des potasses d’Alsace), militante engagée dans l’action sociale et de loisirs de l’entreprise, de souche polonaise, née en France.

Pierre Albouy adhéra au Syndicat national des instituteurs en 1948. Membre du courant « cégétiste » sans avoir jamais adhéré à une formation politique, il déplora lors de l’assemblée générale de la section du 5 juillet 1951 « la faiblesse de l’action laïque et les apparentements entre socialistes et MRP ». Entré à la commission exécutive départementale en 1952, secrétaire de la commission des jeunes, trésorier général à partir du 1er mars 1956, il devint secrétaire de la section départementale du Haut-Rhin, le 12 juillet 1956, à la suite de la démission de Jules Senger, élu par 9 voix contre 10 à divers non-candidats et un bulletin blanc. À l’assemblée générale de la FEN du 15 novembre 1956, il s’opposa, ainsi que trois autres membres de son courant (Pierre Lévêque et Conrad Jurd du SNES et Marcel Guillemard du SNI), à la motion condamnant l’agression soviétique en Hongrie présentée par un militant du Syndicat national de l’enseignement technique qui fut adoptée par 28 voix contre 3 et une abstention.

En mars 1958, il organisa à Colmar et à Mulhouse des conférences pédagogiques sur l’Éducation morale, avec le concours de Denis Forestier, pour faire pièce aux conférences de pédagogie religieuse organisées le même jour par l’évêché de Strasbourg qui se fondait sur le statut local confessionnel de l’enseignement public. Cette initiative fut couronnée de succès. En revanche, les manifestations et la grève du 30 mai 1958 pour la défense de la République furent peu suivies par les instituteurs du Haut-Rhin. La prise de position du SNI pour le « non » au référendum constitutionnel valut à Pierre Albouy d’être l’objet « d’insinuations à caractère politique » : certains syndiqués dénoncèrent la « colonisation· » de la CE par les communistes.

Représentant des éditions SUDEL, maison d’éditions du SNI en Alsace, lors du congrès national du SNI à Brest, Pierre Albouy fut assesseur de la séance du 20 juillet 1958 consacrée à la « réorganisation de l’année scolaire en fonction des possibilités de la santé de l’enfant et des conditions de vie sociale actuelle ». Lors du congrès national du SNI à Strasbourg, il fut également assesseur, le 6 juillet 1960, dans la discussion du rapport de Clément Durand sur « les formes et les conditions actuelles de la pénétration cléricale. Les perspectives de l’action laïque et de l’action anticléricale ».

Lors des élections au Conseil départemental de l’enseignement primaire du 13 mars 1964, le SNI, majoritaire chez les hommes depuis 1945, perdit ses deux sièges au profit du SGEN. Aussi Henri Gardenay, s’appuyant sur le résultat des élections du bureau national dans le Haut-Rhin en décembre 1963 (73 % des voix pour la liste Pierre Desvalois), réclama-t-il, une « direction majoritaire » pour la section départementale. Ernest Reitter et Pierre Albouy se joignirent à ces critiques lors de l’assemblée générale du 4 juin 1964, mais le rapport moral fut néanmoins adopté par 125 voix contre 45 abstentions. En 1964, un membre de sa tendance, Georges Winterhalter le remplaça au secrétariat général, mais Albouy resta secrétaire aux affaires corporatives et administratives. En décembre 1966, il arriva en tête aux élections à la commission exécutive avec 70 voix de plus que Winterhalter, mais il refusa le secrétariat général qui lui était proposé « pour des raisons de santé ». Le 11 janvier 1968, à la suite de la démission de Winterhalter, Albouy fut réélu au secrétariat général de la section, « dans la plus complète indépendance à l’égard de tous les courants de pensée », responsabilité qu’il conserva jusqu’à son départ à la retraite en 1985.

Albouy, également secrétaire départemental adjoint de la FEN, exerça longtemps « par intérim », les fonctions de secrétaire général de la FEN du Haut-Rhin. En février 1971, il refusa d’engager le SNI dans une manifestation contre l’intervention des troupes sud-vietnamiennes au Laos organisée par le PCF, en l’absence du PS, du PSU et de la CFDT. En décembre 1971, aux élections du Conseil de l’enseignement général et technique, le SNI arriva en tête pour la première fois dans le département ; ce succès fut confirmé aux élections aux commissions paritaires de décembre 1972. Après le congrès de Saint-Étienne qui imposait aux sections du SNI la représentation proportionnelle par liste, il proposa de surseoir dans le Haut-Rhin à l’abandon de la liste unique, ce qui fut adopté par l’assemblée générale du 18 novembre 1975 à l’unanimité moins cinq abstentions.

Pierre Albouy siégea à la commission administrative paritaire départementale (CAPD) des instituteurs de 1956 à 1982. Refusant toute participation à la vie politique, il montrait un grand attachement à des valeurs fondamentales : laïcité, justice, souci des relations humaines, recherche du consensus, refus de l’alignement. « Être du pays de Jean Jaurès a pesé sur mes engagements. Ils sont d’ailleurs ma fierté » déclarait-il.

Il fut également administrateur de la section du Haut-Rhin de la Mutuelle générale de l’éducation nationale (1982-1992). Il militait aussi depuis 1953 dans des associations sportives locales et départementales et fut membre du conseil d’administration de la Maison de la Jeunesse et de la Culture de Wittelsheim depuis 1952.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9818, notice ALBOUY Pierre, Victor, Jean, Iréné par Léon Strauss, Jacques Ungerer, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 2 mars 2021.

Par Léon Strauss, Jacques Ungerer

SOURCES : Renseignements fournis par Pierre Albouy (1999) et par le centre de recherches Henri Aigueperse (UNSA-Education). — L’Ecole libératrice, L’Enseignement public. — La Fraternelle, bulletin de la section du Haut-Rhin du SNI, de 1951 à 1980. — Notes de Jacques Girault.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément