ASSATHIANY Roland

Par Sylvain Cid

Né le 2 septembre 1910 à Genève (Suisse) ; assistant social puis directeur des Affaires sanitaires et sociales ; éclaireur unioniste, militant dans les chantiers internationaux de jeunesse ; président ou membre du bureau dans de nombreuses associations du secteur social spécialisées dans la protection de l’enfance et l’aide aux étrangers.

Roland Assathiany était le premier enfant d’un père géorgien, engagé dans une « carrière » de révolutionnaire menchevik et de diplomate, et d’une mère ukrainienne, issue d’une famille aisée, qui poursuivait à Genève à l’époque de sa naissance des études respectivement de droit et de médecine. Monsieur Assathiany père avait été déporté au Turkestan après la Révolution de 1905, libéré puis repris. Après une évasion aventureuse, il bénéficia en Suisse d’un statut de réfugié politique et put y exercer divers petits métiers, avant de repartir effectuer quelques missions en Géorgie, en Ukraine et à Bucarest en Roumanie entre 1917 et 1919. Alors que s’imposait la suprématie bolchevique, il s’installa en France, faisant fonction de diplomate pour l’ex-État de Géorgie jusqu’en 1935, puis de représentant de la colonie des réfugiés géorgiens de France. Madame Assathiany dut s’absenter également en 1914 pour soigner son père malade. Ces absences parentales allaient contribuer au fort attachement qui lia Roland Assathiany à une demoiselle Chomé, femme protestante d’origine belge désireuse de venir en aide aux familles de réfugiés. Cette dernière suivit la famille dans ses déménagements entre la Suisse, la France et l’Allemagne, marquant fortement la personnalité du jeune homme par son sens des valeurs.
Roland Assathiany eut par la suite deux sœurs, plus jeunes respectivement de onze et dix-sept ans.
En 1916, il intégra une école Montessori à Genève pour ses études primaires, poursuivit ses études à l’Institut Jean-Jacques Rousseau, aux petits lycées d’Annecy (Haute-Savoie) puis de Janson-de-Sailly à Neuilly-sur-Seine (Seine), aux lycées français et allemand de Bonn en Allemagne, aux lycées Pasteur à Neuilly puis Lakanal à Cachan, avant de décrocher une licence de droit à Paris en 1932.
C’est par l’intermédiaire du pasteur Merle d’Aubigné à Neuilly, ami de Mlle Chomé, que Roland Assathiany, dans les années 1920, entra chez les Éclaireurs unionistes (protestants) où il devint instructeur. Il se rapprocha également d’autres mouvements : les Quakers, le CLAJ (Centre laïque des Auberges de Jeunesse) ; il participa à plusieurs chantiers internationaux de la jeunesse dans le cadre du Service Civil International, il prit la responsabilité du Cercle international de la jeunesse (de 1929 à 1939 et ensuite de 1945 à 1950) qui accueillait les étudiants étrangers et où il animait des conférences.
Après ses études de droit que Roland Assathiany vécut « sa première expérience véritablement formatrice dans un milieu entièrement féminin », comme assistant de service social près le Tribunal pour enfants de la Seine dans la rue du Pot de Fer à Paris, de 1932 à 1935. Entre 1935 et 1937, il choisit d’accomplir son service militaire comme sursitaire apatride dans l’artillerie aérienne où il termina maréchal des logis, puis passa une année à l’université Quaker de Birmingham (Angleterre) pour en revenir diplômé du Woodbrooke Testamur. Devenu délégué à la propagande au sein de l’association Pour l’enfance coupable (qui publiait alors une revue du même nom), il sillonna la France pour donner des conférences sur l’enfance délinquante en 1937 et 1938, avant de collaborer avec le Comité français pour l’intégration des réfugiés espagnols (1938-1939). En 1939, après avoir pris la nationalité française, il fut mobilisé comme maréchal des logis, mais il fut fait prisonnier en juin 1940 et resta en Autriche jusqu’à sa libération, en 1942, pour mauvais état de santé.
Après un bref retour rue du Pot de Fer (1942-1943), Roland Assathiany était recruté par le Commissariat général à la Famille, alors en quête d’éléments compétents dans le domaine de l’enfance inadaptée, et nommé à Lille en tant que délégué régional adjoint. Il y rencontra Fernand Deligny* et y fut en contact fréquent avec Mlle Liévoix, de la même administration, le major Péan de l’Armée du Salut, Bouchardin, ancien délégué de la Société des nations, mais aussi le juge Jean Chazal avec lequel il noua une solide amitié dès cette époque. En 1945, il était nommé à Paris comme inspecteur de la population, chargé particulièrement de l’enfance inadaptée, des étrangers et des réfugiés, notamment les Nord-Africains. En 1946-1947, il reprit la direction vacante du Chalet international des étudiants de Combloux (Haute-Savoie), destiné aux enfants victimes de la guerre ; ces années furent le seul intermède dans une carrière administrative qui dura jusqu’à sa retraite en 1976, dans laquelle il fut nommé assez rapidement directeur adjoint, au côté de Louis Le Guillant*, et conseiller technique du ministère responsable de la coordination pour l’enfance inadaptée, puis directeur des Affaires sanitaires et sociales en 1975.
Dans ce secteur, Roland Assathiany prit des responsabilités dans un grand nombre d’associations, généralement orientées vers l’enfance inadaptée, du côté « employeurs » comme du côté « employés » : l’Association régionale parisienne de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence, jusqu’à sa transformation en Centre régional de l’enfance et de l’adolescence (CREAI) d’Ile-de-France, au sein duquel il devint administrateur et représentant de la DRASS ; l’Union nationale des associations régionales de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence (UNARSEA), dont il fut secrétaire général en 1958 avant d’en démissionner ; l’Association nationale des éducateurs de jeunes inadaptés (ANEJI) dont il fut nommé membre d’honneur ; de même, des associations gestionnaires ou des fondations comme l’association Olga Spitzer dont il est resté conseiller technique, Le Clos à Vauréal (internat pour caractériels dans le Val d’Oise), Dieulefit (centre de rééducation dans la Drôme), Vercheny (collectivité pédagogique dans la Drôme), Aurore (dont le siège est à Paris), le CMPP (Centre médico-psycho pédagogique de la rue Vialat (Paris), l’Institut Montessori (Paris), le Centre d’orientation sociale (visant à l’origine l’intégration des étrangers).
Pour une grande part, Roland Assathiany conçut son engagement dans le milieu associatif comme le moyen d’une meilleure compréhension des faits, susceptible d’éclairer et d’orienter son action publique, ce à quoi il accordait une très grande importance.
Sa première femme, Thérèse, qu’il épousa en 1945, décédée en 1969, était inspectrice du travail et elle-même très engagée dans le travail social. Remarié en 1971, Roland Assathiany put trouver chez sa seconde épouse, Marie-Geneviève (décédée en juin 1999), un même engagement dans le service social et l’action sociale, par ses activités de membre du Comité français d’action sociale, d’administratrice d’instituts de formation et d’une résidence sociale.
Après sa retraite, Roland Assathiany a gardé des fonctions réelles et honorifiques dans bon nombre de ces associations. Il est par ailleurs chevalier de l’Ordre national du mérite et chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10304, notice ASSATHIANY Roland par Sylvain Cid, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 26 mars 2021.

Par Sylvain Cid

SOURCES : Fonds d’archives « Roland Assathiany » (9C, CAPEA, CAMT de Roubaix). — Notice biographique introductive à l’inventaire de ce fonds, septembre 2000. — Entretien de Guy Dréano avec Roland Assathiany (1998-1999) (dactylographié). — Lien social, n° 262, 26 mai 1994. — Entretien de Sylvain Cid avec Roland Assathiany.

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