ALLAOUCHICHE Baya [née BOUHOUNE Baya, épouse ALLAOUCHICHE, puis épouse JURQUET]

Par René Gallissot

Née le 9 avril 1920 à Alger (Algérie), morte le 7 juillet 2007 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; communiste ; secrétaire générale de l’Union des femmes d’Algérie en 1949 et membre du comité central du PCA ; en contact avec le FLN, expulsée en 1956, militante à Marseille pour l’indépendance algérienne, puis responsable du MRAP dans les années 1970.

À sa naissance, Baya Bouhoune reçut la pleine citoyenneté française par filiation et fut donc électrice au premier collège après 1947 ; son père, Boudjema Bouhoune, avait « bénéficié » de cette citoyenneté qui le mettait en dehors du statut de français musulman, comme blessé de guerre sur le Front en France lors de la guerre de 1914-1918. Orpheline, elle fut retirée de l’école française à onze ans par son oncle tuteur, qui lui imposa ensuite, à quatorze ans, un mari du nom d’Allaouchiche. Comme militante communiste, elle fut connue en Algérie sous le nom de Baya Allaouchiche d’autant plus que, responsable de l’Union des femmes, elle se devait d’apparaître mariée ; sa citoyenneté française lui valut aussi d’être plus facilement mise en avant, juridiquement, mais aussi par exaltation communiste de patriotisme français au titre de la « France combattante » après la guerre de 1939-1944. C’est dans l’action militante que Baya Bouhoune s’est faite elle-même, parlant couramment et prenant la parole en français, en arabe ou en kabyle.
Pour le PCA (Parti communiste algérien) clandestin, elle servit en 1941-1942 d’agent de liaison avec les députés et responsables du PCF emprisonnés à Maison-Carrée (El Harrach) ; elle s’affirma ensuite dans les actions de soutien aux alliés, dans la mobilisation finale antifasciste contre l’Italie et l’Allemagne, qui concourut à la libération de la France ; le patriotisme de la Résistance française est repris à son compte en Algérie par le Parti communiste qui élargit le mouvement de jeunes par les Jeunesses démocratiques, et s’employa à constituer un mouvement de femmes « sans distinction d’origine » par l’Union des femmes en Algérie qui fait partie de la Fédération démocratique des femmes d’obédience communiste internationale. Baya Allaouchiche appartint à la cellule communiste de La Redoute, quartier du dessus d’Alger, qui est aussi celle d’Henri Alleg* qui se consacra au mouvement des jeunesses, et de sa femme Gilberte Salem.
Promue par le PCA parmi les responsables de l’Union des femmes, Baya Allaouchiche fut déléguée en 1948 au congrès de la Fédération internationale démocratique des femmes à Budapest ; elle devint en 1949, secrétaire générale de l’Union des femmes d’Algérie et entra au comité central du PCA au Ve congrès tenu à Oran du 26 au 29 mai 1949. En décembre 1949 elle partit en Chine en délégation et séjourna quelques mois, rencontrant Mao Ze Dong, Chou En Laï et le Maréchal Chuh Teh ; elle assista en effet au congrès des femmes d’Asie à Pékin en tant qu’observatrice aux côtés de Jeannette Vermeersch-Thorez*, et de Marie-Paule Vaillant-Couturier* qui représentaient l’Union des femmes françaises. En décembre 1952, elle fut le porte-parole de la délégation algérienne au congrès international du Mouvement de la paix qui se tint à Vienne (Autriche).
En septembre 1954, elle fut envoyée par le PCA au nom de l’Union des femmes, conduire la campagne de secours aux sinistrés du tremblement de terre d’Orléansville (Chleff) ; elle retrouva sur place Maryse Benaïm, alors institutrice à Oued Fodda, et Henri Maillot qui travaillait à Alger Républicain. À la veille du 1er novembre 1954 ; leurs échanges semblent pressentir l’entrée en lutte de libération ; leur sensibilité nationale algérienne les projeta en avant ou à part des positions précautionneuses du PCA. Au nom de l’Union des femmes, mais par une initiative indépendante du PCA, elle organisa des manifestations de protestation et de solidarité avec les détenus, devant la prison Barberousse (Serkadji) d’Alger en 1955 et au début de 1956. Contactée par le FLN dès 1955, elle était doublement suspecte. Après deux perquisitions, elle fut arrêtée dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1956 ; elle fit partie de la première vague importante d’arrestations conduites au titre des « pouvoirs spéciaux » appliqués en Algérie après le vote d’approbation des députés du PCF. Deux femmes furent prises dans cette rafle nocturne : Lisette Vincent et Baya Allaouchiche ; leur qualité de citoyennes françaises leur valut d’échapper à l’internement et d’être expulsées.
Remise en liberté à Marseille, Baya Allaouchiche put faire venir ses deux enfants. Elle reprit contact avec le FLN et participa aux actions de lutte contre la guerre et pour l’indépendance de l’Algérie, ce qui lui valut des rapports difficiles avec les dirigeants et militants communistes qui s’en tenaient à parler de paix en Algérie et à privilégier le patronage du Mouvement de la paix. Elle était d’autant plus suspectée qu’elle vivait à partir de 1959 avec Jacques Jurquet* (elle deviendra légalement Baya Jurquet en 1977), militant communiste réputé maoïste qui soutint les luttes de libération à commencer par la lutte algérienne.
Après l’indépendance de l’Algérie, Baya Bouhoune milita au MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) dans les Bouches-du-Rhône ; dans les années soixante-dix, elle présidait ce mouvement antiraciste dans le département et fit partie du bureau national. C’est à ce titre de l’action contre le racisme, qu’elle fut faite chevalier de l’Ordre du mérite.
Elle mourut d’un crise cardiaque le 7 juilllet 2007 à 87 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9881, notice ALLAOUCHICHE Baya [née BOUHOUNE Baya, épouse ALLAOUCHICHE, puis épouse JURQUET] par René Gallissot, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 26 décembre 2017.

Par René Gallissot

SOURCES : Dépouillement de Liberté par A. Taleb-Bendiab. — Jean-Luc Einaudi, Un rêve algérien. Histoire de Lisette Vincent, une femme d’Algérie. Dagorno, Paris, 1994. — Correspondance avec Jacques Jurquet, novembre 2003.

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