AMBITE Vincent [AMBITE Vicente]

Par Jacques Girault, Jean Reynaud

Né le 27 avril 1935 à Yebra, province de Guadalajara (Espagne), mort le 7 mars 1991 à Miramas (Bouches-du-Rhône) ; professeur puis principal de collège ; militant syndicaliste ; militant pédagogique ; militant communiste.

Fils d’une très riche famille paysanne républicaine décimée par le franquisme, Vincent Ambite eut une enfance malheureuse. Son père, seul survivant masculin de sa famille, émigré en France, fut interné au camp d’Argelès (Pyrénées-Orientales), alors que sa mère, emprisonnée à Madrid, fut libérée en 1943 et placée sous résidence surveillée à Barcelone ; elle travailla en France comme ouvrière maroquinière. En 1946, fuyant vers la France, il retrouva son père, artisan maroquinier, communiste, qui mourut peu après des suites d’une tuberculose osseuse contractée à Argelès.

Naturalisé en mars 1953, Vincent Ambite entra à l’École normale d’instituteurs de Toulouse quelques mois plus tard et se maria en avril 1954. Sa femme, née Dauriac, standardiste, membre du Parti communiste français, donna naissance à des jumelles. Sanctionné pour cette paternité précoce, il fut déplacé aux écoles normales de Rodez (Aveyron), puis de Foix (Ariège) où il resta jusqu’en juin 1955. Ayant obtenu le droit de préparer le baccalauréat Philosophie-Lettres à l’École normale d’institutrices de Toulouse en 1955-1956, il suivit ensuite la formation pour devenir professeur d’enseignement général des collèges.

Vincent Ambite participa à la fondation en 1957 à l’école normale du premier cercle de l’Union des étudiants communistes. Il adhéra la même année au PCF. Secrétaire de l’UEC à Toulouse (1957-1961), il participa au stage national de l’organisation à Noël 1958. Lors de la conférence de la fédération communiste de Haute-Garonne au printemps 1961, il ne fut pas élu au comité fédéral. Puisqu’il était militaire, le rapport précisait : « ne le présentons pas officiellement mais intérieurement le considérons comme membre du comité fédéral ». Élu au comité en 1962, il devint le responsable du travail dans l’immigration espagnole. Il ne fut pas réélu au comité en 1964.

Reçu à l’IPES (Institut préparatoire à l’enseignement de second degré) en 1958, section espagnol, Vincent Ambite fut reçu au certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré en 1961. Après la naissance de son fils en 1958, il effectua son service militaire (septembre 1960-mai 1962) comme deuxième classe « par sanction politique » indiquait-il dans le questionnaire biographique rempli pour le PCF. Divorcé en 1962, remarié en octobre 1963 avec une professeur, Claire Yeche, membre du PCF, fille d’un instituteur, il eut un quatrième enfant, l’année suivante.

En 1962-1963, stagiaire au Centre pédagogique régional, il était secrétaire du S1 du Syndicat national de l’enseignement secondaire, puis devint membre de la commission pédagogique de la section académique (S3). En 1964, professeur au lycée de Mirepoix (Ariège), il créa le Groupe d’étude pour les méthodes actives dans l’enseignement, mouvement pédagogique en étroite parenté avec les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active, tout en restant militant du CRAP (Cahiers Pédagogiques) auquel il avait adhéré l’année du CPR. Membre du comité national des CRAP, il demanda à la direction nationale du PSU le programme d’enseignement en octobre 1966 pour la présentation du rapport qu’il devait présenter au congrès sur la question des cahiers de perfectionnement des maîtres. En 1969, le GEMAE, en tant que groupe, adhéra au Groupe français d’éducation nouvelle dont Ambite devint un des membres du bureau national. Il était, depuis octobre 1967, instructeur permanent des CEMEA. Il intervint lors des journées d’études du PCF consacrées aux questions de l’Éducation nationale (17-18 février 1968, actes publiés dans L’École et la Nation, en mars 1968). Il exprima des désaccords avec ceux qui prônaient le militantisme pédagogique qui, selon lui, devrait s’intégrer dans l’action générale dans le domaine de l’éducation. Il proposait d’organiser des études sur l’action pédagogique des communistes.

En 1970, Vincent Ambite réintégra l’Éducation nationale comme principal du collège d’enseignement secondaire de Château-Chinon (Nièvre). Secrétaire de la section communiste locale, il fut élu membre du comité de la fédération de la Nièvre du PCF en 1972 et ne fut pas réélu en 1974 en raison de sa mutation. Depuis 1973, en effet, il dirigeait le collège des Gorguettes à Cassis (Bouches-du-Rhône).
En 1974, il lança, avec l’accord du Centre régional de documentation pédagogique, une expérience pédagogique. La recherche d’une « transformation profonde de l’ensemble des comportements relationnels et du rapport entre le service public d’enseignement et d’éducation et les usagers » avec création d’un « parlement » réunissant agents, enseignants, élèves et parents, bien que se situant dans un difficile contexte, put se développer. Elle rencontra des oppositions ouvertes ou inavouées et suscita des critiques contre l’homme, le militant syndical, le militant pédagogique et le communiste. Le Ministère envoya à plusieurs reprises le même inspecteur général de la vie scolaire, manifestement hostile à l’expérience. L’Inspection générale, le recteur, le ministère décidèrent la suspension du principal en avril 1978. Une campagne de pétition et de soutien s’était développée pendant quatre ans parmi les parents dans les localités concernées (Cassis, Carnoux, Roquefort-La-Bédoule). Le soutien des personnels et des parents d’élèves se manifesta à nouveau par une puissante grève des cours, le 13 juin 1978, à l’annonce de sa suspension.

Le congrès national du SNES de Saint-Étienne (30 mai-2 juin) prenant le relais de la section académique, de la section départementale de la FEN, de la FCPE, sans se prononcer sur l’expérience, vota à la quasi-unanimité un texte : « Le congrès national du SNES s’élève contre l’utilisation par le pouvoir du statut du chef d’établissement pour suspendre Vincent Ambite sans que ce dernier ait pu bénéficier des garanties explicitement prévues par le statut de la Fonction publique. Cette suspension met fin arbitrairement à une expérience pédagogique autorisée par le CDRP mais qui n’a pas fait encore l’objet d’aucune évaluation scientifique et contradictoire. Le congrès demande la levée immédiate de la suspension de Vincent Ambite ».

Ce dernier fut muté d’office à Bellerive-sur-Allier (Allier) où il essaya d’appliquer ses principes de direction, principes qui soulevèrent l’hostilité des divers syndicats de l’établissement. Il cessa alors d’appartenir au syndicat. À nouveau divorcé en 1980, Ambite obtint la direction du CES Diderot à Nîmes (Gard) puis revint dans les Bouches-du-Rhône en 1988, comme principal du collège Albert Camus à Miramas. Il eut un cinquième enfant, un fils en 1988 avec sa nouvelle compagne.

Homme d’idéal, d’engagement, de dévouement, Vincent Ambite continuait, pendant les vacances scolaires, à rassembler les élèves en situation d’échec scolaire, pour les motiver par des activités diverses. Au milieu d’eux, au gymnase du collège, il mourut brutalement pendant les vacances de février 1991. Ses obsèques furent célébrées au gymnase.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9993, notice AMBITE Vincent [AMBITE Vicente] par Jacques Girault, Jean Reynaud, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 22 septembre 2021.

Par Jacques Girault, Jean Reynaud

ŒUVRE : Il s’est passé quelque chose à Cassis, Paris, Casterman, 1982. — Un petit collège très ordinaire, Paris, éditions du Scarabée, 1982. — Collaboration à Réussir à l’école, Paris, GFEN-Éditions sociales, 1977, — L’établissement scolaire, unité éducative, Paris, GFEN-Casterm
an, 1977. — Paroles multicolores Collège Diderot, Nîmes, sd.

SOURCES : Arch. Nat., 581AP/43. — Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, fonds Alaphilippe. — Arch. SNES et FEN de l’académie d’Aix-Marseille. — Arch. du comité national du PCF. — Presse locale et syndicale. — Renseignements fournis par la famille de l’intéressé.

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