BERTHELIN Pierre

Par Julien Chuzeville, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 21 octobre 1899 à Villemereuil (Aube) ; instituteur de la Seine ; syndicaliste de l’enseignement ; communiste oppositionnel, exclu en 1925.

Instituteur originaire de l’Aube, Pierre Berthelin s’installa dans la Seine vers 1920. Il participa activement à la vie syndicale et adhéra au Parti communiste. En mars 1921, il prit la parole lors d’une réunion de la Jeunesse communiste de Reims. Orateur minoritaire au deuxième congrès de l’Union des syndicats de la Seine en novembre 1921, il déclara : « Les instituteurs qui n’ont pas approuvé la guerre et les assassinats éduquent les enfants pour en faire des hommes conscients et vous le verrez un jour, citoyens majoritaires » (c.r. p. 105). À la même époque Berthelin écrivit pour l’Humanité un article critiquant le contenu de l’enseignement primaire et exprimant son idéal de pédagogue révolutionnaire. Le texte resta dans un tiroir mais, l’année suivante, le journal le publia le 1er octobre 1922 sans en prévenir l’auteur. Le ministre de l’Instruction publique saisit l’occasion pour le suspendre et demander sa révocation au comité départemental de l’Enseignement qui la vota par douze voix contre dix. Berthelin fut sommé de verser le montant des frais d’École normale cependant qu’on refusait à sa femme l’autorisation d’exercer dans la Seine.

Le 5 septembre 1922, Pierre Berthelin écrivit un article dans La Lutte de classes, le bulletin de l’Internationale syndicale rouge en France, relayant un appel du syndicat CGTU de l’Enseignement en faveur de la suppression des « distributions de prix » dans les écoles. Berthelin demandait plus généralement que « dans toutes les questions d’enseignement les municipalités communistes suivent les conseils des syndicats d’instituteurs ».
Un Berthelin (sans doute le même) déclara au quatrième congrès de l’Union des syndicats CGTU de la Seine, le 24 février 1924 : « Ce serait une erreur de la part de la CGTU de se placer en face des ouvriers comme ne s’intéressant pas au projet d’assurances sociales ».
En 1924, Pierre Berthelin participa à l’organisation des cellules communistes à Issy-les-Moulineaux, puis fut rattaché à la cellule de l’usine Citroën du quai de Javel (cellule n° 410, dépendant du 11e rayon). Le 8 mars 1924, il prit la parole lors d’un meeting du PC à Issy-les-Moulineaux dans le cadre de la Journée internationale des femmes.

Proche de Fernand Loriot, il se rallia en décembre 1924 aux vues de l’opposition communiste naissante : ils rédigèrent ensemble un « Schéma de résolution » contre « la conception simpliste tendant à présenter la bourgeoisie comme un bloc homogène et à considérer qu’en dehors du communisme il n’existe que des fascistes », ce qui répondait au texte de la direction qui dénonçait les « social-fascistes du Bloc des gauches ». Berthelin défendit ce texte oppositionnel lors du congrès de la Région parisienne le 21 décembre, ce qui lui valut la violente hostilité de la direction puis le vote par ce congrès de son exclusion du PC. Le texte Loriot-Berthelin fut finalement publié dans les Cahiers du bolchevisme le 9 janvier 1925, une note de la rédaction présentant néanmoins ce texte comme « en contradiction flagrante avec les thèses du Ve congrès mondial ». Le 26 décembre 1924 déjà, les Cahiers du bolchevisme avaient publié un article d’Albert Treint intitulé « Lutter sans cesse pour la bolchévisation », article dirigé contre la « thèse incohérente, parsemée d’erreurs opportunistes » développée par Berthelin au congrès de la Région parisienne. Treint n’hésitait pas à écrire que « venir affirmer comme le fait Berthelin qu’il faut lutter avec la démocratie contre le fascisme est une pure sottise, une pure imbécillité. La démocratie, y compris le socialisme, passent ouvertement dans le camp du fascisme ». Treint prétendait également que Berthelin avait été exclu « parce qu’il a lui-même déclaré avoir trompé sa cellule sur sa véritable pensée politique afin d’escroquer un mandat qui lui permit d’être délégué au congrès pour y exposer frauduleusement son opinion personnelle », ce qui semble-t-il ne correspondait pas à la réalité. Souhaitant faire appel de son exclusion devant le congrès de Clichy (17-21 janvier 1925), ce dont il avait dans un premier temps reçu l’assurance de la part de Louis Sellier, Berthelin ne fut finalement entendu que par la commission des conflits. Auguste Dupont, au nom de cette commission, annonça ensuite au congrès que son exclusion était confirmée.

En octobre 1925, il figurait sur une liste de police des adhérents du Secours ouvrier international (SOI). Il habitait alors au 4 rue de Bellevue à Issy-les-Moulineaux (aujourd’hui rue Miquel).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article99633, notice BERTHELIN Pierre par Julien Chuzeville, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 4 juin 2019.

Par Julien Chuzeville, Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13091, F7/13973 et 20010216/8. — Arch. Pierre Monatte, Musée social, 10-3h. — Le Syndicalisme dans l’enseignement, t. II, p. 234. — Julien Chuzeville, Fernand Loriot, le fondateur oublié du Parti communiste, 2012, p. 152-154 et 219-221. — Comptes rendus des congrès syndicaux de la Seine. — L’Humanité, 1er octobre 1922, p. 4, 18 décembre 1924, p. 5, 22 décembre 1924, p. 2, 23 janvier 1925, p. 1. — Cahiers du bolchevisme, n° 6, 26 décembre 1924 et n° 8, 9 janvier 1925.

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