LE BAIL Madeleine [épouse BARDELLI].

Par Alain Prigent, François Prigent

Née le 16 octobre 1911 et morteen août 1996 à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor) ; couturière ; militante de l’Union des Femmes Françaises et du Mouvement de la paix ; militante communiste ; arrêtée le 11 mai 1950 puis acquittée par le Tribunal Militaire de Paris le 30 janvier 1951.

Madeleine Le Bail est la fille de Victor Le Bail et de Louise Boivin. En 1924, son père, ouvrier aux Forges-et-Laminoirs à Saint-Brieuc, fut électrocuté pendant son service laissant une veuve sans ressources et quatre enfants en bas âge. Madeleine qui était l’aînée dut travailler dès l’âge de 13 ans. Elle épousa Attilio Bardelli, ouvrier du bâtiment de nationalité italienne, immigré en France avant 1930.

Installés à Saint-Brieuc, ils eurent deux enfants. Attilio travailla à la CMA, entreprise spécialisée dans la construction des cheminées dirigée par Vincent Le Méhauté*. En 1942 sa nationalité italienne le contraignit à un choix difficile : il dut partir travailler en Allemagne pour ne pas rejoindre l’armée de Mussolini. Couturière de formation, Madeleine fut employée à la cuisine du lycée Renan où étaient casernées des troupes d’occupations, souvent renouvelées, ce qui lui permit d’informer son beau-frère René Huguen*. À la Libération, elle s’engagea à l’UFF (Union des Femmes Françaises) dont elle devint membre du bureau départemental. Elle fut arrêtée le 11 mai 1950 à l’issue d’une manifestation en gare de Saint-Brieuc contre le passage d’un train en provenance de Brest et transportant des tourelles de canon à destination de Rochefort. Emprisonnée ainsi que 9 autres responsables de la CGT et de la fédération communiste des Côtes-du-Nord, elle fut emprisonnée pendant 7 mois à la prison des femmes de La Roquette avec Armande Daniel* et Yvette Mallet*. Deux dirigeants du PCF et de la CGT, Jean Le Jeune* et Roger Ruelleu*, entrèrent dans la clandestinité. Jugée à partir du 22 janvier 1951 dans le procès dit « des 12 » de Saint-Brieuc, elle fut, avec ses camarades, acquittée à l’issu d’un procès ayant eu une résonance nationale, la défense citant Alain Le Léap et Charles Tillon. Les prévenus furent soutenus pendant toute cette période par de nombreuses manifestations populaires et par des témoignages lors du procès venus de tous les horizons syndicaux (CFTC) et politique (Jean Nicolas*, maire de Saint-Brieuc). Madeleine fut défendue par Monique Weil qui fit sensation en lisant, devant les officiers du tribunal militaire, la citation concernant son père Victor, en avril 1915 lors des combats de Souain (Marne). Cette plaidoirie, ainsi que celle de ses confrères, marqua sans doute les officiers du tribunal militaire qui se tinrent au garde-à-vous lorsqu’à l’énoncé de l’acquittement les 12 entonnèrent la Marseillaise.

Madeleine adhérera au PCF pendant son incarcération à La Roquette. Après sa libération elle continua à militer contre la guerre en Indochine (affaire Henri Martin) et pour la paix en Algérie. À la fin de sa vie, elle s’installa au foyer logement des villages à Saint-Brieuc où elle décéda quelques mois avant sa soeur Louise en août 1996 à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136670, notice LE BAIL Madeleine [épouse BARDELLI]. par Alain Prigent, François Prigent, version mise en ligne le 8 avril 2011, dernière modification le 11 avril 2011.

Par Alain Prigent, François Prigent

SOURCES : Arch. Dép. Côtes d’Armor, 1W12, 1043W39. — Arch. de l’UD CGT des Côtes d’Armor. — Ouest-Matin, quotidien édité par les fédérations du PCF de l’ouest (1948-1956). — Jean Le Jeune, Itinéraire d’un ouvrier breton, chez l’auteur, 2002. — Alain Prigent, Mondes du travail et syndicalismes dans les Côtes-du-Nord (1944-1984). Espaces, pratiques, cultures et représentations, DEA sous la direction de Jacqueline Sainclivier, Rennes II, 2004. — François Prigent, Les femmes dans l’action militante, syndicale et revendicative de 1945 à nos jours, colloque international de Lyon (mars 2007). — Edouard Quemper, Prison pour une belle Marseillaise, Saint-Brieuc, 2002.
— Entretien avec René Huguen, son beau-frère.

Iconographie : Photo page 246, ouvrage de Jean Le Jeune. Entretien avec René Huguen, son beau-frère.

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