LOFFROY Robert. Bernard puis Serge dans la Résistance

Par Joël Drogland

Né le 11 juin 1919 à Guerchy (Yonne), mort le 7 juillet 2007. ; agriculteur ; militant communiste et résistant FTP dans l’Yonne ; commissaire aux effectifs dans l’Yonne (1944) ; membre de l’Etat major départemental des FTP.

Robert Loffroy
Robert Loffroy
Arch. privées de Robert Loffroy

Né dans un petit village de l’Auxerrois où ses parents étaient de petits exploitants agricoles, Robert Loffroy milita dès 1935 au sein du mouvement Amsterdam-Pleyel, adhéra en mai 1936 aux Jeunesses communistes, puis, le 1er janvier 1939, au Parti communiste.
Militant, il effectua de 1936 à 1939 un travail de propagande locale dans le canton d’Aillant-sur-Tholon. En août 1939, il admit le bien-fondé du pacte germano-soviétique. A l’automne, avec son camarade Pierre Houchot, il tira sur une imprimerie clandestine, distribua et colla des tracts et des papillons qui défendaient la ligne officielle du PCF.

Mobilisé le 27 novembre 1939, il fut incorporé dans la banlieue lyonnaise. Il suivit les cours du peloton d’élève brigadier et fonda une cellule communiste avec des camarades icaunais qu’il retrouva ou dont il fit la connaissance (Claude Aillot). Il était à Cahors avec son régiment quand survint l’armistice. Incorporé au 3ème Hussard à Montauban, il y endura de très dures conditions d’existence. Malade, il fut hospitalisé puis démobilisé et rentra au village. Du 10 mai 1941 au 27 janvier 1944, Robert Loffroy travailla sur l’exploitation agricole de ses parents. Cette situation cachait la réalité d’une intense activité de résistance.

Début 1942, il remplaça Pierre Houchot à la direction départementale des Jeunesses communistes. De mai à septembre 1942, il s’employa avec Marcel Mugnier à structurer le parti, à construire le Front national et à créer les premiers groupes de sédentaires FTP. Au sein de cette organisation, il fabriqua de fausses cartes d’identité et défendit la stratégie de lutte contre les réquisitions agricoles. Ce fut d’ailleurs à Guerchy que cette forme de lutte fut inaugurée.
Le 27 janvier 1944, il échappa de justesse à l’arrestation et entra dans la clandestinité. Muté au Comité militaire régional (CMR) des FTP de l’Yonne, il devint, sous le pseudonyme de Bernard puis de Serge, recruteur régional, sous les ordres directs du commissaire aux effectifs régionaux, Chamfroy. Il devint le quatrième élément du CMR des FTP.
Il parcourut le département à bicyclette, disposant d’une cinquantaine de « planques ». En février 1944, il divisa le département en trois secteurs et prit la responsabilité du Sénonais et du Pays d’Othe. Il fut ainsi à l’origine de tous les groupes de sédentaires et de tous les maquis FTP constitués dans le nord du département. Sa haute conception de ce que devaient être les FTP l’amena à exiger de la part des maquisards qu’il inspectait un comportement irréprochable et un respect strict de la discipline. S’il ne fut jamais arrêté, alors qu’il accomplissait des mois durant des missions à haut risque, il le dut certes à la chance mais aussi au strict et continuel respect des règles de sécurité.
Le 6 juin 1944, il participa à la réunion du bureau militaire régional des FTP. Il reçut l’ordre de déclencher l’insurrection en Pays d’Othe. Fin juin 1944, il remplaça Millereau au sein de la direction des FTP avec les fonctions d’adjoint de Chamfroy, puis il succéda à ce dernier, muté dans un autre département. Avec la fonction de commissaire aux effectifs régionaux, il fut désormais le dirigeant départemental des FTP. Sous les ordres de Charles Guy, responsable du parti communiste, il organisa et coordonna l’action des compagnies et des maquis FTP.

Après la dissolution des FTP, le 4 septembre 1944, le capitaine Loffroy occupa les fonctions de commandant de la 7ème compagnie de la 2ème demi-brigade FFI de l’Yonne. Il partagea la vie de ses hommes, mangea et dormit avec eux. Lui qui pensait s’être battu pour une armée populaire dans une France socialiste, il supporta difficilement la compagnie et la mentalité des officiers de l’état-major FFI.

Il se vit alors confier par le PCF la mission d’organiser les milices patriotiques dans l’Yonne. En décembre 1944, quand on le somma de choisir entre le commandement effectif de sa compagnie et son activité politique, il opta pour l’armée. Le 30 décembre, il partit avec le 2ème bataillon de l’Yonne, commandé par R. Millereau.
Capitaine FFI au sein du 4ème régiment d’infanterie reconstitué, il effectua par la suite deux stages qui devaient lui permettre d’intégrer le corps des officiers. Ecœuré par le climat d’hostilité qu’il perçut à l’égard des FTP, convaincu que l’armée républicaine et révolutionnaire pour laquelle il s’était battu ne verrait pas le jour, il se résolut à rompre définitivement avec la carrière militaire.

Pendant les décennies suivantes, petit exploitant agricole à Guerchy, R. Loffroy poursuivit une intense activité militante. Il demeura un militant communiste actif, discipliné, convaincu et passionné, membre du comité fédéral et candidat du PCF à de nombreuses élections. En 1970, à la suite d’un voyage en RDA qui le conforta dans ses « idéaux socialistes », il fonda avec sa femme l’association France-RDA au sein de laquelle il milita jusqu’à ce qu’elle disparaisse en 1989. Il fut dans l’Yonne l’organisateur d’un syndicalisme de défense de la petite et moyenne agriculture.

Il fut l’un des fondateurs en 1945 de l’association des anciens FTP-FFI ainsi que d’un Comité d’entente de la Résistance. Au début des années 1950, il milita activement pour la création de l’ANACR dont il devint le président départemental. Il fut en 1988 l’un des membres fondateurs de l’Association pour la Recherche sur l’Occupation et la Résistance dans l’Yonne. Il attacha toujours la plus grande importance à la transmission de la mémoire de la Résistance et à la défense de ses valeurs, participant aux commémorations, rencontrant des élèves et leurs professeurs, aidant les chercheurs.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138544, notice LOFFROY Robert. Bernard puis Serge dans la Résistance par Joël Drogland, version mise en ligne le 9 octobre 2011, dernière modification le 16 février 2018.

Par Joël Drogland

Robert Loffroy
Robert Loffroy
Arch. privées de Robert Loffroy

SOURCES : Témoignages de Robert Loffroy (1994 à 1998).— Robert Loffroy, Souvenirs de Guerre, manuscrit inédit.—Olivier Level, Robert Loffroy, Biographie d’un Résistant, mémoire de maîtrise, Université de Bourgogne, 1994.

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