ALIAS Alexandre

Par Jean Sagnes, compléments par Michel Pigenet

Né le 28 décembre 1888 à Cette (Hérault), mort le 15 septembre 1981 à Sète (Cette) ; docker ; syndicaliste CGT et CGTU et militant communiste.

Fils d’un boulanger devenu docker, Alexandre Alias (parfois orthographié Allias) fut docker lui-même. Dès les années 1910, il était contremaître et syndiqué. À la déclaration de guerre, il fut mobilisé, partit pour le front et, presque aussitôt, fut fait prisonnier. Il ne fut libéré qu’après l’armistice de 1918. Sans travail, il commanda durant quelques semaines un petit bateau de pêche puis redevint docker. Il entra au Parti socialiste SFIO à la fin de 1919 ou au début de 1920, vota la motion Cachin-Frossard et devint secrétaire de la section communiste de la ville. En 1921, il était secrétaire du syndicat CGT des ouvriers du port de Cette.
À la suite de contacts avec Louis Gautrand*, un des organisateurs des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR) dans l’Hérault, Alexandre Alias créait un CSR à Cette et en devenait le secrétaire. Après la scission syndicale, il fut secrétaire du syndicat des dockers CGTU dans une période difficile où le patronat du port pratiquait le boycott des militants et n’hésitait pas à engager des hommes de main utilisés contre les syndicalistes. Peu à peu, Alexandre Alias se spécialisa, au sein de son syndicat, dans les questions juridiques, ce qui contribua à lui donner une audience importante dans les milieux ouvriers de la ville.

Alexandre Alias était également membre du conseil fédéral, puis du conseil régional, du Parti communiste, depuis 1922. Il fut candidat communiste à diverses élections, notamment aux élections législatives de 1928 et de 1932 dans la troisième circonscription de Montpellier. En 1928, il obtint 1 347 voix soit 10,7 % des suffrages exprimés et se désista au second tour pour le candidat socialiste SFIO, Lucien Salette* qui avait souscrit à un programme minimum présenté par le PCF. En 1932, à nouveau candidat dans la même circonscription, 963 suffrages (7,7 % des exprimés) se groupaient sur son nom.

En juin 1936, lors d’une élection partielle, Alexandre Alias était candidat au conseil d’arrondissement à Sète. Arrivant largement en tête au premier tour, il fut élu facilement au second. Il était le premier élu cantonal, dans l’Hérault, du Parti communiste depuis sa création. En octobre 1937, il était réélu. Un an plus tard, le 9 octobre 1938, la Fédération communiste le présenta aux élections sénatoriales partielles à la suite du décès du sénateur radical M. Pelisse. Il n’obtint que 13 voix sur 868 suffrages exprimés.

Quelques mois après la déclaration de guerre, en avril 1940, Alexandre Alias était arrêté comme communiste et emprisonné à Cruzy (Hérault). Un arrêté d’internement administratif fut pris à son encontre par le préfet de l’Hérault. Il fut envoyé au camp de Saint-Germain-les-Belles (Haute-Vienne), puis évacué, via Marseille, vers le camp de Chibron, commune de Signes (Var). À la dissolution de ce camp, il fut transféré au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) le 14 février 1941. À la fin de 1943, à la suite du décès de son beau-fils et étant donné ses charges de soutien de famille, il fut libéré et alla travailler à Toulouse où il fut en contact avec un groupe de résistants des MUR. À la Libération, il était capitaine dans les FFI.

Sa libération en 1943 l’ayant rendu suspect aux yeux des responsables communistes de Saint-Sulpice, la carte de membre du PCF lui avait été alors retirée. Mais en 1945, Alexandre Alias fut réintégré, sa conduite après son retour à la vie civile et sa participation active à la Résistance ayant levé tout soupçon à son égard. En 1944, il avait repris son poste de secrétaire du syndicat des dockers mais dut en démissionner un an plus tard pour raison de santé.

Il ne devait pas moins participer, l’année suivante, au congrès de la Fédération des Ports et Docks où, aux côtés des tenants de la « bataille de la production », mais aussi dans la continuité des pratiques en vigueur à Sète, il défendit le salaire au rendement, jugé « plus profitable à l’ouvrier qu’au patron ». Rapporteur sur la question du travail à la tâche, il rendit compte de l’opposition manifestée par certains délégués, Havrais en tête, auxquels il concéda qu’ils avaient raison « pour le passé » pour conclure que ce mode de rémunération était redevenu « d’actualité ». Élu à la commission exécutive de la Fédération à l’issue du congrès, il ne fut pas reconduit en 1948.

Il fut, par la suite, élu à deux reprises au conseil d’administration de la Sécurité sociale de l’Hérault au titre de la CGT puis au conseil d’administration régional. En 1977, il était toujours membre du PC et de son Amicale des Vétérans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9852, notice ALIAS Alexandre par Jean Sagnes, compléments par Michel Pigenet, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 7 septembre 2021.

Par Jean Sagnes, compléments par Michel Pigenet

SOURCES : Arch. Dép. Hérault, 195 M 8, 14 M 16, 15 M 73 et 76. — Arch. Dép. Var, 4 M 291. — Arch. PPo, dossier 63591. — Congrès de la Fédération nationale des Ports et Docks : 19-22 mars 1946 (Paris), 6-4 avril 1948 (Marseille). — Le Fouet, 1921-1922. — Le Travail, 1922. — Le Travailleur du Languedoc, 1928, 1932, 1936, 1937, 1938. — Interview d’Alexandre Alias par Jean Sagnes le 24 février 1974. — Biographie reprise intégralement dans Des militants CGT en Résistance. Hérault 1939-1945, Institut d’histoire sociale CGT 34 "Marcel Caille", 2015.

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