ALESSANDRI Jean, Baptiste

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 5 juillet 1901 à Erbajolo (Corse), mort le 24 mai 1957 à Paris ; licencié en droit ; docteur en médecine ; conseiller municipal d’Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine) et conseiller général socialiste SFIO (1935-1941 ; 1945) ; président du conseil général de la Seine à partir de 1947 rallié au RPF en 1948, reste conseiller général jusqu’à son décès.

Issu d’une famille de fonctionnaires (fils d’un brigadier de gendarmerie), Jean Alessandri fréquenta l’école primaire d’Erbajolo à une vingtaine de kilomètres de Corte, avant d’entrer au lycée de Marseille en 1911. Bachelier en 1918, il entreprit dans cette ville des études de droit et de médecine qu’il acheva à Paris en obtenant la licence de droit en 1922 et le doctorat en médecine en 1926. Il effectua alors son service militaire, et, s’installa en 1928 comme médecin à Issy-les-Moulineaux (Seine). La municipalité était dirigée, depuis 1919, par Justin Oudin*, qui après un passage au Parti communiste en 1921-1922, avait rallié les organisations socialistes-communistes.
Jean Alessandri s’imposa en quelques mois comme l’animateur de la faible section socialiste SFIO. Il se fixa pour objectif la conquête de la municipalité et du poste de conseiller général. Tête de liste aux élections municipales du 5 mai 1929, il ne regroupa que 520 voix de moyenne sur les noms de ses candidats (environ 2 500 voix à la municipalité d’Unité ouvrière, 1 820 aux communistes, 1 540 à la liste de Concentration républicaine). Justin Oudin, sûr de sa victoire, n’ouvrit pas sa liste aux socialistes SFIO pour le second tour. Aux élections du conseil général, le 26 mai 1929, Oudin conserva le siège de la 2e circonscription de Vanves (deux communes) par 3 951 voix contre 416 à Alessandri, 1 702 au communiste Adrien Hélye* et 768 au représentant du Bloc national (12 835 inscrits, 6 952 votants).
Cet échec ne découragea pas Jean Alessandri qui, comme médecin, conquit une grande popularité à Issy-les-Moulineaux. Il se dota, en 1934, d’un journal La Flèche socialiste dont il fut rédacteur en chef. La section socialiste, ayant pour secrétaire l’ouvrier Pierre Fredon*, passa de vingt cotisants en 1932 à quatre-vingt en 1935. Les élections municipales du 5 mai 1935 furent plus favorables : la liste socialiste SFIO dirigée par Jean Alessandri obtint 1 440 voix contre 2 650 à celle du Parti d’unité prolétarienne (PUP), 2 250 au Parti communiste, 1 300 à une liste "d’anciens combattants" et 308 suffrages aux radicaux (10 457 inscrits et 8 353 votants). Communistes et socialistes SFIO formèrent au second tour une liste antifasciste, dirigée par le communiste Victor Cresson*, et comprenant huit socialistes sur trente noms (Eugène Demarne*, Yves Bernard*, Pierre Fredon, Ernest Desaydes*, Félix Le Théguer, Albert Louyer*, Jacques Robert* et Jean Alessandri). La municipalité Oudin fut battue par 3 853 voix de moyenne contre 3 714, 513 suffrages se portant sur la liste des "d’anciens combattants".
Les élections cantonales qui suivirent se déroulèrent dans une nouvelle circonscription : la troisième de Vanves, réduite à la seule commune d’Issy-les-Moulineaux. Jean Alessandri recueillit au premier tour 2 193 voix, Oudin 2 539 voix, le communiste Jean Duclos* 2 097, Ouart « républicain » 354 ; deux autres candidats regroupaient 134 voix (10 459 inscrits, 7 446 votants). Oudin préféra se retirer devant la supériorité numérique des socialistes et des communistes. Jean Alessandri conquit aisément le siège, le 2 juin 1935, par 4 752 voix contre 1 023 à Ouard et 205 à un indépendant (6 602 votants).
Jean Alessandri appartint à la troisième commission du conseil général (Assistance aux vieillards et aux aliénés), à la commission de surveillance de l’Institut du cancer, à la commission d’hygiène et de salubrité des arrondissements de Saint-Denis et Sceaux. Candidat aux élections législatives du 26 avril 1936 dans la neuvième circonscription de Sceaux (Châtillon-sous-Bagneux, Clamart, Issy-les-Moulineaux, Malakoff, Vanves), il recueillit 7 278 voix sur 36 034 inscrits (20,2 %) et 32 120 votants. Son désistement assura la victoire du communiste Léon Piginnier le 3 mai 1936.
Ses rapports avec la majorité communiste du conseil municipal se détériorèrent en 1938-1939. Jean Alessandri accepta, en octobre 1939, la présidence de la délégation spéciale désignée par la préfecture après la suspension de la municipalité Victor Cresson. Il présenta sa démission au préfet par une lettre en date du 16 juillet 1940 :
« Monsieur le Préfet,
« Parti, sur votre autorisation le mercredi 10 juillet pour me rendre à la colonie scolaire de la ville d’Issy-les-Moulineaux aux Sables-d’Olonne, je n’ai pu en raison des événements être de retour dans ma ville aussi rapidement que je l’aurais souhaité. Je m’en excuse auprès de vous. Par la même occasion, je vous prierais aussi de bien vouloir accepter ma démission de président de la délégation spéciale d’Issy. Ainsi que je vous l’ai souvent exprimé par le passé, mon état de santé ne me permet pas actuellement de remplir la tâche que vous m’avez confiée et c’est pourquoi je vous demande de me remplacer dans ce poste ; je continuerai malgré tout ma collaboration dévouée à l’administration communale avec mes collègues de la délégation. » (Arch. Dép. Seine, Vers. 10441/64/2, n° 27).
Le gouvernement de Vichy ne lui donna pas de mandats municipaux en 1941.
Jean Alessandri fut nommé membre de l’Assemblée départementale provisoire à la Libération, puis réélu conseiller général le 23 septembre 1945. Il conserva son siège de conseiller municipal socialiste SFIO le 19 octobre 1947.
Élu président du conseil général en 1947, Jean Alessandri aurait bénéficié de voix de droite. La presse annonça son adhésion au RPF (Rassemblement populaire français), en compagnie du docteur Antoine Lacroix* maire du Kremlin-Bicêtre, en juin 1948 (Le Monde, 30 juin 1948). Il démentit, mais, attaqué au conseil général par le socialiste André Le Troquer* et mis en minorité, il refusa de démissionner de la présidence.
Jean Alessandri siégea au conseil général jusqu’à son décès survenu le 24 mai 1957. Ses obsèques religieuses eurent lieu à Issy-les-Moulineaux le 6 juin 1957 puis son corps fut transporté à Focicchia (Corse), commune voisine de son village natal. Il avait été décoré de la Légion d’Honneur le 25 février 1955.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9834, notice ALESSANDRI Jean, Baptiste par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 10 mai 2017.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Dép. Seine, D 3 M2 n° 2, DM3 et Versement 10451/76/1. — Arch. Ass. Nat., résultats électoraux. — Édouard Combes, Le Conseil municipal : nos édiles, 1935-1942, Paris (1937-1938). — Le Monde, 30 juin 1948 et 2 juillet 1948. — Dossiers biographiques de la Bibliothèque administrative de la ville de Paris.

ICONOGRAPHIE : Le Conseil municipal : nos édiles, op. cit., p. 393.

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