BESSAT Émile

Par Madeleine Rebérioux, Claude Pennetier

Né le 14 juillet 1866 à Toulouse (Haute-Garonne) ; ouvrier d’art puis agent de maîtrise à l’Office de l’azote ; militant socialiste et syndicaliste toulousain.

Ouvrier d’art, Émile Bessat habitait le canton nord de Toulouse, le « canton du docteur Bach », comme on disait au début du siècle. Il n’était pourtant pas guesdiste. D’orientation assez « révolutionnaire », il fut cependant délégué au deuxième congrès général des organisations socialistes, qui se tint à Paris en septembre 1900 (salle Wagram), par un comité électoral de son canton qui adhérait à la Fédération socialiste révolutionnaire.

Très hostile aux radicaux, il s’intéressa à la vie intérieure du socialisme toulousain. Secrétaire du comité socialiste de Toulouse-Nord, il devint, en octobre 1905, après l’unité, secrétaire adjoint du comité fédéral et conserva cette responsabilité jusqu’en 1907. En février 1906, il entra, avec la phalange SFIO, au conseil municipal alors que, candidat sur la liste de concentration socialiste le 1er mai 1904, il avait été battu. La municipalité lui confia, en 1906, la responsabilité du Bureau de bienfaisance, organisme électoralement très puissant sur la masse des miséreux toulousains.

L’année 1907 posa un « cas Bessat ». Candidat aux élections cantonales de juillet pour le canton Nord, il se maintint au deuxième tour contre le docteur Tranier, radical, arrivé en tête, malgré la décision formelle du comité fédéral. Celui-ci l’exclut publiquement pour indiscipline, le 7 août, ainsi que Destarac (canton Sud), malgré l’opposition du comité socialiste du canton Nord. Son comportement était, quant au fond, approuvé par une bonne partie des militants, comme le montre le fait que le journal socialiste La Cité, où les guesdistes étaient influents, s’était félicité, sans faire la moindre allusion à son indiscipline, de ce qu’il eût gardé le même nombre de voix aux deux tours. D’autre part, le 4 août, trois jours avant son exclusion il avait participé à la manifestation socialiste en l’honneur de l’élection de Falandry au conseil général, et le préfet l’accusait d’avoir tiré sur le capitaine de gendarmerie Vallin, grièvement blessé aux yeux pendant l’échauffourée qui termina la manifestation. Quoique Bessat s’en défendit, il fut poursuivi et le comité fédéral décida alors (1er décembre 1907) de le réintégrer dans le parti, mais sans le réélire à la commission exécutive de la Fédération.

Les socialistes de Toulouse affirmèrent à nouveau leur solidarité avec lui en le représentant au conseil municipal en 1908. Il fut battu comme toute la liste SFIO et le nombre de voix qu’il obtint (9 649), inférieur de peu à la moyenne de la liste, prouve que les attaques portées contre lui avaient porté, mais assez peu. L’effet en était pourtant durable : réélu au conseil municipal en 1912, son chiffre de voix restait un des plus faibles de sa liste. Candidat dans le canton Sud de Toulouse en 1913, il fut battu. Mais il avait retrouvé une place notoire dans le socialisme de la Haute-Garonne : à la veille de la guerre, il lui arrivait de présider le comité fédéral.

En novembre 1919, Bessat fut battu avec toute la liste socialiste aux élections municipales. Il était alors membre du conseil supérieur de la coopération. Employé à l’Office national industriel de l’azote, il militait au syndicat CGT de la Poudrerie avant de créer en décembre 1926, un syndicat de l’ONIA dont il assura le secrétariat. Ch. Cassaigne, secrétaire adjoint et Antonin Cans, trésorier, le secondaient. En mars 1927, la liste Bessat gagna les élections des délégués du personnel par 390 voix contre 162 à la liste CGTU de Mirande. Il siégeait toujours au conseil d’administration de l’Union départementale CGT de Haute-Garonne en 1934.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article99859, notice BESSAT Émile par Madeleine Rebérioux, Claude Pennetier, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 2 décembre 2022.

Par Madeleine Rebérioux, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/12986. — Arch. Dép. Haute-Garonne, 4 M 111 et 112. — La Cité, 1905-1908. — Le Midi socialiste, 1908-1934.

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