ALLAMELLE Jules, Marius, Désiré. Pseudonyme dans la Résistance : Rives

Par Gilles Morin

Né le 29 mars 1883 à Bordeaux (Gironde), mort le 4 décembre 1953 à Montauban (Tarn-et-Garonne) ; employé de commerce, puis employé à la mairie de Montauban ; syndicaliste CGT et militant socialiste du Tarn-et-Garonne, secrétaire de l’UD-CGT (1922-1945) ; membre du Comité départemental de Libération clandestin.

Né dans un milieu qu’il qualifiait de petit-bourgeois - son père Pierre Allamelle était commerçant (marchand de chaussures) et sa mère sans profession -, Jules Allamelle a suivi des études à Toulouse, jusqu’au brevet élémentaire qu’il ne présenta pas. Il fut tout d’abord employé de commerce, puis vendeur en bonneterie. Il fit son service militaire, comme engagé, de 1902 à 1906 et se maria à sa libération. Devenu expéditionnaire à la mairie de Montauban, il accéda aux fonctions de chef de bureau en 1910. Mobilisé en 1914 comme sergent-major, il fut démobilisé en avril 1919 sans avoir été au front. Chef de bureau en 1921, ayant accédé à la classe exceptionnelle le 3 janvier 1935, il demanda sa liquidation de retraite à la mairie de Montauban en 1937. Il put alors se consacrer totalement à son engagement syndical qu’il avait débuté près de quarante années auparavant.

Militant de la CGT depuis 1898, Jules Allamelle devint secrétaire de la section de Montauban du syndicat des employés et ouvriers de mairie en 1909, puis de la section départementale en 1919, avant de devenir secrétaire de l’Union départementale CGT en 1922. Il le demeura jusqu’en 1945, où il fut, selon ses termes, « vidé » par les communistes. Jules Allamelle présida à Toulouse, le 28 novembre 1926, le congrès des Unions départementales CGT de la région Garonne. Lors des grandes inondations de 1930, il engagea la Fédération départementale des syndicats à créer un service d’entr’aide qui fut particulièrement actif et remarqué. Avec Louis Rouère* et Marcel Guerret*, ils purent par la suite, faire construire une Maison du peuple dans le cadre du programme de rénovation de la ville sinistrée. Elle fut inaugurée par Paul Ramadier. Ils firent aussi aménager un terrain de sport pour les patronages laïques.

Radical-socialiste de 1905 à 1921, Jules Allamelle adhéra à la SFIO à cette date. Il appartint à la commission administrative de la section de Montauban. Antimunichois, il se disait pourtant « soulagé » de n’avoir pas vu ses quatre fils et son gendre partir à la guerre. Comme d’autres cadres syndicalistes et socialistes du Tarn-et-Garonne, comme Marcel Guerret qu’il avait convaincu de rejoindre le combat syndical en mai 1925, il s’investit beaucoup dans l’accueil et l’aide aux Républicains Espagnols réfugiés après la défaite de ceux-ci.

Après la défaite de la France, Jules Allamelle participa à la réunion du comité national de la CGT de Toulouse le 22 juillet 1940, où fut votée une motion désavouant Belin devenu ministre du Travail de Pétain. Il organisa la résistance de la CGT, sous le pseudonyme de Péchat, avec Rouère* et Pomies*, sous la direction de Forgues*, secrétaire de l’Union départementale de la Haute-Garonne. Allamelle participa aux réunions régionales de la CGT clandestine, sous couvert d’action syndicale légale. En effet, il menait pour la Résistance un véritable double jeu, participant aux organisations de la Charte du travail, étant même secrétaire appointé des Comités sociaux. À Montauban, des syndicalistes du Sud-Ouest réunis décidèrent au début 1943 que J. Allamelle, Carrefour*, du Gers, Fernand Bordedebat, des Hautes-Pyrénées, Sinot* et Navaro, du Tarn continueraient à siéger dans les organismes de la Charte du Travail (Allamelle était secrétaire de la commission tripartite du Tarn-et-Garonne), sans rien faire contre la CGT clandestine, et afin de tenter de saboter la Charte. Il s’efforçait de sauver les biens de l’UD en les transférant au siège de la Charte ; ceux-ci furent effectivement récupérés à la Libération. Il refusa aussi l’entrée des syndicats professionnels pour maintenir la fédération CGT officiellement disparue. Il expliqua par la suite avoir appliqué tout ce qui était favorable à la classe ouvrière ; et laissé choir le reste. Il ajoutait que son activité à la Charte avait permis de faire sortir de camps de concentration vingt-deux militants communistes du département.

Avec son camarade Louis Rouère, ils distribuèrent les journaux Franc-Tireur et Libération, puis il milita à Combat avec André Hauriou* et Charles d’Aragon*. Il participa ainsi à la réunion régionale clandestine de mai 1942. Par la suite, les contacts entre la CGT et Combat furent rompus, Combat ne voulant pas, selon Rouère, établir de programme pour l’après-Libération. Révélateur de son ouverture et des rencontres possibles en ces temps de Résistance, mais surprenant pour un cadre de la CGT, qui plus est franc-maçon, il fut encore homologué pour sa contribution à la diffusion de Témoignage Chrétien. Allamelle participa enfin à l’action des réseaux. Déjà décoré de la médaille de la Résistance en avril 1945, la carte de Combattant volontaire de la Résistance lui fut attribuée le 28 janvier 1952, au titre de membre du réseau Beryl, de septembre 1941 au 30 septembre 1944 et comme agent occasionnel des Forces françaises combattantes pour la même période. Cette activité multiple lui valut de figurer sur les listes de suspect de la Milice.

Membre du Comité départemental de Libération clandestin, puis secrétaire de celui-ci en juillet 1944 (sous le pseudonyme de Rives), il accueillit ses réunions au siège de la Charte du travail, qui redevint à la Libération la Maison du peuple. Il appartint à la commission départementale de reconstitution des organisations syndicales de travailleurs, étant désigné à cette fonction le 15 décembre 1944. Il fut décoré de la médaille de la Résistance en avril 1945.

L’historien (P. Brun) qui a recueilli son témoignage en 1947, le décrivait comme « petit et maigre ». Ajoutant, « Il est assez débile physiquement. Son physique ne laisse pas supposer à première vue toute la volonté dont cet homme est capable ; à dire vrai, il est même cabochard. » Anticommuniste, par ailleurs un des responsables de la maçonnerie montalbanaise opposée à Bonnafous, leader radical, il était politiquement inséparable de Louis Rouère* et Marcel Guerret qui rendit un vibrant « hommage à un ami » dans Le Réveil de Tarn-et-Garonne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9875, notice ALLAMELLE Jules, Marius, Désiré. Pseudonyme dans la Résistance : Rives par Gilles Morin, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 14 octobre 2020.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F7/12 986, 72 AJ/198, témoignage recueilli par M. P. Brun, en août-septembre 1947 ; CAC, 199 110 807-8. — Le Midi socialiste, 1926-1939. — Le Peuple, 24 novembre 1929. — Jean-Pierre Le Crom, Syndicats nous voilà ! Vichy et le corporatisme, Éditions de l’Atelier, 1995. — Informations et documents rassemblés par sa petite-fille, Francine Allamelle-Ortet, avril 2005.

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